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dans le sens de criminalité professionnelle le contingent des délits quelconques fournis par chaque profession, le nombre de ses infractions de tout genre à la morale générale, mais bien le nombre de délits spéciaux et caractéristiques et d'infractions à la morale propre que chaque profession fait éclore.

Il faut bien l'avouer, nous ne possédons pas de documents précis sur cette question. « La mesure tant soit peu précise de la criminalité relative des diverses professions, dit G. Tarde (1), est un des problèmes les plus ardus et nulle part le miroitement des chiffres n'est plus illusoire. »

J'ai cru cependant devoir indiquer ces horizons nouveaux.

III. — L'habitat.

« Tout milieu physique ou social agit sur l'individu », dit Lacassagne (2), et par suite l'étude des problèmes sociaux et de la criminalité en particulier, ne peut se faire que par une saine appréciation des milieux dans lesquels l'homme se trouve placé. En effet, la criminalité du milieu rural diffère sensiblement, au point de vue qualitatif, de la criminalité du milieu urbain. Suivant la juste remarque de Lacassagne, les crimes particuliers à la campagne sont ceux qui révèlent des instincts de sauvagerie, de duplicité, de vengeance, de cupidité: infanticides, empoisonnements, parricides, faux témoignages; dans les villes, ce sont surtout l'immoralité, la paresse, les passions vives qui dominent: viols et attentats à la pudeur sur des enfants, coups et blessures graves, rébellions et violences envers des fonctionnaires.

IV. — La Race.

Si les formes du crime varient chez un paysan français et un parisien, à plus forte raison chez deux individus de race

(1) La criminalité professionnelle. IV Congrès international d'Anthropologie criminelle tenu à Genève en 1896.

(2) Criminalité comparée des villes et des campagnes.

différente. Vu Hindou, par exemple, a une mentalité toute différente d'un Européen. Les manifestations de la criminalité se ressentiront-e|les de cette mentalité spéciale et seront-elles différentes dans l'Inde de celles que l'on observe en Europe? C'est ce que j'ai cherché à savoir en visitant les prisons de Calcutta (i).

L'Hindou, en général, mais plus particulièrement l'Hindou 4u Bengale et des provinces méridionales, est un être essentiellement doux et craintif. Emprisonné dans le système des castes, il est tqujours prêt h la soumission. Or, quel genre de crimes ou délits peuvent bien commettre ces êtres chez qui l'énergie fait complètement défaut et chez qui la personnalité est presque éteinte? Les crimes de violence ne sont pas l'apanage des Hindous. Les meurtres, les rixes, les violences sont choses rares. Aussi il n'y a à la prison de Calcutta qu'un petit nombre de meurtriers ; et aucun de Geux que j'ai vus ne pourrait être considéré pomme un professionnel du meurtre; presque tous avaient tué spus l'influence d'une passion surexcitée : jalousie, fanatisme religieux. Et encore la majorité de ces meurtriers étaient des musulmans. L'Islam relève un peu les énergies du pauvre Hindou abruti par les pratiques de ses religions monstrueuses. Presque tous les malheureux qui peuplaient la prison de Calcutta étaient, outre les vagabonds, des escrocs et des voleurs, mais aucun n'avait commis de ces vols audacieux comme il s'en commet tant et trop dans nos capitales européennes. Pans le crime, comme dans toute sa vie sociale, l'Hindou est un timide. Il ne dépasse pas les degrés inférieurs de la criminalité : tromperies, petits vols. Sa criminalité est adéquate à sa mentalité.

Entrons maintenant à la prison de Rangoun, en Birmanie. Le Birman est, à presque tous les points de vue, différent de l'Hindou. Celui-ci, dravidien ou aryen plus ou moins pur, a le facies européen ; il est notre ancêtre ; le Birman se rapproche beaucoup plus du type mongol: pommettes saillantes, yeux légèrement bridés; c'est presque un jaune. Il est doux

l\) y. Criminalité et folie chez les Hindous et les Birmans. Annales médico-psucho'.oQiaues, 1905.

et pacifique, accueillant et hospitalier, mais il n'a ni la platitude ni la servilité de l'Hindou. Cette différence de mentalité a sa répercussion sur les formes de la criminalité. Sans doute les escrocs et les voleurs forment encore la grande majorité de la population de la prison de Rangoun. Mais on compte déjà parmi eux plus de meurtriers et de ces individus que la loi anglaise désigne sous le nom de dacoits ou brigands.

Par contre, dans les prisons du Mexique, à Puebla, à Mexico, à Guadalajara, à Guanajato, j'ai vu un nombre considérable de meurtriers proportionnellement aux voleurs. Les crimes de sang dominent. L'Indien est un être encore primitif, mais aux impulsivités violentes que la civilisation américaine ne peut qu'aviver et aussi l'usage immodéré du pulque (boisson fermentée qu'on fabrique avec la sève de l'agave et qui provoque une ivresse particulièrement abrutissante et dangereuse).

Chez les Cubains l'alcoolisme est beaucoup moins répandu que chez les Mexicains: ainsi, les impulsivités sont moindres ainsi que les crimes de violence. Ainsi au presidio de Cuba, à La Havane, je n'ai vu que peu de meurtriers et un nombre considérable de voleurs.

