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parfaite du document fait d'ailleurs supposer qu'il a dû être bien abrité et que, comme V par exemple, il se trouvait placé dans l'intérieur d'un temple ou de quelque édifice. L'original de ce beau spécimen de l'art épigraphique du Cambodge vient d'être envoyé en France par les soins de M. Aymonier, et se trouve déposé à Paris, au musée khmer du Trocadéro.

L'inscription a pour objet de relater l'érection d'un linga et la dotation d'un sanctuaire consacré à Çiva Vijayeçvara dans la ville d'Ãḍhyapura1 et en l'an 5902 d'une ère non spécifiée, mais qui ne peut être que l'ère Çaka, la seule relevée jusqu'ici dans ces inscriptions 3. Le document est donc de 668 A. D. Le reste de l'inscription est consacré à la généalogie du donateur et à l'histoire de sa famille. pendant quatre générations, à savoir :

Deux frères, Brahmadatta et Brahmasimha, médecins au service du roi Rudravarman ;

Leurs neveux (fils de sœur) Dharmadeva et Simhadeva, ministres successivement des rois Bhavavarman et Mahendravarman. Ce dernier envoya Simhadeva en ambassade auprès du roi de Campā;

Simhavīra, fils de Dharmadeva, poète et ministre du roi Īçāna

varman;

Enfin Simhadatta, fils de Simhavīra, médecin du roi Jayavarman et gouverneur héréditaire d'Aḍhyapura, l'érecteur du linga.

Nous obtenons donc, pour ces rois du Cambodge, dont plusieurs nous sont déjà connus par les inscriptions précédentes, la série sui

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la plus ancienne qui soit nettement connue jusqu'ici et dont le dernier régnait en 668 A. D. Comme les documents ne nous ont pas révélé jusqu'ici d'autres noms de princes ayant certainement régné, il est probable que la série est complète, bien que l'inscription ne donne que l'ordre de succession, sans le garantir immédiat et sans autrement préciser les relations de ces princes entre eux. Elle donne seulement lieu de soupçonner que le deuxième, Bhavavarman, pourrait être arrivé au trône d'une façon irrégulière1. Le premier nommé, Rudravarman, ouvre-t-il la série simplement parce que l'illustration de la famille du donateur paraît avoir daté de son règne, ou fut-il le fondateur d'une dynastie? On ne saurait le dire. On remarquera pourtant que, dans un autre document, l'inscription de Baksey Chang Krang analysée par M. Bergaigne et qui paraît prendre l'histoire du Cambodge depuis les temps fabuleux, le nom de Rudravarman semble être également le premier nom historique. De ce fait, on peut rapprocher encore la mention, conservée dans les annales chinoises, que le Cambodge, dont les relations avec l'empire du Milieu ont commencé en 616 A. D., avait été soumis auparavant (l'époque n'est pas autrement spécifiée) au royaume de Fu-nan (Campā) 3.

On trouvera plus haut, page 34, ce qui concerne l'écriture de cette inscription. Comme disposition de l'ensemble et comme exécution, c'est une œuvre parfaite. On remarquera que le th y est distingué du th, mais que l'upadhmaniya et le jihvämūliya ont disparu.

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4. tayor api mahābhāgyau dharmmadevaḥ prathamajah 5. svaçaktyākrāntarājyasya

crīgambhireçvaro yasya 6. tasya tau mantriṇāv āstām dharmmaçãstrārthaçāstrajñau 7. mahendravarmmaṇo bhūyatau capy amatyatām prāptau 8. sinhadevonujo rājñā

pritaye preshitaḥ premnă 2 9. dharmmadevasya tu punaḥ3

kulakānanasinho ya

10. vidvan yodyāpi vidvadbhicriçãnavarmmanṛipate

11. nikāmavaradan devam

hariñ ca siddhisankalpa12. yotishthipad imau devau kīrttistambhāv ivodagrau 13. tasya sunur asūyādi

yobhavad bhavasanyasta – “

14. valyepi vinayopeto

trivarggārambhakālepi 15. yasminn aidanyugīnepi kalipracalito dharnımo 16. çrīmato rājasinhasya

yo vaidyo veditavyānāṁ 17. punas satkritya yam rājā alapdharajaçapdepi

18. paccad adhyapurasyāsya yogyoyam iti satkṛitya

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4

Les deux premiers caractères de ce pada sont légèrement effacés.

Dans ces deux padas, le lapicide a trois fois écrit p au lieu et place de b; il

bhagineyau vabhūvatuḥ sinhadevas tv anantaraḥ rājñaç çrībhavavarmmaṇaḥ rājyakalpataroḥ phalam sanmatau kritavedinau dharmmarthāv iva rupinau1 ç çrimataḥ prithivipateḥ pratyayau kṛityavastushu dūtatve satkṛitaḥ kritī campādhipanarādhipam tanayobhūd analpadhiḥ s sinhavīra itiritaḥ rāpītakavitārasaḥ

r abhavan mantrisattamah çrīnikāmeçvaram haram svaminam siddhidayinam çraddhaya bhūridakshiṇau yau sthitav á bhuva sthiteh doshair asprishṭamānasaḥ cittavṛittir udaradhiḥ

yauvanepi jitendriyaḥ dharmme yas tv adhikādaraḥ sadācārāvalamvini 5 na skhalaty ekapād api jayino jayavarmmaṇaḥ vettapi nirahankṛitiḥ prādāt sve rājamātule lapdharājārhasampadi yoddhyakshatve kulakramāt svayam rājñā niyojitaḥ

