de vingt-trois ans; elle faisoit un cas particulier de Catulle , de Sénèque le tragique, mais surtout de Lucaitst. Le savant Guy Patin, qui me Fournit cet article sur les goûts littéraires de Christine , goûts qui certainement, auroient pu être plus sévères , ajoute : œ Pour Sénèque le tragique , c'est un admirable écrivain, auteur plus égal que tout autre. Il se soutient merveilleusement. On ne voit point que le' médiocre succède au sublime; toujours semblable à lui-même, il conserve une force de style et une noblesse de sentiment qui ne se dément jamais. » Il y auroit bien quelque chose à rabattre de ces louanges; car tous les critiques sont assez d'avis que les dix tragédies attribuées à Sénèque (1), sont d'un mérite
(i) Il s'en faut beaucoup que les savans s'accordent à reconnoilre Sénèque pour auteur de ces tragédies. Quintilien croit que la Médée est de Sénèque le philosophe; Sidonius Apollinaris donue les dix pièces à L. Annaeus Novatus, frère du philosophe. C'est sans doute ce qui a fait appeler vulgairement ce Novatus , Sénèque le tragique. Pétrarque, Crinitus, Daniel Cajetan, Martin Del-Rio, Erasme, Juste Lipse et les deux. Scaliger, attribuent ce théâtre au philosophe, à l'exception de V Octavie. D'autres savans en regardent comme auteur un Marcus Sénèque, fils du philosophe , et né de sa première épouse; mais il est reconnu que ce Marcus Sénèque est mort très jeune avant l'exil de sou père. (Voyes la Consolation à Helvia, ch. xvi. ) Elie Vinet parle d'un L. Aunaens Sénèque, qui vivoit, dit-il, sous Trajan : ce Sénèque n'est point connu. Daniel Heinsins est d'avis que Sénèque le philosophe est auteur de Médée, SHippolyte , des Troyennes et de Thy este ;ïl donne à Sénèque le père ou le rhéteur, Hercule furieux, Œdipe et Agamemnon. Quant à la Thébaïde, a Hercule sur le mont QEta, et a Octavie, il conjecture qu'elles sont de trois auteurs inconnus. Le P. Brumoy dit positivement que ce théâtre entier n'est d'aucun Sénèque, ui du rhéteur, ni du philosophe , ni
fort inégal, et qu'il n'y en a pas une seule qui soit
vraiment bonne. Elles sont défectueuses parle plan, vides d'action , et abondent en déclamations du style le plus boursouflé, ce La sécheresse, l'enflure , la monotonie, l'amas des descriptions gigantesques, le cliquetis des antithèses recherchées, dans les phrases une concision entortillée, et une insupportable diffusion dans les pensées, sont, dit La Harpe > les caractères de ces imitations mal-adroites et malheureuses des plus beaux sujets d'Euripide et de Sophocle. Il ne faut pourtant pas croire que les pièces attribuées à Sénèque soient sans mérite; il y a des beautés, et les bons esprits qui savent tirer parti de tout, ont bien su les apprécier. On y remarque des pensées ingénieuses et fortes, des traits brillans et même des morceaux éloquens et des idées théâtrales. Racine a bien su profiter d'Hippolyte, qui est en effet ce qu'il y a de mieux dans Sénèque. II en a pris ses principaux moyens, et s'est rapproché de lui, dans son plan, Beaucoup plus que d'Euripide, n
de Novatus, ni du jeune Marais, mais d'un anonyme qui aura pris ce nom très fam eux alors dans la république des lettres. Enfin, M. Coupé est d'un avis tout différent : selon lui, le précepteur de Néron est auteur de toutes les tragédies en question, à l'exception cependant de celle A'Oetavie. D'après cette diversité d'opinions, il paroît difficile, pour ne pas dire impossible, de décider à quel auteur appartiennent les tragédies en question : ce qu'il y a de certain , c'est que Sénèque le philosophe étoit versé dans la poésie, et il est présumable qu'il a composé quelques-unes de ces pièces; niais il est démontré qu'elles ne sont pas toutes de lui, et surtout qu'il n'est pas possible qu'il ait composé Octavie> puisque sa mort tragique a précédé celle de cette princesse.
