![[ocr errors]](http://books.google.fr/books?id=tvpaAAAAQAAJ&hl=fr&ie=ISO-8859-1&output=text&pg=PA375&img=1&zoom=3&hl=fr&q=voies+romaines&cds=1&sig=ACfU3U3NDPNKZQTD7Of9cQBKQBMFHxRiqg&edge=0&edge=stretch&ci=827,32,8,9)
La vie maritime du Sud-Ouest.au Sud, a successivement fait disparaître ces nids de pêche et de cabotage. A Bayonne seulement, la barre de collines qui borde la rive gauche de l'Adour empêche le fleuve de divaguer davantage vers le Sud, et fixe le site d'un port. Là commence ce littoral basque, découpé et pittoresque, dont les rias et les ports naturels voyaient partir jadis, chaque automne, des équipages de hardis pêcheurs à la poursuite des baleines, qui ne cessèrent qu'au xvne siècle de fréquenter le golfe de Biscaye. Il y eut, dans ces ports dont la série s'étend de Bayonne à Bilbao, par Pasajes et Saint-Sébastien, un foyer de vie maritime auquel participaient Basques français et Basques espagnols. Point de guerre maritime, aux xme et xrv° siècles, pour laquelle les services de ces marins ne fussent requis. Au xvi* siècle, là fut la pépinière des plus entreprenants découvreurs de terres nouvelles. Il est impossible, en rappelant ces souvenirs, d'échapper à une impression de regret. Cette vie maritime a décliné depuis le xvic siècle. Au sud de la Gironde, la nature paraît responsable de ce déclin; la longue barrière de dunes par laquelle la mer et la terre semblent s'enfermer chacune dans leur domaine, en excluant l'homme, frappe de stérilité une grande partie du littoral. Cependant, même en dehors de cette section inhospitalière, la période florissante du xvnr3 siècle n'a pas été suivie de progrès tel qu'on eût pu l'attendre. Bordeaux n'a pas complètement recouvré les profits du « commerce des îles »; La Rochelle n'a pas remplacé ses relations avec l'Amérique. Pendant ce temps, l'Ouest de l'Écosse et de l'Angleterre, Glasgow, Liverpool grandissaient dans des proportions inouïes. La géographie n'a rien à alléguer pour l'explication de tels faits; elle ne peut que céder la parole à l'histoire.
Le Midi français a été uni par des ressemblances de civilisation, mais n'a jamais formé un tout politique. Cette infirmité est un fait historique, auquel la géographie ne paraît pas étrangère. Entre le Midi méditerranéen et le Midi océanique les relations divergent; mais il semble que les plaines de la Garonne, du moins, pouvaient devenir un domaine d'unité politique. Cela même n'a jamais paru en voie de se réaliser.
En fait, nous avons pu constater que les analogies bien des fois alléguées entre le Bassin parisien et ce qu'on a appelé le Bassin d'Aquitaine, sont plus apparentes que réelles. La région du Midi aquitain est sous la dépendance étroite d'une zone où les plissements ont été énergiques, les destructions énormes et répétées. Les sols qui constituent la surface sont en majeure partie formés d'éléments détritiques d'âges divers, provenant soit du Massif central, soit surtout
L'ENSEMBLE DU MIDI DANS L'HISTOIRE.
des Pyrénées. Par la rapidité de leurs pentes, l'inégalité de leur régime, la masse de matériaux dont elles sont chargées, les rivières restent l'expression fidèle d'une contrée éprouvée par des accidents de date récente. L'évolution du réseau fluvial se montre peu avancée, surtout en Gascogne. Entre la Garonne et les Pyrénées s'étale un grand plateau de débris sur lequel un réseau d'affluents et sous-affluents n'a pas eu le temps de se combiner. Les rivières, indépendantes les unes des autres, s'y encaissent entre des coteaux rectilignes, qui opposent aux communications transversales une série sans cesse renaissante de rampes à gravir. Point d'affluents qui les relient; et pendant longtemps point de routes qui établissent à travers ces plateaux découpés une circulation toujours assurée. A l'exception de la grande voie directrice qui, de la Méditerranée, gagne par un seuil bas la moyenne Garonne et suit dès lors les anciennes terrasses fluviatiles, il n'existe pas de liaison dont la continuité ne rencontre des obstacles. En dehors de la grande surface qu'elle possède en propre, la nature de landes revient çà et là, au nord du fleuve comme au pied des Pyrénées, sablonneuse, presque solitaire, vêtue d'ajoncs et de bois.
