nux villes qui croiront, comino la nôtre, devoir s'armer. Vous verrez dans 1cm débats une partie des motifs qui l'on fait rejeter.
On n'a pas eu aujourd'hui de nouvelles sur M. Nccker. M. de la Luzerne' a repris la marine, mais point de de Ministre de la guerre, ny de Garde des Sceaux.
Les habitants de Compiègnc ont arrêté M. Berthicr2, intendant de Paris, qui s'enfuyait, d'après le vol qu'on était allé faire de plusieurs cartons dans son cabinet. Un détachement de trois cents hommes de la Milice de Paris est allé le chercher pour l'amener à l'Hôtel do Ville et lui faire son procès. Mais on y mettra plus de formes qu'à celui de M. de Flesselles 3 et de M. de Launay.
Tout le public a entre les mains les secrets de la Bastille, chaque particulier a pris des papiers, mais on va tâcher de les réunir pour mettre au jour toutes les horreurs du régime de cet antre nlfreux. On a retrouvé l'article de l'homme au Masque de fer, mais sans nom, en somme qu'on ne peut encore expliquer l'énigme.
Nous avons discuté aujourd'hui dans les bureaux le règlement pour l'Assemblée. L'art; "le pour les voix, pour le nombre qui doit décider du sort d'une motion, a été débattu. Les anciens privilégiés voudraient les deux tiers des voix pour toute motion concernant la constitution et la législation. Nous soutenons qu'il ne faut dans toute opinion que la majorité pour In faire passer. Cet objet du règlement occasionnera quelques débats, mais eniin, s'il y a majorité absolue pour le décider, il faudra bien que la motion passe.
Du 22, matin.
Bravo, M. le Colonel*, je reçois votre lettre qui m'annonce la levée que vous venez de faire. Voilà ce
1. Le comte de la Luzerne, frère de l'érèque de Langres.
2. Gendre de Foulon, assassiné par le peuple à son arrirée à Paris, alors qu'on le conduisait à la prison de l.abbaje, le 83 Juillet. V. Talne, La Révolution, t. I", page 63.
3. Prérôt des marchands de la ville de Paris, assassiné le 14 juillet.
4. M. Dupont-Grandjardin tenait d'être nommé colonel de la garde
qui s'appelle aimer et défendre sa liberté. Mais il faut réserver votre bonne volonté. Nous nommes maintenant aussi tranquilles qu'a la liazocho. Il serait fâcheux qu'il nous arrivât trop de monde. Tout ce pays-ci serait aiïamé. On y manque de pain. On craint toujours qu'avant la récolte finie on ne soit obligé de ne manger que du pain de seigle. Les troubles qu'a occasionnés partout la nouvelle du renvoi de M. Neckcr a fait arrêter dans nombre d'endroits les farines que M. Neckcr faisait arriver pour Versailles et Paris. On a tout arrêté pendant cinq à six jours, de sorte qu'on a été ici au moment de manquer. C'est au soin de M. de la Fayette qu'on doit de n'avoir pas été dans une entière disette. Vous voyez donc qu'à présent que tout est tranquille il faut, non déposer les armes, mais attendre. Toutes les villes les ont prises, forment leurs milices bourgeoises et comptent les soutenir jusqu'à ce que la constitution soit faite. Cependant je ne vois plus guère de craintes à avoir. A mesure les ennemis secrets disparaissent, comme on recherche partout des preuves du complot et qu'on débite toujours qu'on en a trouvé, leur conscience sans doute leur est une preuve qu'on peut les convaincre et chaque jour on apprend que tel est parti '.
Paris paraît tranquille. Lu désunion qu'on cherchait à y semer et qu'on payait dit-on des guinées de M. Pitt, a été prévenue encore par M. de la Fayette. On avait souillé au Palais-Royal qu'il fallait nommer deux commandants. M. de la Fayette l'apprend, convoque une assemblée générale de tous les colonels de quartiers, leur expose la nécessité que le commandement soit un, leur offre de laisser celui qui lui à été déféré s'il n'est pas agréable à tous, et, dit-on, tous l'ont prié de continuer.
Dom Barbier est arrivé d'hier au soir et a remis à la
poste votre lettre '. Je vais tacher de le voir ce matin, c'est ce qui me force de finir ma lettre et de vous embrasser bien sincèrement comme notre brave colonel.
XXVII
Versailles, 29 juillet 1789 2.
Voilà un siècle que je n'ai reçu de vos nouvelles. Vous aves eu une alerte, à ce que m'a dit M. Gournay. Ce n'était qu'une terrour panique, mais elle vous d prouvé la honni' volonté dos paroisses voisines et In facilité do les réunir au besoin.