A la prison de Bokhara, en Asie centrale, j'ai vu surtout des Sartes condamnés pour rixes, pour coups et blessures (i). Cela n'a rien de surprenant pour qui connaît leur vanité chatouilleuse et vindicative. A la prison de Tanger j'ai vu surtout des voleurs (2); le Marocain, en effet, est le plus souvent un astucieux et un voleur.

A la prison d'Oran (3), j'ai pu voir un certain nombre de criminels arabes. Or l'arabe ne vient guère en prison que pour deux motifs : le vol et le meurtre. Le même fait a été observé par Bertholon en Tunisie (4). L'arabe est essentiellement voleur. L'idée de la propriété n'est pas nette chez lui et il

(1) V. Une visite à la prison de Bokhara. Revue scientifique, 1896.

(2) V. Une visite à la prison de Tanger. Indépendance médicale, 1896

(3) Une visite à la prison d'Oran. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1893.

(4) Esquisse de l'anthropologie criminelle des Tunisiens musulmans. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1889.

dérobe tout ce qui lui tombe sous la main. Il ne croit pas mal faire quand il se juge devant sa conscience ; il joue simplement au plus malin avec le volé. Le meurtre a ordinairement deux mobiles: le vol et les rixes.

Au Brésil, les crimes de violences sont beaucoup plus nombreux que les attentats contre la propriété, ainsi que le montre la statistique publiée par Viveiros de Castro (1), en 1894. D'après A. Corre (2), les créoles des Antilles commettent également bien plus fréquemment des crimes contre les personnes que contre les propriétés. A. Bournet (3) a également noté la grande fréquence des crimes de sang dans la province de Naples, en Italie. Cela n'a rien de surprenant pour qui connaît le caractère violent et vindicatif du Napolitain.

La criminalité de la Russie d'Europe est également toute différente de la criminalité de la Russie asiatique. Dans cette dernière prédominent les crimes de sang (4). Les Tartares sont ceux qui commettent le plus de crimes contre l'individu, et les Israélites le plus contre la propriété (5).

V. — L'atavisme Et L'hérédité.

Autrefois —je dis bien autrefois — Lombroso considérait le criminel comme le fruit d'une hérédité médiate et à longue échéance : l'atavisme. Le crime ne serait alors que le retour vers l'état primitif et barbare des premiers aïeux, et le criminel un sauvage égaré dans notre civilisation.

D'après cette théorie on trouverait les équivalents du crime chez les plantes insectivores, puis chez les animaux. D'autre part, le crime serait d'une fréquence remarquable chez les peuples sauvages, chez les enfants qui représentent une phase ancienne de l'évolution. Enfin on rencontrerait, chez les cri

(1) Eslatistica criminal da Ftepublica Brazileira.

(2) Le crime en pays créole.

(3) La criminalité à Naples.

(4) E. Tarnowski. Répartition géographique de la criminalité en Russie. Archives de l'Anthropologie criminelle, 1901.

(5) Maximoff. La Sibérie et les travaux forcés.

LE CRIMINEL. 9

minels et surtout chez les enfants criminels, une foule de caractères anatomiques, physiologiques et psychologiques indiquant l'atavisme. Cette théorie, si séduisante au premier abord, ne résistait pas à un examen un peu sérieux, et Lombroso lui-même dut l'abandonner. « Pas n'est besoin, dit avec juste raison L. Manouvrier (1), de remonter aux hommes primitifs, probablement moins criminels que les modernes, aux singes, aux rongeurs ou aux reptiles, pour expliquer le crime alors que nous en avons sous les yeux les causes naturelles et suffisantes. »

Nous verrons plus loin que l'atavisme ne pourrait être invoqué avec quelque raison que pour expliquer la genèse de la folie morale.

Quant à l'hérédité, son influence est incontestable, énorme. Quelqu'un a dit avec juste raison que l'hérédité est la mère du crime, comme le milieu en est son père.

« La propension aux vices, au mal, au crime, dit Aug. Voisin (2), est des plus héréditaires et constitue alors comme une forme indéfinie des actes des ascendants. » Tandis que l'honnête homme voit se perpétuer chez ses enfants la probité et toutes les qualités morales qui font le bonheur de sa vieillesse, le criminel au contraire voit son fils déchoir comme lui, aller s'asseoir comme lui sur les bancs de la police correctionnelle ou des assises, et comme lui enfin échouer en prison.

Néanmoins il ne faudrait pas exagérer l'importance de cette sorte d'hérédité spéciale. Le criminel n'est pas toujours le fils d'un criminel, mais bien plus fréquemment d'un taré du système nerveux. Sans doute, les mauvais comme les bons instincts peuvent se transmettre des ascendants aux descendants, mais je crois qu'il faut plutôt regarder la criminalité chez les ascendants comme un accident. Ils transmettent à leurs héritiers la tare nerveuse ou alcoolique qui les a portés au vol ou au meurtre, et ceux-ci comme ceux-là deviennent voleurs et meurtriers. Aussi est-ce bien plus souvent chez les collatéraux que chez

(1) L'atavisme et le crime. Reuue de l'École dAnthropologie, 1891.

(2) Art. Hérédité du Dict. de médecine et de chirurgie pratiques.

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