Strabon parle fous le même nom, qui signifie «n Port profond. II y en a en fuite un autre.Micrr . appellé Micro Baihi, & ensin celui que fait Ìe-Bathiireceurbement des terres de la Beoce , qui est. «ne grande Baye, avec deux entrées serrées ,. l'une de ce côté, & l'autre du côté de la Ville , qui font le fameux Detroit de l'Euripe.. Uy a par tout bon mouillage daní cette Baye;; qui étoit ce fameux Port d'Aulide , où toutela flote Grecque qui devoit alleràTroyesevinti aflembler. II ne reste plusriendela Ville d'Aulis, qui étoit fort proche de celle de Gbalcis r appellée presentement par les Francs Negrepont où nous arrivâmes de bonne heure , & oìLnous- logeâmes che& le Sieur Gioseppe Rosfo , autrefois esclave Malthois, mais faisant à. present la Charge de Conful François.
Les Grecs appellent Negrepont Egrippos , St Negri la Ville & l'ifle portent le même nom , qui est/e»/# manisestement une corruption du- mot Euripus, ou que les Grecs prononçoient Eurippos , faisant Egr\pune Confone de l'U qui suit une autre Voyel-^w. le comme les Latins,. & le prononçant comme Eurì* une F, ou comme un Ph. Car le nom barba-f w. re que nous lui donnons apres les Italiens n'a. point d'autre fondement que l'ignorance da langage;.le mot de Negrepont ne pouvant signisier qu'un Pont noir fur l'Euripe , comme, s'il y. en avoit eû un pareil pour palier de la Beoce dans l iste, les Italiens ont peut être ouï dire à ceux du pays ln.r*i "ívfixn , ou "&ypi*•« , .ou M teh Egrìpon , ou Ston Egripon, par contractiond'où ils ont fait Negripon , o» Negroponte, -pour accommoder ces mots, qui signisient k Egripos à leur langue, ce qui- arrive fouvent-aux-Francs & aux Turcs à.l'egard de quelques mots Grecs,.comme je l'ay fou» vent remarqué.
La Ville Egripus est dans le même lieu, oS étoit autrefois Chalcis, ou fort proche, c'est à dire fur une presqu'Ifle , de l'Isle autrefois appellée Eubée , qui est separée ea ce lieu de la Beoce par un détroit fort ferré, que nous passâmes fur un- petit pont de pierre de quatre ou cinq arches, qui mene fous une petite Tour bâtie par les Venitiens au milieu du canal, d'où il n'y a qu'un Pont-levis en dos d'asne, qui se leve la moitié du côté de la Tour, & la moitie du côté de la Ville pour faire passage aux Galeres ; l'enceinte des murailles de la Ville «st d'environ une lieuë , mais il y a plus de maisons fk plus de peuple dans les Faubourgs eù font les Chrétiens , que dans la Ville où font les Turcs & les Juifs. Les Turcs ont deux Mosquées dedans & deux dehors, où les Chretiens ont leurs Eglises. La Ville est feparée des Faubourgs par un grand fossé à fonds de euve, & tous les habitans ensemble peuvent monter à quatorze ou quinze mille,parmi lesfluels il y a six ou sept familles de Francs , & un Seminaire de Jefuites pour enseigner feulement la jeunesse, si on les en croit , mai» c'est pour avancer l'Eglife Romaine de tout leur pouvoir.
C'est la principale residence du Capitan Bacha, ou General de la flote Turque , qui est le Gouverneur de la Ville & de l'Isle , & des lieux voisins de la Grece , & en son absence il a fon Kiaia, ou Lieutenant, 8í fon Sous-Kiaia. La Flote des- Galeres est toûjours là toute prête à donner dans les occasions apres les Corfoires , íte apres les Malthois. Son Palais est hors de la Ville fur la Côte au Nord-Est du Pont, qui n'est fortisié que" par les Galeres, qui font attachées à la Côte au dessus , & autour. Son frere Aclunet Bacha demeure dans
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la Ville, où il a fon Palais, qui étoit celui d» Bayle ou Provediteur des Venitiens, avant que Mahomet II. la prit. II commande fur la Côte du côté Oriental du Pont> on nous y montra quelques caves voûtées, par où l'on peut fortir secrettement en bateau fur l'Euripe; 8c par où le Provediteur qui étoit de la famille Erizzo, & qui commandoit quand la Ville fut prise vouloit se sauver, mais le Grand Seigneur î'ayant sçû par des espions, s'en saisit, 8c lc sit mourir cruellement.
