retiré à la gauche. La cour souveraine étoit placée sur une estrade à la droite, et la chambre des comptes sur une autre à la gauche; le bailliage derrière la cour, et Phôtel-de-ville derriere la chambre des comptes.
Leurs Altesses Royales s'agenouillèrent sur un priéDieu couvert d'un tapis de velours cramoisi, galonné et frangé d'or, et toute la noblesse de l'un et de l'autre sexe derrière leurs Altesses Royales dans l'espace vide du chœur. ( Ce chœur avoil beaucoup plus d'étendue que quand nous l'avons vu, après que le Duc Leopold en eut réuni une partie à son palais. ) L'abbé Fournier, prévôt de Saint-Georges, qui avoit reçu leurs Altesses Royales à la porte de l'église, les complimenta à l'entrée du chœur, et après avoir reçu du prince l'investiture de sa dignité de prévôt, il entonna le Te Deum qui fut chanté en musique et accompagné de plusieurs 1 décharges de l'artillerie des remparts de la ville et de Ja citadelle. Après cela leurs Altesses Royales précédées de leur noblesse, montèrent par la tribune de> cette église dansleur appartement, où elles reçurent de nouveau les complimens de tous les corps, pendant que l'artillerie faisoit une nouvelle décharge.
Le soir il y eut des feux de joie allumés devant toutes les portes et des illuminations sur toutes les fenêtres. On tira le feu d'artifice après le souper de leurs Altesses Royales qui en prirent le divertissement sur une loge placée sur l'Esplanade, et y jetèrent elles-mêmes la première amorce par un alérion artificiel qui partit de l'endroit où elles étoient placées. Ce divertissement leur fut continué deux jours après et réitéré le samedi suivant, i5e jour du mois, pour la S. Léopold, fête du souverain.
Nous ajouterons à cette entrée solennelle, presque faite de nos jours, celle du Duc Nicolas selpn l'auteur de la chronique de Lorraine, témoin oculaire de ce qu'il raconte, et dans ses termes.
« Les nobles de Lorraine bien joyeux de voir un si » beau prince, car de le voir chacun en étoit amou» reux. A la seigneurie moult honorablement fit la » revérence, dont toute la compagnie connut qu'il i> étoit prince gracieux. Tous s'en vinrent ensemble, Toxnt lit P
226 Entrée Du Duc Nicolas A Nancy.
J> les comtes de Blâmont, de Salm, de Nassau, de » Réchicourt, d'Apremont, de Bitche, de Sarverden, » aussi les seigneurs de Savigny, de Ville, de Haï aucourt, « de Lènoncourt, de Haussonville, de Parroy, du Cliâlelet, » et tous les autres ensuivans l'amenèrent tout droit » (de Bar) à Nancy. Toute la ville, l'église la pre» mière, tous en procession hors la ville, lui allèrent * au devant en grand honneur; en la ville fut mené. » Les petits enfans crioient Noël; devant S. Georges » s'arreta, mit pied à terre, en l'église entra. On lui » fit faire son serment comme de coutume, de bien » garder le bras séculier, aussi les droits du pays, comme » les Ducs ont fait du passé; lequel promit de faire. » Le cheval sur quoi il étoit venu, demeura ez cha» noines; il le volt (voulut) ravoir (ce cheval entroit » a l'église avec le prince, et les chanoines de Sainl» Georges se l'altribuoienl ) il le racheta autant qu'il » valoit. Dedans la cour fut mené, grand triomphe, » trompettes, ménétriers et toute la noblesse grand » fête faisoient de sa venue, chacun s'en réjouissoit.
» Le Duc Nicolas voyant que si noblement étoit » reçu, il fit prière à toute la seigneurie , que leur » plaisir fût à un jour pris qu'il leur plût chacun en » droit eux d'amener leurs femmes, filles et damoi» selles, disant : Je les veux Jéloyer. La requise lui fut » octroyée. Le Duc fit appareiller. MTM de Fénètrange, » les comtesses de Salm, de Sarverden, et autres dames » de toutes parts vinrent à Nancy. Le Duc les féloya » moult noblement de maintes viandes délicieuses. » Aussi en leur présence fit jouter douze gentils» hommes , six contre six , par trois jours durant, en » la place du Ghâteau, toujours en les fétoyant. Après » les joules faites, firent un tournois les six seigneurs » contre les autres, à beaux coups d'épées, chacun son » devoir faisoit ; deux heures durant dura ledit tournois; » ils s'entre-battoient de grands coups d'épées, si on » ne les eût départis ( séparés ) ils s'eussent fait déplai» sir. Puis la fête accomplie, le Duc à tous les seigneurs, » dames et damoiselles à tous remercia. Chacun le » lendemain tout se départit. Le Duc et toute sa conapagnie par toute la duché s'en alla , commença à
Entrée De La Duchesse Renée A Nancy. 227
» Rozières, de-là à Lunéville, Saint-Diez, Ravon, » Bruyères, Remiremont, Arches, Epinal, Dompaire, » Charmes, Le Vaux-de-Chatenoy, Le Neufchâteau, » Gondreville; bref, tout il visita, dedans Nancy se » retira. »
On voit par ces entrées solennelles de nos anciens souverains l'affection que les Lorrains*avoient pour ces bons maîtres; et après les. maux qu'ils avoient soufferts pendant plus de soixante ans avant l'arrivée du Duc Leopold , ne croiroit-on pas, par la magnificence avec laquelle il fut reçu, que la Lorraine avoit toujours été dans la paix et l'abondance. Nous avons rapporté le triomphe qu'ils décernèrent à Charles IV, l'auteur de tous leurs maux.
