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très que je reproduirai scrupuleusement, et une date pour chacune.

Je me suis reporté à toutes les éditions des œuvres de ce poëte tant aimé d'Alfred de Musset, et j'ai pu acquérir la conviction que ces vers ne figuraient nulle part, non plus que dans les recueils du XVIIe siècle où des pièces de Régnier ont été imprimées assez souvent. Je n'ai pas omis le Cabinet satirique, et j'y ai retrouvé deux des pièces transcrites dans le manuscrit précité : l'une est la relation du combat de Régnier et de Berthelot, l'autre une petite boutade badine en l'honneur de Lisette. Ces deux pièces donnent donc une authenticité incontestable à ces poésies jusqu'ici inconnues, et m'ont complètement rassuré à l'égard de ma trouvaille. Ces vers forment trente et une pièces d'inégale longueur, et quelques-unes ne sont pas indignes de Mathurin Régnier : les principales le font voir sous un aspect tout nouveau, sous celui d'un causeur rimant, laissant libre carrière dans sesbadineries avecl'évêque de Chartres, Philippe Hurault de Chiverny, à sa très— humouristique humeur.

Il me reste à dire deux mots du manuscrit en question. C'est un gros registre in-folio de 400 pages environ, relié en parchemin , et qui n'a été écrit que par deux mains différentes. Il renferme un très-grand nombre de pièces de divers auteurs, la plupart malheureusement anonymes, mais toujours soigneusement datées. Le recueil commence par des pièces de Ronsard de 1536, 1545 et 1574; on y trouve les paroles de nombreux ballets, des vers satiriques très-libres, des morceaux d'actualité; puis, à partir du folio 200, surtout des pièces rimées contre Mazarin et relatives aux événements de l'époque: la dernière est de 1653, mais il faut certainement faire remonter aux premiers jours du XVIIe siècle le commencement de ce manuscrit.

J'ai dit comment les vers de Régnier y sont placés et intitulés : dans ces trente et une pièces, on trouve une satire, quatorze lettres rimées que j'ai jointes aux épîtres, trois sonnets, neuf morceaux divers, un religieux et trois licencieux. De plus, j'ai extrait du Cabinet satirique la satire sur VEslongnement de la cour, qui était demeurée comme inconnue jusqu'à ce jour.

Cette nouvelle édition sera donc la plus complète qui ait été donnée des œuvres du grand poète chartrain, jusqu'à ce qu'un chercheur plus heureux ait retrouvé encore de nouveaux vers. J'ai consulté toutes les éditions antérieures, en ayant soin de rendre le texte de celle-ci complètement conforme à celui de l'édition de 1608. Je me suis servi des notes de Brossette et de Lenglet-Dufresnoy, mais en retranchant toutes celles qui étaient ou inutiles ou vraiment trop naïves: le nombre en était assez considérable. J'ai cherché à expliquer le plus rapidement possible tous les points historiques et tous les personnages cités dans ces poésies. Quant à l'honneur des rapprochements et des imitations qui sont indiqués dans les notes, il revient à peu près exclusivement à Brossette, qui avait notamment parcouru très-soigneusement les auteurs italiens près desquels Régnier s'inspirait le plus volontiers.

ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE

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La famille Régnier occupait un rang honorable dans la bourgeoisie chartraine, et l'on sait qu'au XVIe siècle la bourgeoisie jouissait déjà de certains privilèges qui, sans l'assimiler assurément à la noblesse proprement dite, avaient grandement diminué la distance entre ces deux corps sociaux. Jacques Régnier avait épousé Simonne des Portes, fille de Philippe des Portes et de Marie Edeline, et sœur de l'abbé des Portes, qui devait devenir un des poètes favoris de la cour et un des plus riches bénéficiaires du clergé, et de Thibaut des Portes, sieur de Bévilliers, grand audiencier de France1. Dans son contrat de mariage, passé le

1. C'est à tort que les auteurs de la Gallia christiana mentionnent l'abbé des Portes comme fils bâtard de Philippe des Portes, clerc à Chartres, et de Marie de Laitre, Rouennaise. Le doute n'est pas possible; mais on peut les excuser en présence des probabilités qui faisaient descendre illégitimement le père du poète de la famille des Portes, originaire de la vicomté dé Rohan, et dont les deux plus anciens membres connus étaient Guillaume des Portes, écuyer, l'un des compagnons de du Guesclin, qui lui légua cent écus d'or, et son frère, qui occupait un siège épiscopal.

S janvier 1573, Jacques Régnier est dénommé « honorable homme et l'un des échevins de la ville de Chartres. » Sa femme avait cinq sœurs, et malgré cela il semble que cette union améliora singulièrement la situation pécuniaire de Régnier1, car, ayant obtenu à bas prix, par le crédit de ses beaux-frères, un lot des démolitions de la citadelle de Chartres, il employa une partie des fonds de la dot de sa femme à faire construire, l'année même de son mariage, un jeu de paume près de sa maison, située place des Halles, et qui reçut le nom de tripot des halles ou tripot Régnier, ce qui a fait dire, écrit Niceron, que Mathurin était le fils d'un tripotier'. Peu d'années après, Jacques Régnier devint fermier de l'abbaye de Josaphat, située aux

1. Voyez Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, t. V, p. 890.

2. Ce mot n'avait pas autrefois le sens qu'on lui attribue aujourd'hui, et Richelet, dans son dictionnaire, ne donne pas aux mots de tripot et de tripotier d'autre signification que celle de jeu de paume et maître de jeu de paume. Le maître du jeu de paume devait être reçu maître raquetier, et recevait du joueur un droit fixe par chaque douzaine xle balles perdues, c'est-à-dire qui ne portaient pas au but, et fournissait tout ce qui était nécessaire au jeu. Il est évident que le père de Régnier avait seulement fait construire ce tripot et l'avaitloué a un maître tripotier. Le 11 septembre 16U, Louis XIII, étant venu à Chartres, alla l'après-dîner jouer au tripot Régnier, près de la porte de la ville, et ayant entendu parler d'une femme nommée la Maunie, qui jouait fort bien a la paume, il voulut faire une partie avec elle. Cette femme, sans se faire prier, mit un caleçon et des escarpins, joua seulement sous la jambe, et gagna le roi. (Notice sur Régnier, par M. Merlet, archiviste du département d'Eureet-Loir, insérée dans le Beauceron, année 1857. Je saisis cette occasion de remercier ici M. Merlet pour l'obligeance avec laquelle il a bien voulu m'aider dans mes recherches sur le poète chartrain.)

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