MÉNAGE , littérateur érudit ( n. 1613 — m. 1692), regardent Plutarque comme l'auteur le plus essentiel. Il disoit, ainsi que Théodore Gaza : ce Si tous mes livres étoient au feu et que je n'en pusse sauver qu'un, ce seroit Plutarqiie. »
Antoine ARNAULD, célèbre théologien (n. 1612 —m. 1694 ) 5 aimoit passionnément Cicéron, et en sentoit tout le prix. Quelqu'un lui ayant demandé ce qu'il falloit faire pour se former un bon style; lisez Cicéron, répondit-il 5 il ne s'agit pas, lui répliqua-t-on , d'écrire en latin, mais en Français; en ce cas, reprit le docteur, lisez Cicéron. Boileau disoit d'Antoine Arnauld, qu'il étoit le plus savant mortel qui jamaiseût écrit (1). Je croirois volontiers que le même Arnauld est auteur de l'éloge de Cicéron, qui se trouve dans la préface de la Méthode latine de Port-Royal. Peut-être est-il de Lancelot (2); quoi
(1) Grosley de Troyes, mort en 1785, étoit aussi un des admirateurs d'Arnauld; il inséra dans son testament l'article suivant: « Jeiègue une somme de 600 liv. pour contribution de ma part au monument à ériger au célèbre Antoine Arnauld, soit à Paris, soit h Bruxelles. L'étude suivie que j'ai faite de ses écrits m'a offert un homme courageux au milieu d'une persécution continue , supérieur aux deux grands mobiles des déterminations humaines, la crainte et l'espérance. Ses ouvrages sont l'expression de l'éloquence du cœur, qui n'appartient qu'aux ames fortes. »
(2) Cela est plus présumable, car Lancelot a toujours passé pour Fauteur de la Méthode pour apprendre facilement la langue latine. C'est là qu'il dit : « Les meilleurs auteurs classiques, ceux sur lesquels on doit établir la véritable connoissance de la langue latine dans sa plus grande pureté, non-seulement pour la connoitrtt,
qu'il en soit, le voici : ce Ce qui nuit ordinairement le plus à ceux qui veulent bien savoir la langue latine , c'est qu'ils n'estiment pas et ne lisent pas assea Cicéron , qui est un auteur incomparable entre les païens, non-seulement pour les paroles, mais pour les pensées, ayant été pour celte raison appelé le Platon des Romains par Quintilien, et ayant mérité l'estime particulière des plus grands personnages de l'Eglise même. Car il a écrit si noblement et si excellemment de toutes sortes de matières, de l'éloquence , des orateurs , de la morale, de la philosophie selon toutes les sectes, des affaires publiques et particulières en ce grand nombre de lettres qu'il nous a laissées, de la manière de défendre et d'accuser les hommes, et de parler sagement et éloquemment de toutes choses dans ses oraisons, que lui seul doit tenir lieu de beaucoup d'auteurs et entretenir agréablement ceux qui aiment les belleslettres durant toute leur vie. » Ajoutons à cet éloge celui que Quintilien (/jv. x. ch. i) fait de l'éloquence de l'orateur romain : « Il me paroît, dit-il (i), que
mais encore pour la parler et l'écrire, sont Té Berce, Cicéron, César, Virgile, Horace; parmi les autres, il faut mettre au premier rang Quikte-curce , Salluste et Tite-live. » Voilà les seuls auteurs que cite Laucelot, comme vraiment classiques; il avoit cependant parle précédemment de Phèore , qui pourrait bien marcher à la suite, ainsi qu'OvipE, Velleids Paterculiis (que l'on place entre Tite-live et Tacite), Corhelios-nepos, JcvéKAL, Justis, Florus, etc.
( i ) Mihi videtur M. Tutlius, cùm se totum ad imitationetn Grcecomm contulisset, ejfinxisse vim DemosthenU, cojtiam Piaf
Cicbroiî, ayant tourné toutes ses pensées vers les Grecs, pour se former sur leur modèle, a composé son caractère de la force de Démosthène , de l'abondance de Platon, et de la douceur d'Isocrate. Et non-seulement il a extrait par son application ce qu'il y avoit de meilleur dans ces grands originaux, mais la plupart de ces mêmes perfections, ou pour mieux dire, toutes. Il les a ensuite comme enfantées de lui-même par l'heureuse fécondité de son génie. Car, pour me servir d'une expression de Pindare, il ne ramasse pas les eaux du ciel pour remédier à sa séclieresse naturelle; mais il trouve dans son propre fonds une source d'eau vive qui coule sans cesse à gros bouillons, et vous diriez que
tonis , jucunditatem Isocratis. Nec vero quod in quoque optimum fuit, studio consecutus est tantum; sed plurimas, et potins omnes ex se ipso virtules extulit immortalis ingenii bcatissimâ ubertate. Non enim pluvial, ut ait Pindarus , aquas colligit, sed vivo gurgite exundat, dono quodam Providentice genitus, inquo totas vires sua eloquentia experiretur. Nam quis docere diligentius , movere vehementiuspotest? Cui tanta unquam jucundilas affuit? Ut ipsa illa, quee extorquet, impetrare eum credas, et cùm tiansversum vi sud judicem ferat, tam Me non rapi videatur, sed sequi. Jam in omnibus quœ dicit, tanta auclorilas inest, ut Mssentire pudeat. Nec advocati studium, sed lestis aut judicis offerat fidem. Cùm intérim heee omnia, quœ vix singula quisquam intentissima cura consequi posset, fluunt illaborata : et illa, qud nihilpulchrim auditu est, oratioprœ se fert tamen felicissimam facilitatem. Quare non immerito ab hominibus cetatis suce regnare in judiciis diclus est : apud posteras id consecutus, ut Cicero jam non hominis nomen, sed eloquentice habeatur. Huno igitur spectemus : hoc proposilum nobis sit cxemplum : Me se profecisse sciât, cui Cicero valde placebit.
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