Recherche Images Maps Play YouTube Actualités Gmail Drive Plus »
Ma bibliothèque | Aide | Recherche Avancée de Livres | Historique Web | Connexion

Livres

  

// s'efforçait en tout de répondre a mes vœux,
Le bon homme faisait ce qu'il pouvoit pour plaire;
Mais comme il n'est rien tel que d'être un- peu severe,
Pour le mieux enflâmer je m'armai de rigueurs:
Il n'en vint de-longtems aux dernieres Paveurs j
C'ctoit un vieux Regent, Docteur en rhétorique.

Souffrez qu'à vos genoux,ma Belle. je m'explique,
Me dit-il un matin ; Confus, embarrasse, < -
Portant par tout le Trait dont vous m'avez hïeffé,
J'ai vainement recours à ma Bibliotéque:
J'implore vainement Ciceron & Seneque.
Dans la classe, en ma chambre, & le jour & la nuit
Votre Image fans cesse en tous lieux me poursuit;
Thucidide, Platon, & le divin Homere
Cedent la place au Dieu qu'on adore à Cythere:
Je les quitte pour vous ; mais du moins contemplez-
Mes cheveux fur mon front favament rassemblez.
J'ai dédaigne long-tems d'acheter dela Poudre,
Et mon Amour pour vous à pû seul m'y résoudre j
Pour vous j'ai fait l'achat d'un assez beau castor,
Je me suis commandé trois chemises encor.
Pour ma taille, on ne peut la trouver engoncée,
J'ai le pied-bien tourné, Pa jambe bien troussée;
Quand à l'Esprit, on dit que j'en ai du plus fin:
Aux maux que vous causez, daignez donc mettre fin;
Tournez sur moi les yeux, ces Yeux tant adorables,'
Ces Yeux que l'on pourrait nommer incomparables,
N'étoit que l'un à l'autre on peut les comparer:
Permettez, ma Venus, que je puisse esperer.
Peut-être cet amour vous paroissant frivole,
Vous fait y en ni'écoutant, rire comme une folle:
Ah! ne rebutez pas des desirs enflammez,
Que Savantus sans vous n'aurait jamaisformez.

Je fus huit jours encore à foire l'inhumaine y .

B

Je consentis enfin à soulager sa peine:
Je mis bientôt à nud & chambre & cabinet ,
Et je lui mangeai tout ,lit, soutane & bonet,
Quand je le vis à sec & si mal à son aise,
Je l'envoyai pourlors au Diable avec sa fraises

Un petit Partisan, vilain, jaloux,quinteux, Obstiné comme un Diable, & mutin comme deux; Malpropre autaut que douze,en mine, barbe & linge, Plus bête qu'un Baudet , & plus laid qu'un vieux

Singe, Mais malgré tout cela fort prévenu de soi, Tomba subitement amoureux fou de moi. Lorsqu'il me icnccmxto\f} bon-jour, Beauté brillante j Toujours plus gracieuse , & toujours plus charmante Que tout ce que mes yeux ont vu de plus charmant. A ces mots je baissois les yeux modestement.

Une femme en laquelle il avoit confiance,' Lui prôna ma vertu ; malgré la médisance , Elle sut fur ce point lui rassurer l'esprit. 11 ne faut pas toujours croire tout ce qu'on ditj Lui disoit-elle J Allez, elle a de la sagesse, Plus qu'il n'en faut pour faire une demi-Lucrece: Mais il faut dire,Oui, pour être jouissant. Tâtez-vous; votre Amour seroit-il ii pressant? Puisque vous m'assurez , reprit-il, qu'elle est sage, Concluons au plutôt,brusquons le mariage S'il n'est d'autre moyen pour en venir àbout.

Mon amie à l'instant me rend compte de tout; Me dépeint ses tourmens, fa violente flâme, Et comme il se résout à me prendre pour Femme.

Malgré tout ses défauts , voulant faire une fin, Je l'épouse, & me lie enfin à son destin. Voilà donc tout d'un coup ma Fortune assurée, Du Ut d'un Mahotier je me vois honorée;

Oft me porte la queue & de bonne façon.

, J'eus au bout de huit mois un bel & gros Gascon,

Il ne ressembloit pas, disoit-on, à son Pere.