Une de ses silles appellée Signora Anna, qui étoit parfaitement belle, crût qu'elle auroit la même destinée que fon pere , & elle chercha quelque tems à s'aquerir la même gloire , aimant mieux se laisser poignarder que de recevoir les caresses du Sultan, qui avoit fait mourir impitoyablement fon pere , & qui lui oifroit l'Empire du monde, en lui presentant le sceptre, la Couronne, 8c tous les joyaux de l'Orient, qu'elle meprisa. En fotte que Mahomet enragé de voir ce mépris, & fa gloire 8ç son pouvoir si puissamment combatus par la vertu de cette jeune sille , tira fon cimeterre r 8c la fendit en deux, sa memoire est en benediction parmi les Venitiens , & elle merite d'e» tre enroollée parmi les Martyrs.
Nous trouvâmes fur les murailles de ce Pliais une Inscription de l'année 1273. qui parle d'un ouvrage commencé au mois de May , il y a 411. ans, dedié à l'honneur de Dieu & de S. Marc l'Evangcliste, par les foins de Nicolas Miliani Bayle de Negrepont, & de ses deuxConseillers Michel de Ándro , & Pierre de Navayer Mr. Spon croit que c'etait une Chapel.le, mais je croirois plùtost que c'étoit le Palaismême, la voici:
ÎAN-t ANNO AB INCARNATIONE DNI NRI ÍHN XPI MILLE CGLXXIli MES MAIO HOC OPVS FEC. INCHOARI NOBIL. VIR DNVS NICOLAVS MLLIANI BAIVL. NIGROPONTIS ET E1VS CQNSILIARII DNI MAHEL DE ANDRO ET PETRVS NAVAÌARIO IN HONORE DEI ET BEATI MARCI EVAG-,
C'est à dire , Van de /'Incarnation dé nltrtt Stìgntttr Jesus Christ 1273. au Mois de May No^bit Sieur Nicolas Miliani Bayle de Negref ont, W ses Conseillers les Sieurs Michel de Andro , Cf Pierre Navayer ont sait commencer cet Ouvrage, à ihonneur de Dieu, -tyde S. Marc l'Evangeliste,
II y a une vieille Forteresse proche de l'eaufur le même côté de la Ville , où l'on nous sit voir parmi plusieurs gros-Canons divers mortiers d'mr si prodigieux calibre , qu'ils peuvent jetter des pierres de deux pieds trois-pouces de Diametre;
Egripo est une place fort bien munie de ton* tes fortes de provisions à fort bon marché , la" livre de mouton y vaut à peine un fol-, celle de chevre ne s'y vend que six deniers , & le poisson un liard la livre on y a; pour deux fols le Crondriry de vin', ce qui revient environ àurrfol le pot mefure de Lion; on y fait auffi de Krares fortes de consitures de fruits, de Coins, de Poires de Prunes, de Noix % d'àveha£$r, 8c d'amandes au-fucre,.ils se servent de
vin bouilli au lieu de Syrop, qui est astez delicat au goût, quoique je croye qu'il ne plaN roit pas à nos Dames delicates, à moins peutêtre que I* consideration de ce que ces consitures viendroient de loin, ne les-ragoûtast.
Nous aurions été fort blâmables a nous ne nous fussions pas instruits autant qu'il étoitpossible de l'admirable flux & reflus de l'Euripe; que l'on a regardé de tout.tems comrae une des plus grandes merveilles du monde. Nous n'y demeurâmes pas assez long tems pour pouvoir remarquer nous mêmes tous les divers changemefis de marées; mais j'en serài la rektion la plus exacte que je pourrai fur les instructions que les habitans & diverses perfonnes curieuses qui ont demeuré longtems en celieu »• nous en donnerent. Je remarquai pendant les deux jours.que je demeurai là , qu'il garde le même mouvement que les marées de l'Ocean %. mais nous apprîmes ce que j'en vais rapporter d'un Jefuite qui y demeuroit, ce qui nous fut consirmé par les Meuniers qui ont leurs moulinsdessus, & qui peuvent en sçavoirla verité, par Hne longuê experience. IIs demeurent tous d'accord que fon flux íc reflux est quelquefois regulier, & quelquefois irregulier selon les jours de la Lune. Mais le R. P. Babin Jesuite savant & curieux qui a demeuré deux ans ì Negrcpont, nous en a donné une Relation exaéter dans une Lettre qu'il a écrite à l'Abbé Pecoil Chanoine de S. Just de Lion , que je ne copierai pas entiere, mais j'en donnerai le contenu.
L ll observe qu'on remarque fon flux 8c reflux dix ou douze lieuës de pays de chaque côté du Detroit, en diverses petites Bayes le long de la Côte , par l'eau qui monte K des
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