sertation sur la prononciation présumée du latin, au temps de Cicéron. Il n'y a pas de doute qu'elle n'ait été très différente de celle que nous avons adoptée; et peut - être les Français sont - ils le peuple de l'Europe le plus éloigné de cette prononciation. Aussi tout le monde convient que si l'orateur romain revenoit parmi nous et qu'il nous entendît prononcer une de ses harangues , il n'en comprendroit peut-être pas un mot; de même que nous, s'il parloit, nous ne l'entendrions pas.
La première partie de notre travail est terminée par un tableau synchronique des principaux événemens de l'histoire politique et de l'histoire littéraire des Romains mises en parallèle. Cette chronologie commence à la fondation de Rome, et se termine au sixième siècle de l'ère vulgaire. Je comprends dans ce tableau la chronologie politique, parce qu'il est reconnu que la forme du gouvernement et les événemens politiques influent beaucoup sur la littérature, et que la littérature exerce à son tour une certaine influence sur la politique et sur les mœurs publiques. Ce rapprochement ne sera donc pas aussi indifférent qu'on pourroit le croire. Le célèbre
François Algarotti en étoit persuadé, lorsque dans son Essai sur la vie d'Horace, traduit de l'italien en français, dans les Variétés littéraires de M.rs Arnaud et Suard , il a dit: « Dans les républiques, tout porte le carac« tère de la liberté, comme dans les monar« chies, tout respire la dissimulation. En « effet, Catulle , dont la muse effrontée fait « souvent rougir les grâces qui l'accompa« gnent, vivoit dans le temps de la républi« que. Ovide parut dans un temps où la « forme du gouvernement étoit devenue ente tièrement monarchique; aussi, quoiqu'il « eût le cœur tout aussi corrompu, sa plume « fut-elle plus réservée. Quant à Horace, il ce se trouva précisément placé au moment où «e l'état passoit de la liberté à la servitude. »
SECONDE PARTIE.
HISTOIRE DÉTAILLÉE DES AUTEURS LATINS ET DE LEURS OUVRAGES.
V^uel que soit le nombre des livres qui existent sur la vie et les ouvrages des auteurs latins, on ne peut disconvenir que cette partie
intéressante de l'histoire littéraire a presque toujours été traitée d'une manière assez incomplète. Tantôt on s'est contenté de donner la vie des auteurs, souvent très abrégée, sans faire mention de leurs productions; tantôt on a détaillé leurs ouvrages sans parler de leur vie; et quand on a réuni ces deux objets , on l'a souvent fait si laconiquement t qu'on a laissé beaucoup de choses à desirer. La principale cause de ces défauts provient de ce qu'on a négligé de remonter aux sources, et que l'on s'est contenté de puiser ses renseignemens dans les auteurs modernes. Il en est résulté une multitude d'ouvrages calqués les uns sur les autres , et qui par conséquent présentent la même physionomie , les mêmes détails et les mêmes défauts. Pour que nous ne soyons pas dans le cas de mériter de pareils reproches, nous avons mi3 à contribution tout ce qui a été écrit sur les classiques latins par les anciens et par les modernes. Leur vie, le détail complet de leurs ouvrages, l'analyse de ces mêmes ouvrages , les jugemens qu'on en a portés, leurs principales éditions et leurs traductions françaises ont été l'objet particulier de nos recherches. On voit par là que nous avons envisage les classiques latins sous un point de Vue beaucoup plus étendu qu'on ne l'avoit fait jusqu'alors; et qu'en consultant les auteurs originaux sur les différentes parties dont nous venons de parler, nous avons dû trouver le moyen de ne pas nous traîner servilement sur les traces de nos prédécesseurs , ou du moins, de ne nous rencontrer avec eux que sur les faits les plus importans, cités par tous les auteurs, et sur les objets qui se trouvent dans toutes les biographies.
Enfin, pour donner à notre ouvrage un degré d'intérêt qui pût le faire distinguer de ceux qui lui sont antérieurs, nous avons tâché de réunir dans un seul cadre, mais un cadre neuf, tout ce qu'il y avoit de plus essentiel à dire sur les classiques latins. On jugera par la marche que nous avons suivie pour cette seconde partie, et que nous exposerons plus bas, si nous avons pu atteindre notre but, et si un pareil travail ne doit pas épargner des recherches considérables à ceux qui voudront se familiariser avec les chef-d'œuvres de la littérature latine.
Nous avions d'abord formé le projet d'embrasser toute cette littérature depuis Liviu$ Andronicus, l'an de Rome 480 ( 2.74 av. J. ) ,
jusqu'à Isidore de Séville , qui florissoit l'an
1389 de Rome (636 dep. J. C. ) , c'est-à-dire pendant plus de neuf siècles ; mais après avoir réuni nos matériaux, nous nous sommes aperçus que cela formeroit un ouvrage très considérable , qui, par son volume et par sou prix, seroit à la portée de peu d'amateurs , et à peu près nul pour les jeunes gens auxquels surtout les longs ouvrages font peur. Nous nous sommes donc restreints aux meilleurs auteurs latins, à ceux que l'on voit en totalité ou en partie dans l'instruction publique ; en ne donnant point d'articles particuliers aux auteurs qui ne jouent qu'un rôle "subalterne dans la littérature latine, nous ne croyons point affoiblir l'intérêt que peut inspirer notre travail; d'ailleurs il sera souvent question d'eux accidentellement dans le cours de notre ouvrage.
Voici la liste des classiques qui composent notre Bibliothèque Choisie. Nous avons adopté l'ordre chronologique, afin que cette galerie d'auteurs, parcourue sans interruption, présentât, au premier coup-d'œil, l'histoire anecdotique , détaillée et suivie, de la littérature romaine. Nous nous sommes appliqués surtout à rapporter, avec autant
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