choquer une oreille délicate, et où la variété des accens ménagés avec art, produit toujours un son harmonieux et doux.
La différence qui se trouve entre les livres composés dans ce style et ceux qu'on nomme hing , consiste dans le sujet dont ils traitent, et qui n'est ni aussi auguste , ni aussi relevéy ainsi que dans le style qu'ils emploient, lequel est moins laconique et moins relevé. Dans les sujets sublimes , on ne se sert ni de points, ni de virgules. Comme ces compositions ne sont qu'à l'usage des lettrés, c'est à eux de juger où le sens finit. Les gens habiles ne s'y trompent jamais.
Il n'est pas possible aux Chinois d'écrire les langues d'Europe avec leurs caractères, et même de bien prononcer aucune de ces langues , parce que, d'un oôté, ces caractères, quoique extrêmement nombreux, n'équivalent qu'à environ trois ou quatre cents syllabes, et n'en peuvent exprimer d'autres; et, d'un autre côté, qu'on ne trouve pas dans le son de ces syllabes les cinq lettres b, <), r, x, j. Il en est de même des caractères européens. Il serait
impossible de s'en servir pour écrire les mots chinois. En effet, si l'on réussissait à en rendre quelques-uns , on ne pourrait plus rien comprendre, au bout d'une page, k ce qu'on aurait écrit.
Quanta la prononciation, elle est trèsdifficile, non-seulement à cause des accens, qui ne s'apprerment que par l'usage, mais encore par l'impossibilité où nous sommes de prononcer et d'écrire plusieurs mots. Les Chinois ont les dents disposées autrement que nous. Le rang supérieur est saillant et avance presque à tous en dehors, et le rang inférieur rentre et se retire en dedans; ce qui fait qu'au lieu de se choquer toutes par l'extrémité, comme les nôtres, elles tombent quelquefois sur la lèvre inférieure , ou du moins sur les gencives, et ne se rencontrent jamais juste.
11 n'y a certainement qu'un motif aussi relevé , que de faire connaître le vrai Dieu à tant de peuples qui l'ignorent, qui puisse soutenir les missionnaires européens dans l'étude pénible qu'exige la connaissance d'une langue si difficile; et ce ne peut être que par une bénédiction particulière de Dieu qu'un grand nombre d'entre eux y ont fait de si grands progrès , que les plus habiles docteurs de l'empire n'ont pu s'empêcher d'admirer leurs écrits. On a vu même quelques-uns de ces docteurs s'incliner profondément au seul nom de leurs ouvrages; ce qui est à la Chine la marque de la plus haute estime.
CHAPITRE XL
Dedcription de quelqued artd de la Chine > comme ceux de faire du papier et de l'encre, l'écriture , l'imprimerie et la reliure ded livred.
Dans les temps reculés, les Chinois n'avaient point de papier. Ils écrivaient sur des planches de bois et sur des tablettes de bambou. Au lieu de plume, ou de pinceau , ils se servaient d'un poinçon de fer. Ils écrivaient aussi sur le métal, et les curieux de cette nation conservent encore
aujourd'hui des plaques sur lesquelles on voit des caractères fort bien tracés. 11 y a long-temps qu'ils ont inventé l'usage du papier. Ce papier est si fin qu'on a cru long-temps en France qu'il se faisait avec de la soie. Il se fabrique avec l'écorce du bambou et d'autres arbres. On n'emploie que la seconde peau de cette écorce , qui est molle et blanche. D'abord on la broie avec de l'eau claire; ensuite on se sert de formes longues et larges pour lever cette matière; ce qui fait qu'on en voit des feuilles de dix et douze pieds de longueur et même davantage. On trempe chaque feuille dans l'eau d'alun, où l'on a mis de la colle de poisson. Cette eau, qui tient lieu de colle, empêche le papier de boire , et lui donne un éclat si brillant, qu'on croirait qu'il est argenté ou vernissé. Ce papier est blanc, doux, uni, et rien de raboteux n'j peut arrêter le pinceau : mais, comme il est fait d'écorce, il se coupe plus aisément que le nôtre ; il prend l'humidité, la poussière s'y attache, et les vers s'y introduisent , si l'on n'a soin de l'en préserver. On pare à ces inconvénîens en battant souvent les livres et en les exposant au soleil.
Les Chinois fabriquent aussi du papier avec le coton. C'est le plus blanc, le plus beau et. le plus en usage. Il se conserve aussi bien, et dure autant que celui d'Europe.
La consommation du papier est si grande à la Chine, qu'on en fabrique de toutes sortes d'autres matières. Outre l'immense quantité dont il faut fournir un nombre prodigieux de lettrés et d'étudians, ainsi que les boutiques des marchands, il n'est pas concevable combien il s'en consomme dans les maisons des particuliers. Tout un côté des chambres n'est que fenêtres à châssis de papier. Sur les autres murailles qui sont enduites de chaux , on colle du papier blanc , pour les conserver blanches et unies. Le plafond consiste en un châssis garni de papier, sur lequel on trace divers ornemens. Ce châssis se renouvelle tous les ans.
L'invention du papier aurait été peu utile aux Chinois, si en même temps ils
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