Messieurs les Ronds-de-Cuir

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Éditions du Boucher, 2006 - 131 pages
Lequel des deux, de l'employé ou du bureau, était le fruit naturel de l'autre, sa sécrétion obligée ? c'est ce qu'on n'eût su préciser. Le fait est qu'ils se complétaient mutuellement, qu'ils se faisaient valoir par réciprocité, étant au même titre sordides & misérables. Les taches huileuses qu'ils se repassaient depuis des années semblaient les caractéristiques de leur étroite parenté, & si l'un fleurait l'âcreté des paperasses empoussiérées, l'autre exhalait l'odeur atroce des vieux chastes, doucereuse, écœurante, qui est comme le relent de leurs virginités rancies...
 

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Messieurs les ronds-de-cuir

Avis d'utilisateur  - GuillaumeTM - Babelio

Georges Courteline se plait, dans cette satire, à évincer avec un humour caustique ces gens de la fonction administrative dont lui-même a déjà exercé le métier, dès lors on imagine bien qu'il sait de ... Consulter l'avis complet

Messieurs les ronds-de-cuir

Avis d'utilisateur  - moravia - Babelio

Je pensais prendre autant de plaisir qu'avec G.Feydeau. Désillusion complète. Pas terminé tant j'ai trouvé cela plein de toiles d'araignées. Je suis resté en travers du gué. Consulter l'avis complet

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Fréquemment cités

Page 20 - A la trislesse morne de la rue Vaneau, la Direction Générale des Dons et Legs ajoute la noire tristesse de sa façade sans un relief et de son drapeau dépenaillé, tourné à la loque déteinte. Au-dessus du porche colossal qu'elle chevauche inégalement, voûte profonde où de perpétuels courants d'air galopent à travers la pénombre, elle étage trois rangs de funèbres fenêtres, si étroites et si hautes qu'elles semblent écrasées entre les épaisseurs rembourrées de leurs volets. Plus...
Page 27 - Entre deux murailles de dossiers équilibrés à chaque extrémité de sa table et que le passage de voitures agitaient de grelottements inquiétants, il couvrait de sa large écriture d'innombrables feuilles de papier qu'il envoyait par charretées au visa directorial et qu'on retrouvait aux lieux le lendemain matin : tartines extraordinaires, où se voyaient favorablement accueillies les revendications d'obscurs collatéraux enterrés depuis des années; où des notaires envoyés à Toulon en 1818...
Page 29 - C'était vrai. A bout de patience, écœuré de vaines attentes, il s'était enfin décidé à faire son petit coup d'état en venant à Paris, lui-même, disputer aux lenteurs administratives son humble part du legs Quibolle. Et il conta que depuis vingt minutes il errait, triste chien perdu, par les tortueux dédales de la Direction. Bien sûr, il ne se plaignait pas; mais à ses étranges sourires, à ses mots qui ne trouvaient pas, à ses phrases pudibondement interminées, on reconstituait les...
Page 73 - Sa recherche à se montrer spirituel l'amenait à l'être tout de bon, et une pointe de canaillerie faubourienne pimentait insensiblement l'amusement de ce qu'il disait. — Tu vas voir, c'est très curieux. Les uns (ce sont les rédacteurs) rédigent des lettres qui ne signifient rien; et les autres (ce sont les expéditionnaires) les recopient. Là-dessus, arrivent les commis d'ordre, lesquels timbrent de bleu les pièces du dossier, enregistrent les expéditions, et envoient le tout à des gens...
Page 29 - Conseil d'Etat hésitait, discutait le point de savoir lequel, au juste, d'un legs proprement dit ou d'une charge d'hérédité non sujette à l'approbation du Gouvernement, constituait la libéralité Quibolle, et le débat en était là, quand Van der Hogen intervint. Une fois qu'il passait devant la porte ouverte du rédacteur Chavarax, il aperçut le bureau vide, et, sur la table, un dossier gigantesque, de la hauteur d'une cage à serins. Le legs Quibolle!... Sauter dessus, s'en emparer comme...
Page 23 - ... dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques ! ... sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines, et autres parents éloignés que vous n'avez cessé de mettre en terre à raison d'un au moins la semaine! Quel massacre! non, mais quel massacre! At-on idée d'une famille pareille?...
Page 60 - L'insensible nuancé d'un dessous d'aile d'ara, monté de l'abatjour franfreluché et rose, enluminait ses joues, lasses un peu, de viveur chic. Au revers de sa redingote, la rosette d'officier de la Légion d'honneur mettait une gouttelette de sang, et, vraiment, il était charmant à voir ainsi, chassant par les naseaux, un double jet de fumée, sentant bon le modernisme aimable et ce je-m'en-bats-1'orbitisme bon diable, auquel on tenterait vainement d'en vouloir, sans jamais en trouver le courage....
Page 34 - ... mystère de cette gaîté intempestive, il ébauchait un geste vague, le geste de l'homme qui se comprend ; un lent aller et retour de ses doigts de squelette séchait ses yeux baignés de larmes, en sorte que c'était vraiment à prendre une trique et à taper dessus jusqu'à ce qu'il s'expliquât. Lequel des deux, de l'employé ou du bureau, était le fruit naturel de l'autre, sa sécrétion obligée? c'est ce qu'on n'eût su préciser. Le fait est qu'ils se complétaient mutuellement, qu'ils...
Page 24 - ... à enterrer les autres, ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous mettez le doigt dans l'œil ! MONSIEUR BADIN Monsieur le Directeur.. LE DIRECTEUR Taisez-vous ! Vous parlerez quand j'aurai fini ! — Vous êtes ici trois* employés attachés à l'expédition : vous, M. Soupe et M. Fairbatu. M. Soupe en est aujourd'hui à sa trente-septième année de service et il n'ya plus à attendre de lui que les preuves de sa vaine bonne volonté. Quant à M. Fairbatu, c'est bien simple : il place...
Page 24 - ... bien simple : il place des huiles en province ! ... Alors quoi ? Car voilà pourtant où nous en sommes, il est inouï de penser que sur trois expéditionnaires, l'un soit gâteux, le second voyageur de commerce et le troisième à l'enterrement depuis le jour de l'An jusqu'à la Saint-Sylvestre !... Et naïvement vous vous êtes fait à l'idée que les choses pouvaient continuer de ce train ? ... Non, monsieur Badin ; cent fois non ! J'en suis las, moi, des enterrements, et des mariages, et...

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