quement des circonstances particulières de leur vie et de leurs relations sociales. » Ce sont, en effet, à peu près les conclusions qu'on pourrait tirer de l'étude que je viens d'esquisser.
Tout au plus, peut-on constater des différences notables dans les tatouages selon les races, les milieux, les croyances. «Le caractère des peuples, dit Mayrac (1), leur tournure d'esprit, leurs tendances ont souvent sur la peau un reflet particulier, et, de même qu'un tableau hollandais se distingue d'un tableau italien, de même que la musique allemande est bien différente de la musique espagnole, de même se différencient les peaux tatouées. » Mais ce n'est là qu'une vue générale qu'on ne saurait appliquer aux cas particuliers, et permettant d'affirmer qu'un tatoué appartient à telle ou telle catégorie d'individus.
Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que le tatouage est très fréquent chez les criminels. Je crois en avoir donné les raisons. Par contre, il est beaucoup plus rare chez les aliénés et parmi eux, d'après Marandon de Montyel (2), il se rencontre de préférence chez les aliénés à tendances agressives et criminelles.
Mais existe-t-il chez les aliénés des rapports entre le dessin tatoué et le délire ? Daguillon (3) dit que cela s'observe quelquefois, mais d'une façon nullement constante. Marandon de Montyel en donne la raison. Quand le tatouage, dit-il, a été librement choisi à l'âge de discernement, que les dessins sont symboliques d'états d'âme parfaitement définis ayant déterminé le choix et que la maladie mentale qui éclate vingt ou trente ans après l'époque du tatouage est une folie névrosique capable de refléter les dispositions psychiques antérieures, on trouve presque toujours un rapport entre la signification emblématique des images tatouées et les conceptions délirantes des aliénés. On pourrait en dire autant des criminels et j'ai montré dans quelles circonstances leurs tatouages
(1) Tatouage et élatouage. Thèse de Lyon.
(2) Tatouage chez les aliénés. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1893.
(3) Tatouage chez les aliénés. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1895.
peuvent être considérés comme un reflet de leur mentalité.
XV. — Conclusion.
La conclusion qui découle de cette étude anatomique et psychique des criminels, c'est qu'on peut rencontrer chez eux des séries de caractères plus ou moins constants, nullement absolus, variables suivant une foule de circonstances. Au point de vue anatomique comme au point de vue psychique, il n'y a pas plus .de type criminel que de type d'aliéné. 11 y a de grandes variétés de criminels comme il y a de grandes variétés d'aliénés. Quelques caractères seulement sont assez communs et permettent de les classer tous dans une même famille.
LES FACTEURS DE LA CRIMINALITE
I. — Le Milieu Extérieur.
Il semble bien que le milieu extérieur joue un rôle dans la genèse du crime. « Les conditions ethnographiques, climatologiques et géographiques, de même que les conditions sociologiques, religieuses, économiques et politiques, disait Alvarez Taladriz (1), agissent sur les sens et le développement de la criminalité. »
Voyons d'abord l'influence de la température. Lacassagne admet une connexion plus ou moins étroite entre les impulsivités criminelles et la marche de la température. Selon lui, les crimes personnes augmentent avec la température et atteignent leur maximum pendant l'été, tandis que les crimes propriétés prédominent pendant l'hiver où la misère est plus âpre, la consommation de l'alcool plus grande et les attentats mieux favorisés par la longueur des nuits. Lacassagne, qui a observé un grand nombre de faits, les a classés sous forme de calendrier. Si on étudie ce calendrier, on voit qu'en France, pays à saisons bien tranchées, la température élève qualitativement la criminalité, c'est-à-dire la dirige plus particulièrement vers l'attentat de haute intensité, celui qui se traduit par le meurtre et le viol.
(1) Congrès de Paris en 1889.