La séance d'hier mardy a été totalement employée à discuter sur deux comités, l'un, proposé par M. de Volncy, pour prendre communication des plaintes, demandes, requêtes de communautés adressées à l'assemblée et lui en faire le rapport s'il y a lieu. Ce comité sera de trente membres, un par bureau. M. Duport3, conseiller au Parlement, a proposé un autre comité de six pour prendre connaissance des complots formés contre le bien public, tels que celui du port de Brest, dont il est question dans la lettre ci-jointe de l'ambassadeur d'Angleterre. Il paraît qu'on avait dans le mois de juin fait solliciter en Angleterre des secours et une retraite en cas do besoin pour s'emparer du port de Brest*. C'est ce complot, c'est une autre nouvelle apportée par un courrier que trois ù quatre mille vagabonds armés ravageaient les campagnes autour de Soissons, en coupaient les blés sur pied en verd, qui ont donné matière à ce Comité chargé de prendre, recevoir, se procurer toutes les instructions sur ces délits.
Le fait des recolles de Soissons a été démenti par un courrier venu hier soir de Soissons, envoyé par les mêmes personnes, qui ont dit que c'était une fausse nlnrnie. L'histoire de Vcsoul est, dit-on, encoro un pur accident. On en attend les preuves. Je crois que le grand mal, le mal le plus réel, est le projet de retarder les opérations de l'Assemblée en cherchant à la distraire ainsy dc l'objet de la Constitution. Aussi je crie continuellement la Constitution, dont la publication sera la fin de tous les complots. Nous sommes assemblés, non pour administrer le royaume, mais pour faire dos lois. Il faut donc suivre su mission cl j'espère qu'enfin l'assemblée se raidira contre toutes ces demandes particulières, intéressantes sans doute, mais qu'on ne doit pas préférer au bien général, à celui qui doit mettre fin à tous les abus.
M. Neckcr doit arriver ce soir ou demain matin. Il a répondu de Baie une lettre remplie de sensibilité à l'Assemblée. Sa présence contribuera au rétablissement du calme plus que tous nos arrêtés.
Nous allons avoir ce matin les projets de Constitution imprimés pour les discuter. Déjà nous en avons un de l'abbé Siéyès, dont je vous envoie le résultat abrégé. Dans un autre que j'ai, il détaille les principes de la métaphysique dont il a tiré les résultats ci-joints.
Je décacheté ma lettre pour vous dire que M. Necker est arrivé hier soir à dix heures.
J'ai vu Doin Barbier un moment, il m'a dit qu'il ne croyoit pas pouvoir accepter la résignation du Prieuré de la manière dont le proposoit l'abbé Fouret; qu'en supposant que l'arrangement n'eût pas lieu, qu'on pourrait toujours suivre l'affaire pour le collège ; qu'il partoit le soir pour Paris, avec dom Chevreul ', le supérieur général. C'étoit vondredy, je devois aussi m'y rendre. Je lui dis que je les verrais à l'abbaye Saint-Germain.
i. Dom Cherreux, général de la Congrégation do Saint-Maur, député de Paris. Ce passage laisserait supposer qu'il avait été question de con fler la direction du collège do Mayenne aux Bénédictins.
M
J'y suis allé le dimanche matin. Dom Barbier étoit reparti et le Supérieur n'étoit pas venu à Paris. Je vais voir icy co qu'ils ont pu arranger et je vous dirai sur quoi on peut compter, si toutefois je puis en être instruit. Adieu, l'heure me presse.
XXVIII
Versailles, 31 juillet.
Je suis inquiet de ne point recevoir de vos nouvelles. Les alarmes qui se sont répandues presque le même jour dans tout le royaume semblent être la suite du complot formé et le complément des projets désastreux qui devaient mettre toute la France en feu. Car on ne peut imaginer que, dans le même jour et au même instant, presque partout, le tocsin ait résonné, si des gens répandus à dessein n'eussent pas donné l'alarme. Tant mieux si ce n'est qu'une terreur panique de proche en proche'.
Pour nous ici, tout est tranquille dans Versailles. Si nous étions tous animés du désir sincère d'avancer la Constitution, elle ne pourrait pas tenir longtemps, mais, je ne sais par quelle fatalité, les jours s'écoulent. Nous avons entamé l'ouvrage cette semaine dans les bureaux, et dans le mien nous avons arrêté une déclaration des droits de l'homme et du citoyen, mais nombre de bureaux n'ont rien fait. Aujourd'hui, on devait discuter dans l'assemblée de ce matin au moins ce qui avait été discuté dans quelques-uns des bureaux. Une demande de changer l'article du règlement que nous avions arrêté mercredi.- pour six assemblées générales le matin, au lieu de deux fixées, a occupé une partie de la matinée; des troubles survenus à Paris ont fait prolonger la séance jusqu'à six heures et demie. Voici ce qui y a donné lieu.
M. Necker, en. revenant, fut supplié de s'intéresser en
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