D'une rive à l'autre de la Méditerranée: visages de la France et du Maghreb photographies, 1925-1927 : exposition du 5 juillet au 20 aout 2000 à l'abbaye de Montmajour, dans le cadre des XXXIe Rencontres internationales de la photographie

Couverture
Centre des monuments nationaux, 2000 - 56 pages
Georges-Louis Arlaud naît à Genève le 24 juin 1869. Après des études commerciales, il se marie et reprend la direction d'une fabrique familiale de céramique. C'est alors qu'il découvre la photographie. Désireux de garder une trace des pièces confectionnées avant qu'elles ne quittent l'atelier, il s'équipe et s'improvise photographe, mais le passe-temps se transforme rapidement en métier. En 1896, il s'associe avec le photographe Ferdinand Lacombe qui dirige un atelier de portraits à Genève. En 1900, il devient membre de la Société suisse de photographie. Amoureux de la montagne, il réalise en collaboration avec Lacombe et pour le compte des éditions Georg & Cie à Genève, l'illustration, en 1902, de l'ouvrage de Noëlle Roger, Saas-Fée et la vallée de la Viège de Saas, puis, en 1904, du Mont-Blanc de près et de loin, écrit par Daniel Baud-Bovy et coédité par Georg & Cie/Gratier, Rey et Cie. Ces ouvrages révèlent sa sensibilité aux paysages et préfigurent l'orientation future de son activité. En 1911, sur la proposition de Frédéric Boissonnas, il reprend à Lyon un atelier situé 3, place Meissonier. Ce nouvel atelier devient très vite un salon mondain, où se pressent hommes politiques, artistes en vogue, élégantes posant pour les rubriques de mode des magazines ; autrefois acteur au sein de la Société des amis de l'instruction à Genève, Arlaud continue d'entretenir des liens privilégiés avec le monde du théâtre. Paul Nadar, à l'époque, se plaît à présenter Arlaud comme le " Nadar de Lyon ". Si l'affaire est prospère, Arlaud n'en demeure pas moins frustré de ne pouvoir davantage photographier le paysage. C'est avec enthousiasme qu'il accepte donc en 1925 de prendre la direction artistique du premier ouvrage de la toute jeune maison d'édition Horizons de France, fondée par Jacques-Henri Lagrange. Publiés sous le titre Le Visage de la France, dix-huit grands fascicules mensuels se succèdent, illustrés par les photographies d'Arlaud, avec des textes d'écrivains de renom. L'entreprise connaît un succès tel que rapidement se profile une édition reliée, tirée à 45 000 exemplaires. Parcourant les provinces au volant de sa Peugeot chargée du matériel de prise de vue et de laboratoire, Il investit à chaque étape une chambre d'hôtel que, au grand dam de son hôte, il transforme en chambre noire pour développer ses films. Conforté dans son entreprise, Lagrange poursuit les publications. En 1927, cinq fascicules paraissent sous le titre Le Visage de la France. Algérie, Tunisie, Maroc, toujours sous la direction artistique d'Arlaud, lequel n'illustre que le cinquième volume consacré au Maroc. De cette mission de trois semaines en automobile, Arlaud relatait volontiers sa réception par le sultan à Marrakech ou sa rencontre avec les guerriers en rébellion dans le Rif. Un différend concernant la propriété des clichés entraîne la fin de la collaboration entre Arlaud et Lagrange. Sur un coup de colère, Arlaud claque la porte des Horizons de France, crée aussitôt, par orgueil autant que par défi, sa propre maison d'édition et, à cinquante-neuf ans, se lance dans la publication d'une série de monographies régionales intitulée Visions de France - titre on ne peut plus révélateur du conflit entre les deux hommes. De 1928 à 1937, il parcourt de nouveau le pays, de la Bretagne à la Corse et de l'Alsace aux Pyrénées, et compose une collection de 31 volumes, illustré chacun de 60 photographies, avec une introduction d'André Chagny. En parallèle, et sans se départir d'un sens commercial avisé, Il finance son entreprise en éditant Ciels et sourires de France et Lumière et beauté, fascicules mensuels distribués gracieusement aux médecins par deux laboratoires pharmaceutiques de Villefranche-sur-Saône, et pour lesquels il réutilise tout ou partie de ses clichés auxquels s'ajoutent natures mortes et nus féminins. En 1942, il se retire à la Ciotat et, malgré les difficultés d'approvisionnement, poursuit infatigablement une activité d'édition de cartes postales jusqu'à la libération de la ville en août 1944. Quelque temps après, on retrouva son corps dans une calanque : il avait été assassiné, sa villa pillée et dispersés ainsi plusieurs milliers de clichés de ses éditions. Alors tombait dans l'oubli cette œuvre sans égale de photographe éditeur.

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