Le Bonhomme enchanté ne s'inquieta guere

De cet accouchement,-quoiqu'unpeu trop subit»

Puisqu'on vient à sept moison peut venir à huit,

Disoit-il : ça, buvons force jus de la vigne.

Il but tant, qu'il 'en eut une fiévre maligne

Des plus fortes. Malgré les soins qu'on apporta,'

Au bout de quatre mois la fiévre l'emporta.:

Je vouhis vivre alors avec magnificence, Enfin, je fais si bien par ma folle dépense, Que je vois tout mon bien s'éclipser chaque jour; 1l venoit de la flute, il retourne au tambour, C'est l'ordre. Je reprens mes premieres allures j Il m'arrive par fois de bonnes avantures; Parfois aussi les tems & la necessité Me font à juste prix prodiguer ma beauté.

Mon Fils se faisoit grand : dès sa quinzième année Il fit voir qu'il avoitl'ame noble & bien née , 1l ( a ) jaspinoit Argot encor mieux que François , H voloit joliment, '& tuoit quelquefois. Peut-être il me sied mal de tenirce langage, Mais à la Verité je dois ce témoignage. // avoit des Venus , & fi de ses beaux jours , La Justice à Paris ri eût abregé le cours. Sans doute aux grands Exploits son orne accoutumée,' Eût de Cartouche un jour éteint la Renommée.

Je continuai donc pendant un fort long-tems, Et mon train ordinaire, & mes doux pasietems:

Un jour, de jeunes Gens chez moi firent tapage, Ce qui scandalisa très-fort le Voisinage; La Justice l'apprit par certain animal,

(*} Partait.

Et voulut sans pitié me mettre à l'Hôpital.

Jà la brunette nuit développant ses voiles, Conduisoit par le Ciel le grand bal des étoiles, Je vois entrer le Guet dans ma chambre, en vertu D'un pouvoir souverain dont il est revêtu. Trois de mes Protecteurs s'arment pour me défendre; Mais le nombre l'emporte, & les force à se rendre. Que les Archers font fiers , quand ils font les plus

forts! Je dis au Caporal : Monseigneur le Recors , Pourrois-je vous toucher avec ces dix Pistoles? Son arne s'attendrit à mes douces paroles. Allez-vous-en , dit-il , sauvez-vous promptement; Mais sortez de Paris dès ce même moment. Je dirai que dès hier vous êtes délogée. A suivre ce conseil j'étois trop engagée; Je prens, fans balancer, ce que j'avois d'argent, De papiers, de bijoux , & d'un foin diligent, Tous quatre de Themis apprehendant les pates, Sans bruit nous faisons gille avec nos Dieux Penates , Ou, pour parler plus juste, avec nos Dieux Penaux. Je fis à mes Amis present de trois anneaux, C'est-à-dire, à chacun d'une bague assez belle: Je les quitte, & depuis n'en ai point eu nouvelle.

Je me trouvois en fonds par mes soins,Dieu merci; Lavérne m'inspira de m'établir ici; De bien d'autres faveurs je lui fuis redevable, Depuis longtems j'y mene une vie agréable; L'âge tous mes desirs a su moriginer. Dit-on moriginer, ou bien morigéner, Dit Cartouche? Ma foi, dit l'autre, peu m'importe. Je passe, mon enfant, mes jours de cette forte.

A votre tour, daignez réapprendre maintenant

Ce que vous avez fait de beau, de surprenant;
J'en sçai déja beaucoup. L'agile Renommée
De vos Faits valeureux m'a souvent informée j
Mais fa maudite langue en fa legereré ,
Barbouille le mensonge avec la verité.
Jasez donc jfaites-moi cette faveur extrême:
Vous seul pouvez. pœrbrtliçnewtem de vrms-r/iime^
Par avance mon cœur se sent d'aise émouvoir.
Vous avez, repliqua Cartouche, tout pouvoir-,'
Et puisque vous voulez un recit de ma vie,
Je vais, si je le puis, contenter votre envie.;

Là-dessus il se met à rêver un -petit -, -:;
Et puis d'un air aisé commence son reçit,
Comme nous Talions voir dans le Chant quatriémej
De ce très-veridique & merveilleux Poëme.

[ocr errors][graphic]
« PrécédentContinuer »