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19. yasminn avati dharmmeņa
anvarthasamjñām samprāpta –
20. ucitam yaḥ karādāna-

anādadat prabhur api

21. roginām arthinām vāpi

crinvato yasya karuṇā

22. yan madiyam çubhan nāma
tad astu pitur eveti

23. civayajñena yo devā

pitrimç catarppayat toyai24. teneha sinhadattena

sthāpito vijayasyāyaṇ

25. asmin 3 tena ca yad dattam

tad eva devasvam iti

parābhyudayakāriņi

m idam āḍhyapuram puram
m ārāmebhyaḥ kuṭumvinām
pūrṇṇām vṛittim adād itaḥ
visrambhād1 rushitam vacaḥ
dviguṇā samajāyata
janmaprabhṛiti sambhṛitam
sankalpo yasya kīrttitaḥ
n munin addhyayanena 2 ca
s satputrakaranissṛitaih
dattadātavyavastunä
dātā çrīvijayeçvaraḥ

dāsārāmādi kiñcana

na haren napi nāçayet

26. vaicākhaprathamadvipañcakadine dvārāshṭavāṇair yyute
jivaç căpayuto vṛishe kavisutas sinhārddhagaç candramāḥ
kaulire vanijo ghate ravisutaç çeshās tu meshasthitā –
s soyam çrīvijayeçvaro vijayate yah kitalagne sthitaḥ

TRADUCTION.

1. Victorieux est Parameçvara, qui n'a point d'égal en majesté, dont les pieds (constamment honorés), par l'opposition des mains jointes de Brahmā et d'Upendra 5, présentent (ainsi) deux fois l'image d'un couple de lotus.

2. Il y eut un roi çrî-Rudravarman, invincible comme Trivikrama 5, dont l'heureux règne est aujourd'hui encore célébré à l'égal de celui de Dilīpa 6.

3. A son service, comme premiers médecins, furent deux frères, semblables aux Açvins, Brahmadatta, qui (était) l'aîné, et Brahmasimha, qui (était) le cadet.

4. Ces deux, à leur tour, eurent deux neveux illustres, Dharmadeva, le premier né, et, immédiatement après lui, Simhadeva.

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5. Le roi çri-Bhavavarman ayant pris le pouvoir avec énergie 1, lui pour qui çri-Gambhireçvara fut le fruit de cet arbre des désirs qui est la royauté 2.

6. Ces deux furent ses ministres, tous deux de bon conseil, reconnaissants de (ses) bienfaits, versés dans la science du juste et dans la science de l'utile, le juste et l'utile pour ainsi dire personnifiés.

7. De Mahendravarman ensuite, le glorieux maître de la terre, ces deux furent également ministres, (ses) instruments (de succès) en toutes les affaires. 8. Le cadet, Simhadeva, honoré à sa pleine satisfaction par le roi des fonctions d'ambassadeur, fut, par bienveillance et pour (assurer) l'amitié (entre les deux princes), envoyé auprès du roi souverain de Campā3.

«S'étant emparé du trône par sa propre énergie» serait tout aussi exact. Dans ce cas, Bhavavarman aurait été un usurpateur, ce qui s'accorderait fort bien avec I, où il n'est pas fait mention de ses prédécesseurs. La phrase, ambiguë à des-. sein, serait un de ces euphémismes dont le style officiel se sert pour parler d'évènements de la sorte. Il est à observer aussi que le père de Bhavavarman, Viravarman, dont le nom nous est connu par IV, n'est pas compris dans notre liste et que nous n'avons jusqu'ici aucun document constatant que ce prince ait régné.

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bouddhistes, I, p. 182; III, p. 33), est com-
munément placé le long de la côte, à
l'est du delta du Mekong. Ainsi Lassen
(Ind. Alterth., I, 2, p. 382) l'identifie avec
la province annamite de Bigne-Thouane.
Mais M. Yule a soulevé des objections
graves contre l'exactitude de cette déter-
mination pour les temps anciens, notam-
ment en ce qui concerne la situation de
la capitale, Campā ou Campāpura, le Çanf
des Arabes, qu'il pense retrouver aussi
dans le Zá6xi de Ptolémée. Pour d'excel-
lentes raisons, il la cherche non seule-
ment à l'ouest de l'embouchure du Me-
kong et de la pointe du Cambodge, mais
il croit devoir remonter assez haut dans

le golfe de Siam, jusque dans les parages
de Kampot, vers 10° 35′ N. et 101° 45′ E.
(Voir ses Notes on the Oldest Records of the
sea-route to China from Western Asia,
dans les Proceedings of the Royal Geograph.
Soc. and Monthly Record of Geography,
novembre 1882, p. 8 et 9 du tirage à
part). Cette détermination s'accorderait
bien avec le témoignage de notre inscrip-
tion XVIII, B, qui provient d'Angkor et pour
qui Campa fait partie du Dakshinapatha, de
la contrée méridionale. Mais la capitale
de cet État rival du Cambodge serait ainsi
bien proche de cette province de Trêang,

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