Corre (1), qui a fait des recherches analogues à la Guadeloupe, pays à température élevée et uniforme, a constaté au contraire que le maximum de la criminalité coïncide avec les minima thermiques. « A mon avis, dit-il, dans un milieu intertropical, à température élevée et uniforme, comme la Guadeloupe, la chaleur énerve plus qu'elle ne stimule, affadit plus qu'elle n'excite, et c'est précisément quand elle devient sinon plus tempérée dans sa moyenne, au moins plus heurtée, grâce à des écarts saisonniers entre ses extrêmes, que l'organisme semble renaître à une vie active; les énergies cérébrales, en torpeur de juin à novembre, se raniment de décembre à mai, et c'est avec les fraîcheurs du premier semestre que les impulsivités se traduisent avec plus d'éclat par le crime, chez les natures prédisposées. »
J. Gouzer (2) attribue aussi une certaine influence à la lumière. « C'est le soleil, dit-il, qui fait éclore les poètes, les tribuns, les apôtres, les fanatiques, et qui cause aussi sans doute cette agitation incessante des républiques équaloriales.» La lumière peut en effet accroître l'activité cérébrale jusqu'à la morbidité. J. Gouzer attribue à l'intervention de cet agent et l'hallucination historique de saint Paul sur le chemin de Damas et la folie de Charles VI, et, plus loin dans le passé, le cas des citoyens d'Abdère, cité par Esquirol, qui furent frappés de folie pour être restés trop longtemps au soleil en assistant à Y Andromède d'Euripide.
L'action des courants telluriques et du magnétisme terrestre sur l'activité cérébrale n'est pas moins manifeste. « Bien portants ou malades, aliénés ou non, dit encore J. Gouzer, nous subissons tous l'influence des courants telluriques ou magnétiques, qui excitent plus ou moins nos organismes, suivant les situations respectives occupées par le soleil et par la lune qui sont les régulateurs des marées (3). »
Toutefois l'influence de ces agents sur la criminalité, si
(1) Le crime en pays créole.
(2) Action de la lumière sur l'activité cérébrale. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1891.
(3) Action des courants telluriques et du magnétisme terrestre sur l'activité cérébrale. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1891.
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elle est possible et même probable, n'est guère connue; des études spéciales et suivies n'ont pas encore été dirigées dans ce sens.
II. — Les Professions.
Les professions inlluent-elles sur la criminalité? Oui et non. La profession n'a pas d'influence sur la criminalité des antisociaux essentiels. Pour eux, le crime dérive de causes relativement simples et la profession a peu d'influence. «Mais, dit H. Coutagne (1), il n'en sera pas de même pour ces individualités façonnées au moule social par leurs origines et par leurs acquisitions morales et intellectuelles, qu'une pente souvent insensible entraîne à des actes qualifiés d'indélicats par la conscience publique et atteints par la loi sans proportion constante avec l'étendue du dommage moral causé et la profondeur de la perversité mise en jeu. Pour expliquer ces scélératesses raffinées, il faut de toute nécessité étudier le mode suivant lequel le fonctionnement cérébral a été pénétré par l'influence professionnelle. »
En effet, l'exercice d'une profession a pour effet de façonner les opérations psychiques suivant telle ou telle forme. Il oriente, dans un sens proportionné au but à atteindre, les volitions et les actes qui en dérivent: il en résulte une propension exagérée aux actes intéressés et anti-altruistes. De là aux actes antisociaux ou criminels, il n'y a que des gradations insensibles et marquées par les incidents de la concurrence vitale.
Il y aurait ainsi une criminalité professionnelle comme il y a une morale professionnelle. Le crime professionnel des sages-femmes: c'est l'avortement; celui des agents de change : la fraude et l'usure; celui des magistrats : la partialité; celui des hommes politiques: la corruption ; celui des publicistes: la calomnie (2). Il ne faut donc pas entendre
(1) De l'influence des professions sur la criminalité.
(2) Voir De Ryckère. La criminalité ancillaire. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1906.
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