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Il n'y avait presque plus rien dans la boutique; le train de vie que menait Vidocq ne pouvait durer encore long-temps : il le sentit, et voici l'expédient qu'il imagina pour éviter le dénuement qu'il prévoyait. Après trois jours d'absence, il rentre chez lui ayant l'air fatigué comme un homme qui vient de faire un long voyage. — J'apporte de bonnes nouvelles , ditil à sa femme, je viens d'être nommé agent de commerce à Bruxelles; c'est une place qui rapporte plus de dix mille francs par an. Cela vaut un peu mieux que de vendre de la toile.

Madame Vidocq laisse éclater la joie que lui cause cet heureux événement, et elle déclare qu'elle veut suivre son mari.

— J'espère bien aussi partir avec toi, dit Vidocq, mais nous n'avons pas de temps à perdre : ainsi, dès demain je vais vendre nos meubles dont le transport nous coûterait trop cher; nous emporterons seulement les marchandises qui nous restent.

Cela paraissait trop raisonnable pour souffrir quelque difficulté : le lendemain le mobilier est estimé par un tapissier, et acheté par un nommé Duplessis, qui est aujourd'hui coiffeur à Paris, près du Palais-Royal, et dans la boutique duquel se trouve encore une des glaces qui faisaient partiede ce mobilier. Ce fut un chapelier du voisinage, qui prêta les malles nécessaires pour emballer les marchandises. Les préparatifs étant terminés, Vidocq se rend chez le nommé Minton, son oncle, et Je père de la femme avec laquelle il vit aujourd'hui à Saint Mandé. Cet homme était loueur de voitures; sans avoir un grand génie, il trouva assez extraordinaire que son neveu, qui savait à peine écrire, eût obtenu une place d'agent de commerce, et il refusa d'abord la voiture et les deux chevaux qu'on lui demandait. Vidocq alors invoqua le témoignage de sa femme qui, soit crainte, soit légèreté, dit qu'effectivement son mari avait la place en question , et le bonhomme Minton , ne doutant plus de la bonnefortune de sonneveu, donna les chevaux et la voiture avec lesquels le couple artésien se mit en route.

Le troisième jour,on arrive à Tournay, et l'on descend à l'hôtel duLionbeigique.Vidocq, sous leprétextedechoisir un logement à son gré, se fait conduire dans toutesles chambres de l'hôtel, et finit par s'accommoderd'une petite pièce et d'un cabinet qui, indépendamment de l'entrée ordinaire, avaient issue sur la cour, par un escalier dérobé. Après avoir fait déposer ses malles en ce lieu, notre prétendu agentdc commerce se mit à battre le pavé de la ville où j'étais depuis quinze jours, et où il rencontra encore quelques autres bons garnemens de ses amis, tels qu'un nommé Planquier, et César Herbaux avec lequel il fut plus tard condamné aux fers, et qui finit par être guillotiné à Paris. En moins de deux heures, la voiture et les chevaux furent vendus , sans que madame Vidocq s'en doutât. Mais cela ne suffisait pas à l'honnête mari; il n'était point d'humeur à abandonner les malles. Vers le soir, il dit à sa femme : « Habille-toi, nous irons au spectacle. » La proposition est acceptée avec plaisir. Pendant un entr'acte, Vidocq , laissant sa jeune moitié dans une loge, disparaît, et tandis qu'il court, dans les coulisses, après une choriste de sa connaissance , un officier supérieur s'approche de la jeune femme, et lui offre quelques pastilles,qu'elle accepte. Vidocq revient et demande à l'officier raison de sa conduite. Jusque là, il n'y avait rien d'extraordinaire; mais Vidocq ne tarda pas à prouver qu'il ne faisait rien comme un autre. Pendant un second entracte, il se procure un sabre, et après le spectacle, il somme l'officier de le suivre; celui-ci parle de témoins. « Ma femme nous en servira, » répond ce forcené. En effet, il entraîne cette malheureuse dans une rue déserte, se dépouille de son habit qu'il lui remet en jurant que si elle ose faire le moindre mouvement, il lui passera son sabre au travers du corps, et se jetant sur son adversaire, qui avait à peine eu le temps de se mettre eu garde , il le force de rompre quelques semelles ; mais celui-ci reprend bientôt l'avantage; Viclocq rompt à son tour, et après quelque secondes, un coup de sabre lui coupa la lèvre supérieure.

Cette correction, bien que légère , parut le calmer. — «Va, dit-il à sa femme, va à à l'hôtel commander le souper, tandis que je ferai panser cette égratignure chez l'apothicaire voisin. » Elle obéit, et il revint bientôt avec un morceau de taffetas d'Angleterre sur la lèvre; mais ce n'était pas là la seule empiète qu'il eût faite chez le pharmacien, et il trouva, pendant le repas, le moyen de jeter, dans le verre de sa compagne, une dose d'opium telle que cette infortunée ne dut qu'à la force de son tempérament de ne pas s'endormir d'un sommeil éternel!....

Le lendemain de grand matin, Vidocq fit ses malles dans lesquelles il entassa les effets de sa femme. Pensant peut-être qu'elle ne devait plus s'éveiller, il lui prit ses boucles d'oreilles, enleva les bagues qu'elle avait aux doigts ; enfin jupons, corset, bonnet, tout lui sembla de bonne prise, et il partit avec ce butin en disant qu'il reviendrait le soir, et en priant que l'on n'éveillât pas sa femme, qui, dit-il, avait grand besoin de repos. Quelques heures après, nous étions ensemble sur la route de Bruxelles, où nous arrivâmes le len

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