Entrée De La Duchesse Renée De Bourbon à Nancy.
Ce n'étoit pas seulement pour ses Ducs que les Lorrains témoignoient leur affection par les réjouissances auxquelles ils se livroient à leur entrée dans leur capitale. Ils n'en faisoient pas moins pour les Duchesses leurs épouses. Nous en avons la preuve dans la réception faite à la Duchesse Reneë De Bourbon, épouse du Duc Antoine , encore tirée de la chronique de Lorraine.
A heure d'une heure le Duc se départit de SaintNicolas, et les bourgeois de Nancy mirent sur les boulevards force artillerie. Toute la noblesse lui allirent au devant jusque» près de la Neuveville, et vint ledit Duc environ à deux heures, et à son entrée force coups d'artillerie. Madame arriva à deut heures après diner à Laxou près de Nancy. Tous hommes et femmes, jeunes fils, jeunes filles, tous lui allirent au-devant, tous la menirent à Laxou, toutes jeunes femmes et filles chantant joyeusement. Audit Laxou furent préparées trois ou quatre maisons des plus belles, et force loges de mayes ( loges de verdures, ou branches d'arbres ), et là firent descendre Madame et toutes les autres dames et damoiselles; et par toutes les femmes «ludit Laxou lui fut apporté force tartespommes,
poires, vin rouge et clairet, et là firent la bonne chèra. Elle demeura là jusques vers les six heures.
Nancy, toute l'église premier, portant le cuisseau M. S. Georges, allirent au devant des portes S. Nicolas, tous les petits clers tous en surpelis blancs, à chacun une verge ( cierge ) en la main, au bout un écusson aux armes de Lorraine ; après toute la seigneurie, après les enfans de Nancy en nombre de six cents, les uns vêtus de blanc, grands plumages sur leurs têtes, les autres vêtus de noir, et tous portant armes; les uns épées nues, les autres piques, les autres hallebardes, avec six ou sept gros tambourins ( c'étoit la bougeoisie de Nancy), tous allirent au devant jusques près de ladite Laxou, excepté ceux de l'église en laquelle resta le suffragant et sept ou huit abbés portant la crosse, avec tous les chanoines et autres prêtres. Ceux des boulevards à grands coups d'artillerie à puissance tiroient. Ladite Dame venant près de la porte , le suffragant mit hors le cuissal ( reliquaire de S. Georges dans lequel est un os de la cuisse de ce saint martyr. ) M. S. Georges et le donna à baiser à Madame. Les chantres étoient auprès de ladite porte sur un échafaud, vêtus de deux couleurs pers ( bleu ) et vertes, lesquels en présence de toute la noblesse, dames et damoiselles , l'artillerie cessant, firent la venue à Madame ( chantèrent cettochanson; le premier commença et dit:
Très-haute souveraine princesse , i De Lorraine et de Bar duchesse , Bien soyez venue à Nancy.
Dame de Vaudémont comtesse , Ensemble toute la noblesse De bon cœur vous salue aussi.
Dame triomphante, magnifique, Vaisseau rempli de prudence, De Bourbon maison authentique, Issue de couronne de France; De nos cœurs vous faisons offrance; Combien que soyons gens pers et vert 4 Et pour vous faire obéissance Tous nos trésors vous sont ouverts.
Douceur longuement désirée
En ce bon pays de Lorraine , Où perles et mines sont trouvées, Salines et choses souveraines; Votre plaisir soit d'être humaine A vos obéissans sujets; Car pour vous, soyez-en certaine , Tous nos trésors Tous sont ouverts.
Si gros Lorrains parlons par vers, Tenant forme de rhétorique, Louyaux sommes et non parvers, Et qui nous point (pique) très-fort en pique (lechar- Dame , notre vouloir s'applique don de Nancy. ) A vous servir sans nul travers, Et pour découvrir la musique, Tous nos trésors vous sont ouverts.
Princesse, s'il vous plaît, ouïrez Ici présens votre noblesse, La chanson, puis marcherez.
Vive le duc et la duchesse Dame Renée De Bouhbon, La souveraine princesse De Lorraine le pays bon; Vive le duc et la duchesse De Lorraine le pays bon , Dame Renée De Bourbon.
Tout cela accompli, quatre gentils-hommes tenant ciel ( un dais ) semé de chardons ( les armes de Nancy ) Je mirent dessus Madame; toute la noblesse la mejnirent à la cour la noble maison. Madite dame humblement fut reçue de Mer le Duc, lequel la vit volontiers. Incontinent le souper étoit appareillé. Tous, à table se mirent; de faire la grande chère ne faillirent mie; trompettes et clairons, tous instrumens le long du souper sonnoient. Toute la noblesse de sa venue s'en réjouissoit. Après qu'ils eurent soupé, rendre graces à Dieu , se mirent à danser. Quand l'heure vint de coucher, Monsieur et Madame ensemblent couchont, etc.
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