On s'explique que, malgré les dons variés qui font de cette contrée un des domaines les plus heureux pour l'homme, un de ceux où l'existence est abondante et facile, elle n'ait pas trouvé en elle-même les moyens de constituer une unité politique. Il y manque ce que les physiologistes appellent un point d'ossification; en d'autres termes, un centre commun autour duquel les parties se coordonnent. Les attractions se divisent en foyers distincts. Quoique situées sur le même fleuve, Toulouse et Bordeaux ont vécu à part, chacune avec sa sphère d'action. Leur rôle a été aussi différent que l'est leur aspect. L'absence d'une vie commune se manifeste aussi, par exemple, dans les effets de la Réforme, très forts dans certaines parties du Midi aquitain, à peu près nuls en Gascogne.
Dans un espace bien plus restreint que celui qu'embrasse la France du Nord, le Midi présente des divisions plus tenaces. Des divisions telles que Neustrie et Austrasie, ne sont pas, comme l'indiquent leurs nombreuses variations, profondément imprimées dans la nature; elles ne tiennent guère devant les courants généraux. Au contraire, les noms de Gascogne, Guyenne, Provence, répondent, surtout le premier, à des divisions invétérées et persistantes. La riche et plantureuse plaine du Sud-Ouest a certainement contribué à mêler les hommes, sans qu'on puisse dire cependant que les divers éléments qui composent le fond ethnique se soient entièrement confondus. Le Gascon, au sud de la Garonne, traduit encore par le nom de Gavaches des différences qui ne sont pas entièrement effacées.
LA CENTRALISATION ET LA VIE D'AUTREFOIS
I. — LES ROUTES TL ne saurait être question, à la fin de ce travail, de tirer toutes les
J_ conclusions historiques qu'il peut suggérer. Ce tableau géographique ne doit pas usurper sur l'introduction historique, ni sur toute l'œuvre dont il est la préface.
Je voudrais seulement attirer l'attention sur un point, de grande importance il est vrai : les changements éprouvés suivant les époques par le système des routes. Une comparaison fondée sur ces faits permet de bien saisir l'action de l'histoire sur les rapports entre l'homme et le sol. Elle isole, en quelque sorte, cette influence. L'intervention des causes d'ordre politique et purement humaine s'y dégage nettement, parmi toutes celles qui s'exercent sur les relations. Il s'agit, en effet, de voies de communication formant un système. Ce n'est donc plus l'état élémentaire d'une contrée où les communications mal reliées entre elles obéissent surtout à des rapports locaux. Un système de routes suppose un développement politique avancé, dans lequel les moyens de communication sont combinés entre eux, tant pour assurer à l'État le libre emploi de ses ressources et de ses forces, que pour mettre la contrée en rapport avec les voies générales du commerce. L'histoire a déjà marqué là-dessus son action; elle s'imprime directement sur ce réseau, qui est comme l'armure dont elle revêt la contrée.
Il suffira de mettre sommairement sous les yeux le tableau du système de routes à deux époques assez éloignées pour accentuer les différences : d'abord sous la domination romaine, puis à la fin du xvm* siècle.
DU SYSTÈME DE ROUTES A DIVERSES ÉPOQUES.
Voies Romaines. On ne peut parler d'un système de routes dans notre pays qu'à partir de la domination romaine. Sans doute un grand nombre de voies romaines s'adaptèrent à une circulation antérieure, qui était loin d'être inactive. Mais elles la systématisèrent; et c'est là précisé
ment ce que fait ressortir le tableau, si incomplet qu'il soit, qu'on peut tracer à l'aide des itinéraires. Elles constituèrent un réseau, auquel fut assigné un centre. Lyon, dit Strabon, est le centre des Gaules : entendez d'une contrée dont la Méditerranée et les Alpes, le Rhin et l'Océan forment le cadre. De grandes voies transversales se
greffent sur un tronc qui suit la vallée du Rhône; elles gagnent le Pas de Calais, l'embouchure de la Seine, celles de la Loire, de la Charente et de la Gironde. Le tracé général se rapproche distinctement des principales directions fluviales. Nettement se traduit l'idée
maîtresse que les anciens s'étaient formée de notre pays : médiateur naturel entre l'Italie et l'Océan.
Quelques traits cependant sont à remarquer. Ainsi l'importance particulière de la région entre la Seine, la Meuse et l'Escaut, base des relations avec l'île de Bretagne et avec les pays rhénans, se dessine
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