Images de page
PDF
ePub

INSCRIPTIONS
SANSCRITES
DE CAMPA.

également dans plusieurs inscriptions des Pallavas1 et des Kadambas2.
C'est une véritable mode, dont la durée paraît avoir coïncidé à peu
près avec celle du ve siècle. On voit qu'elle s'était répandue jusque
dans le royaume de Campā.

Il y a là, soit dit en passant, une indication utile des relations qui
devaient subsister entre ce pays et l'Inde du sud. On voit quel danger
il y aurait à conclure trop vite de la ressemblance des écritures à l'ori-
gine et à la date d'une colonisation. En abusant de cette méthode,
on aurait pu, sans les précieuses indications de notre no XX, rappor-
ter au ve siècle environ la fondation du royaume indien de Campa.
L'étroite parenté des inscriptions les plus anciennes recueillies au
Cambodge avec des monuments contemporains de l'Inde du sud ne
saurait donc nous interdire d'attribuer au royaume lui-même une
antiquité beaucoup plus haute que le vir siècle de notre ère. Et ce
que nous disons de la question chronologique est naturellement ap-
plicable à la question géographique. On verra d'ailleurs plus loin, par
les n° XLIV-LXI, qu'un roi du Cambodge, Yaçovarman, a employé
une écriture originaire de l'Inde du nord. Bref, la comparaison des
alphabets est un moyen peu sûr pour préciser l'origine des royaumes
indiens de l'Extrême Orient, si le développement de l'écriture y a
été, sous l'influence de relations incessantes, à peu près parallèle à
celui qu'on observe dans l'Inde même.

Car l'observation faite à Campa se répète dans les îles de la Sonde.
La mode du petit carré creux, par exemple, avait pénétré jusqu'à
Bornéo. M. Kern a publié des inscriptions du royaume de Koti

[merged small][ocr errors][merged small][merged small][ocr errors][merged small]
[ocr errors]

(Koetei), dans cette dernière île, qui présentent la même particularité. Et ce n'est pas la seule ressemblance de ces inscriptions avec les nôtres. Les caractères en sont, dans les détails comme dans l'ensemble, à peu près identiques à ceux du roc de Cho Dinh. La seule différence à signaler est la courbure des queues du k et du r, et cette courbure, à en juger par le fac-similé, n'est même pas constante. On remarquera en particulier la forme archaïque du ç commune aux inscriptions de Cho Dinh et à celles de Koti. Ces dernières ne sont pas datées non plus; mais M. Kern les place aux environs de l'an 400 de

notre ère.

f

C'est en somme aux inscriptions des Pallavas Simhavarman et Vishnugopavarman que les unes et les autres peuvent être comparées de préférence. L'aspect des nôtres, dans leur ensemble, paraît même plus archaïque. Toutefois la rigidité des caractères peut s'expliquer la matière sur laquelle elles ont été gravées, qui est le roc presque brut.

par

L'orthographe laisse à désirer pour la quantité des voyelles.

Il faut comparer aussi les inscriptions, trouvées dans l'ouest de l'ile de Java, qui célèbrent le roi Pūrṇavarman, particulièrement celle de la rivière de Tjaroenten, près de Tjampea, publiées par M. Cohen Stuart (Bijdragen tot de TaalLand en Volkenkunde van Nederlandsch Indie, 3 Volgreeks, X Deel, 1875, ` p. 163-170). M. Kern attribue celle-ci, ainsi que les inscriptions de Bekasih et de Djamboe (mème recueil, 4° Volgr., X' Deel., 4 Stuk), à la fin du Iv° siècle ou au commencement du v°. Le roi Pūrnavarman est donné comme le souverain d'une ville dont le nom a été lu Nārūma ou Naruma-nagara. (Ibid.) Ce nom, selon M. Kern, n'appartient pas plus aux langues

[blocks in formation]

de la Sonde qu'à celles de l'Inde. Or on
trouve sur une inscription tchame (n° 392
de la Bibliothèque nationale, cf. aussi le
n° 383) le nom de Ruma-nagara. (Voir
Journal asiatique, janvier 1888, p. 92.)
Le nom de Nāruma serait-il composé de
deux mots dont l'un serait identique au
ruma tcham? Précisément le lieu près
duquel a été trouvée l'inscription de Tja-
roenten s'appelle Tjampea, c'est-à-dire
apparemment Campa. Enfin ce Pūrṇa-
varman, comparé à Vishnu, et qualifié
de vikranta sur un rocher voisin de la
Campa javanaise, où est restée gravée
l'empreinte de ses pieds, ne serait-il pas
un conquérant venu de la Campa indo-
chinoise?

27

INSCRIPTIONS

SANSCRITES

DE CAMPÅ.

IMPRIMERIE NATIONALE.

