Reims et sacre et enoingt comme la coustume est de faire aux roys de France, au quel sacre furent les princes et seigneurs de France pour luy tenir compaignie et le servir chascun selon son office. Laquelle chose fut faicte solemnellement et de bon accord. Apres le dict sacre fut mene a Paris ou il fit son entree, et monstrant chascun jour avoir bon zele et affection a la chose publique et a la tres noble couronne de France dont il estoit descendu. Le roy fut en sa jeunesse si saigement instruict et gouverne, quil a este tousjours bon catholique et ayme du peuple, ce nest pas de merveilles, car monseigneur et ma dame de Beaujeu lavoient eleve en gouvernant ensemble le royaulme. La dicte dame estoit sa sœur fille du roy Loys XL Ceste dame estoit plaine de vertu, saige et discrete, miroir resplendissant, hardie en couraige, prudente en conseil, subtille en ses faicts et benigne a chascun. Plusieurs ordonnances furent faictes au royaulme au proufit du bien public. Et apres ce faict luy print vouloir daller conquerir son royaulme de Naples lequel luy appartenoit, parquoy fut delibere de aller a la conqueste rompu les forces de ses ennemis, et qui par le moyen d'un de ses envieux a chastié les autres. Ce roy Louis, disje, quelque excellent quil ayt esté, quelques conquestes quil ayt faict, a plus obligé la France a sa vertu par le successeur quil a laissé que par la grandeur de ses gestes : veu que la France, pour le peu de temps quelle a eu le bien destre regie par ce bon et juste prince, ne fut onc plus glorieuse, crainte et estimée que lorsque Charles huictiesme a porté le sceptre et couronne de nos roys.
(Histoire des neuf roys Charles de France, page 340.)