« Traitez de même les éperlans, dont les adeptes font tant de cas. L'éperlan est le becfigue des eaux : même petitesse, même parfum, même supériorité.
« Ces deux prescriptions sont encore fondées sur la nature des choses. L'expérience a appris qu'on ne doit se servir d'huile d'olives que pour les opérations qui peuvent s'achever en peu de temps, ou qui n'exigent pas une grande chaleur, parce que l'ébullition prolongée y développe un goût empireumatique et désagréable qui provient de quelque partie de parenchyme dont il est très-difficile de la débarrasser et qui se charbonnent.
« Vous avez essayé mon enfer, et, le premier, vous avez eu la gloire d'offrir à l'univers étonné un immense turbot frit. Il y eut ce jour-là grande jubilation parmi les élus.
« Allez : continuez à soigner tout ce que vous fuites; et n'oubliez jamais que, du moment où les convives ont mis le pied dans mon salon, c'est nous qui demeurons chargé du soin de leur bonheur. M
mangeant quelque chose qui lui parut fort à son grd, me dit: « Questo è un vero boccone di cardinale! — « Pourquoi, lui répondis-je dans la même langue, ne « dites-vous pas comme nous: un morceau de roi? — « Monsieur, répliqua l'amateur, nous autres Italiens, « nous croyons que les rois ne peuvent pas être gour« mands, parce que leurs repas sont trop courts et trop « solennels: mais les cardinaux! eh !!! » Et il fit le petit hurlement qui lui est familier : hou hou, hou hou, hou, hou t
De la Soir.
49.—La soif est le sentiment intérieur du besoin de boire.
Une chaleur d'environ trente-deux degrés de Béaumur vaporisant sans cesse les divers fluides dont la circulation entretient la vie, la déperdition qui en est la suite aurait bientôt rendu ces fluides inaptes à remplir leur destination, s'ils n'étaient souvent renouvelés et rafraîchis : c'est ce besoin qui fait sentir la soif.
Nous croyons que le siége de la soif réside dans tout le système digesteur. Quand on a soif (et en notre qualité de chasseur nous y avons souvent été exposé) , on sent distinctement que toutes les parties inhalantes de la bouche, du gosier et de l'estomac, sont entreprises et nérétisées ; et si quelquefois on apaise la soif par l'application des liquides ailleurs qu'à ses organes, comme par exemple le bain, c'est qu'aussitôt qu'ils sont introduits dans la circulation, ils sont rapidement portés vers le siége du mal, et s'y appliquent comme remèdes.
DIVERSES ESPÈCES DE SOIF.
En envisageant ce besoin dans toute son étendue, on peut compter trois espèces de soif: la soif latente, la soif factice, et la soif adurante.
La soif latente ou habituelle est cet équilibre insensible qui s'établit entre la vaporisation transpiratoire et la nécessité d'y fournir; c'est elle qui, sans que nous éprouvions quelque douleur, nous invite à boire pendant le repas, et fait que nous pouvons boire presque à tous les moments de la journée. Cette soif nous accompagne partout, et fait, en quelque façon, partie de notre existence.
La soif factice, qui est spéciale à l'espèce humaine, provient de cet instinct inné qui nous porte à chercher dans les boissons une force que la nature n'y a pas mise, et qui n'y survient que par la fermentation. Elle constitue une jouissance artificielle plutôt qu'un besoin naturel : celte soif est véritablement inextinguible, parce que les boissons qu'on prend pour l'apaiser ont l'effet immanquable de la faire renaître ; cette soif, qui finit par devenir habituelle, constitue les ivrognes de tous les pays; et il arrive presque toujours que l'impotation ne cesse que quand la liqueur manque, ou qu'elle a vaincu le buveur et l'a mis hors de combat.
Quant au contraire on n'apaise la soif que par l'eau pure, qui paraît en être l'antidote naturel, on ne boit jamais une gorgée au-delà du besoin.
La soif adurante est celle qui survient par
l'augmentation du besoin et par l'impossibilité de satisfaire la soif latente.
On l'appelle adurante, parce qu'elle est accompagnée de l'ardeur de la langue, de la sécheresse du palais, et d'une chaleur dévorante dans tout le corps.
Le sentiment de la soif est tellement vif, que le mot est, presque dans toutes les langues, le synonyme d'une appétence excessive et d'un désir impérieux ; ainsi on a soif d'or, de richesses, de pouvoir, de vengeance, etc., etc., expressions qui n'eussent pas passé, s'il ne suffisait pas d'avoir eu soif une fois dans sa vie pour en sentir la justesse.
L'appétit est accompagné d'une sensation agréable, tant qu'il ne va pas jusqu'à la faim : la soif n'a point de crépuscule; et, des qu'elle se fait sentir, il y a malaise, anxiété, et cette anxiété est affreuse quand on n'a pas l'espoir de se désaltérer!
Par une juste compensation, l'action de boire peut, suivant les circonstances, nous procurer des jouissances extrêmement vives; et quand on :ipaise une soif à haut degré, ou qu'à une soif modérée on oppose une boisson délicieuse, tout l'appareil papillaire est en titillation, depuis la pointe de la langue jusque dans les profondeurs de l'estomac.
On meurt aussi beaucoup plus vite de soif que de faim. On a des exemples d'hommes qui, ayant de l'eau, se sont soutenus pendant plus de huit jours sans manger, tandis que ceux qui sont absolument privés de boissons ne passent jamais le cinquième jour.
La raison de cette différence se tire de ce que celui-ci meurt seulement d'épuisement et de faiblesse, tandis que le premier est saisi d'une fièvre qui le brûle et va toujours en s'exaspérant.
On ne résiste pas toujours si longtemps à la soif; et, en 1787, on vit mourir un des centsuisscs de la garde de Louis XVI, pour eu e resté seulement vingt-quatre heures sans boire.
Il était au cabaret avec quelques-uns de ses camarades : là, comme il présentait son verre, un d'entre eux lui reprocha de boire plus souvent que les autres et de ne pouvoir s'en passer un moment.
C'est sur ce propos qu'il gagea de demeurer vingt-quatre heures sans boire, pari qui fut accepté, et qui était de dix bouteilles de vin à consommer.
Dès ce moment le soldat cessa de boire, quoiqu'il restât encore plus de deux heures à voir faire les autres avant que de se retirer.
La nuit se passa bien, comme on peut croire; mais, dès le point du jour, il trouva très-dur de ne pouvoir prendre son petit verre d'eau-de-vic, ainsi qu'il n'y manquait jamais.
Toute la matinée il fut inquiet et troublé; il allait, venait, se levait, s'asseyait sans raison, et avait l'air de ne savoir que faire.
A une heure il se coucha, croyant être plus tranquille : il souffrait, il était vraiment malade; mais vainement ceux qui l'entouraient l'invitaient-ils à boire, il prétendait qu'il irait bien jusqu'au soir; il voulait gagner la gageure, à quoi se mêlait sans doute un peu d'orgueil militaire qui l'empêchait de céder à la douleur.
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