[blocks in formation]

(1) namo devāya bhadreçvarasvāmipādaprasādāt1agnaye tvā jushṭam 2 karishyāmi (2) dharmmamahārājaçrībhadravarmmaṇo yāvac candrādityau tāvat putrapautram mokshyati (3) prithiviprasādāt3 kārmmasiddhir astu

TRADUCTION.

- je

1. Hommage au Dieu! Par la faveur des Pieds du Seigneur Bhadreçvara,
te rendrai agréable à Agni. 2. Tant que dureront le Soleil et la Lune, il 5 sauvera
les fils et les petits-fils du Grand roi de la Loi, Çri-Bhadravarman. 3. Que par
la faveur de la Terre, le sacrifice réussisse!

[blocks in formation]

ان

T

INSCRIPTIONS

XXII (397).

YANG TIKUH.

L'inscription occupe les deux faces, A et B, d'une stèle.

[blocks in formation]

La première face comprend, outre la syllabe om, dix-neuf lignes plus un mot au-dessous de la dernière. La seconde face comprend dix-huit lignes.

Yang Tikuh est le nom de la stèle. Elle a été trouvée près du village de Takoh non loin de la colline Datrang, dans la plaine de Phanrang. Cette plaine dont le nom, d'après M. Aymonier1, prend aussi les formes Manrang, Pandarang, etc., est située dans la partie septentrionale de la province annamite de Binh Thuân, vers 11°35′ de latitude nord. Elle est riche en monuments tchams anciens. La forme sanscrite de son nom, pāṇḍuranga, se trouve dans plusieurs inscriptions relevées sur ces monuments 2.

L'inscription de Yang Tikuh est très bien conservée. A peine y manque-t-il deux ou trois groupes faciles à suppléer. Elle est composée de cinq fragments en prose, séparés par des stances qui sont distinguées extérieurement de la prose par un petit intervalle séparant les pādas et un signe de ponctuation (ordinairement deux barres verticales) placé à la fin tant de chaque stance que de chaque fragment en prose. Ces stances sont au nombre de quatorze, savoir: deux sragdhara, deux çārdūlavikrīḍita, cinq anushṭubh (çlokas épiques), un vamçastha, et de nouveau quatre anushṭubh. Elles recevront, dans la

1

Notes sur l'Annam, I. Le Binh Thuân, dans les Excursions et Reconnaissances. 'Voir Journal asiatique, janvier 1888, p. 49-51.

[merged small][merged small][ocr errors]
[ocr errors][merged small]

transcription et dans la traduction, des numéros d'ordre formant une seule série pour l'inscription entière. Les lignes de l'inscription continueront à être distinguées par des numéros entre parenthèses qui formeront deux séries correspondant aux deux faces.

Ce monument est le second exactement daté parmi ceux qui ont été recueillis jusqu'à présent à Campā. Le premier qu'on trouvera sous le n° XXVI, avec des inscriptions plus tardives, lui est de très peu antérieur. Tous deux sont séparés par un long intervalle des dates approximatives que j'ai cru pouvoir attribuer aux précédents.

Notre no XXII d'ailleurs renferme des données historiques intéressantes. Un temple de Çiva adoré sous le vocable de Badradhipatiçvara avait été brùlé en l'an 709 de l'ère çaka (787 A. D.) « par les armées de java venues sur des navires ». Le roi Indravarman l'a réédifié, a érigé un linga du dieu, qui sera désormais adoré sous le vocable d'Indrabhadreçvara, et a fait au temple différents présents. L'année de cette restauration est 721 de l'ère çaka (799 A. D.).

On peut supposer que le temple de Bhadrādhipatīçvara avait été érigé par quelque roi du nom de Bhadravarman, soit le Bhadravarman du no XXI, soit quelque homonyme. En tout cas, le nom d'Indrabhadreçvara, donné au nouveau temple, est évidemment destiné à rappeler celui du roi Indravarman.

Quant au mot java, il ne peut désigner que la grande île de la Sonde. Son nom, il est vrai, dans les inscriptions sanscrites de l'ile elle-même, se présente sous la forme de yava1. Mais M. Aymonier croit l'avoir trouvé déjà dans une inscription khmère 2, à propos d'un voyage qu'y aurait fait Jayavarman II, roi du Cambodge à partir de 724 (802 A. D.). Or, dans le passage que M. Aymonier interprète ainsi, la leçon vérifiée sur les estampages est javā. Nous aurions donc

1

Voir en particulier Kern, SanskritInscriptie ter eere van den Javaanschen Vorst Er-langa. Overgedrukt uit de Bijdragen tot de Taal-, Land- en Volkenkunde van Nederlandsch Indie, 4 Volgr., Dl. X, et l'inscrip

tion de Sanjaya, publiée par le même savant et citée plus loin.

2 Celle de Sdok Kok Thom. Voir Excursions et Reconnaissances, VIII, no 20, p. 283.

« PrécédentContinuer »