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DU CAMBODGE.

quatre; la vingt-quatrième est réduite à deux; d'une vingt-cinquième,
il n'est resté qu'une portion d'une seule lettre. Si l'inscription de
cette face était à l'origine aussi longue que celle des trois autres,
plus de trente lignes auraient ainsi disparu jusqu'à la dernière trace.
Mais il s'en faut que la pierre n'ait subi que ce dommage. Tout l'en-
semble du document est plus ou moins dégradé. De longues por-
tions du texte sont absolument frustes et indéchiffrables, et dans les
parties mêmes qui ont mieux résisté, la lecture est souvent pénible.
Il faut bien peu de chose, en effet, pour rendre méconnaissables ces
caractères délicats, qui, même à l'origine, n'avaient pas un demi-
millimètre d'épaisseur et de creux, et nous devons nous estimer heu-
reux qu'il en soit resté autant de lisibles, après les années, sans doute
nombreuses, qu'ils sont restés exposés à l'air et à la pluie. Mon déchif-
frement
repose sur
sur la comparaison minutieuse de trois estampages,
celui de la Société asiatique et les deux doubles déposés à la Biblio-
thèque nationale, tous les trois fort bien faits, mais dont aucun ne
fournirait à lui seul tout ce qui a pu passer dans la transcription.

Les treize inscriptions précédentes nous ont fourni quelques données sur l'histoire du Cambodge pendant le vie siècle çaka, jusqu'en l'an 598. Avec celle-ci, nous franchissons brusquement un intervalle de trois siècles et nous arrivons à l'an 890.

Après quatre strophes d'invocation, A débute par l'éloge d'un roi de la race de Kauṇḍinya, qui résidait dans la ville d'Aninditapura et qui était le prédécesseur de Rajendravarman, dont le nom paraît à la ligne 14, ou ce prince lui-même. Le reste de la face A a dû contenir la suite de l'éloge de Rajendravarman.

B, après une nouvelle strophe d'invocation, passe à l'éloge de son fils et successeur, Jayavarman, dont le nom paraît à la ligne 6 et qui est le Jayavarman V de la liste dressée par M. Bergaigne1. L'éloge de ce roi va jusqu'à la strophe 20 sans nous apprendre grand' chose. Le reste de cette face, la partie la plus intéressante de l'inscription,

1

J'entends la liste complétée et rectifiée qui se trouve dans le Journal asiatique, janvier 1884, p. 51, et à laquelle je renvoie ici une fois pour toutes.

relate diverses fondations faites par une princesse, fille de Rajendravarman et sœur cadette de Jayavarman, du nom d'Indralakshmi, et par son mari, un brâhmane et un bhatta ou « docteur, qualifié deva et dvijendra et dont le nom était Divakara, ou, comme il est écrit strophe 28, Divasakara. Ce brâhmane était natif des bords de la Kālindi, de la Yamuna. Comme les détails suffisamment précis du texte ne permettent guère de songer à une Yamunā du Cambodge, nous avons la un témoignage non équivoque de rapports directs ayant existé entre ce dernier pays et l'Inde du Nord1. Ces fondations, dont le détail n'est pas toujours bien clair, sont, dans l'ordre du texte : une image de sa mère érigée par Indralakshmi en 890; un sanctuaire consacré à trois dieux, à la tête desquels est Çiva Bhadreçvara, institué par Bhatta Divasakara dans une localité désignée comme le Madhuvana, sans doute une réminiscence de la patrie et un souvenir du sanctuaire de ce nom sur les bords de la Yamuna. Le fondateur y avait joint un établissement hospitalier et probablement un sanctuaire ou une image consacrée à Bharati. Enfin une image de Vishnu par le même, à l'érection de laquelle Indralakshmi avait pris une part difficile à déterminer. Cette image se trouvait dans la ville de Dvijendrapuri, qui parait avoir été la résidence de Bhaṭṭa Diväkara. Celui-ci y avait ajouté un açrama, et le roi Jayavarman lui-même avait assigné à Hari le Madhushudanagrama, à l'intérieur ou auprès de la ville de Dvijendrapuri. Ce don, Jayavarman l'avait fait en qualité de yuvaraj, de prince héritier associé au trône, et la même strophe donne 890 pour l'année de son avènement à l'adhirajya, au pouvoir suprême. Si le texte n'était pas si précis, si cette date surtout n'était pas garantie par une autre inscription2, on pourrait se demander si elle est bien celle de l'avènement définitif de ce prince, après la mort de son père, ou si elle ne se rapporte pas simplement à son association à la royauté. En effet, dans l'énumération des diverses fondations, ces inscriptions suivent d'ordinaire l'ordre chronologique. Or, ici, la première fondation mentionnée

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Cf. Journal asiatique, août-septembre 1882, p. 180. Cf. Journal asiatique, ibid., p. 147, et Revue archéologique, mars-avril 1883.

TOME XXVII, 1 partie.

11

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est déjà de 890; de la mème année est encore la dernière : il faudrait donc aussi y rapporter celles qui sont mentionnées entre les deux, ce qui ferait bien des fondations pour un temps si court. Cf. encore A, 5, et B, 20. La difficulté provient sans doute de la rédaction assez embarrassée, en somme, de l'inscription; mais elle n'en devait pas moins être signalée. B se termine ensuite par deux çlokas d'imprécations contre ceux qui porteraient atteinte à ces fondations.

C ne contient que trois strophes, dont la première est une invocation à Vagiçvari, la déesse de la parole sainte, assimilée à l'Energie créatrice. La deuxième relate l'érection, en 892 et par Bhatta Divākara, d'une pierre ayant la forme du bras levé de Vishnu (?), peut-être un linga, à la confection duquel Indralaksmi avait eu part. La troisième strophe nomme Vasudeva comme l'ouvrier (?) du linga, sans doute celui-là même qui paraît avoir occupé le haut de la stèle.

Les deux faces en langue khmer, qui sont également très frustes et en grande partie mutilées, contiennent, l'une soixante, l'autre soixante-six lignes. Elles paraissent consister surtout en longues énumérations de dravya, d'objets précieux consacrés aux dieux. On y retrouve, au milieu d'une foule de mots sanscrits, les noms de Rajendravarmadeva et de la ville de Dvijendrapura, plus d'autres noms ou titres qui ne se lisent pas dans le texte sanscrit, tels que, crimahendra, çridharanindra, çrirajendrārimathana. Ce dernier rappelle singulièrement le nom du ministre bouddhiste de Rajendravarman, Kavīndrārimathana, qui nous est connu par d'autres inscriptions 1.

Les deux inscriptions en langue khmer qui se trouvent sur une des tours, dans le voisinage de la stèle, sont semblables d'aspect aux deux précédentes et paraissent se rapporter aux mêmes faits, ou du moins à des faits très voisins. Elles ont, l'une quarante-sept, l'autre trente-cinq lignes. On y rencontre les mêmes mots sanscrits, entre autres açrama, vidyāçrama, répétés bien des fois. On y retrouve également le nom de Divakarabhaṭṭa et celui de la ville de Dvijendrapura.

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En fait de termes caractéristiques, qui peuvent être des noms propres ou des titres, je note çridharanindropakalpa, çrisurendrārimarddaṇa, çrijayendrayuddha, çribhaktivikhyāta. En tête de chacune est placée une date en chiffres suivie du mot çaka. Les deux dates, dont l'une se rapporte au mois de Magha, l'autre à celui de Jyeshtha, sont 890 et 9051-968 et 983 A. D.

Ces inscriptions, étant de trois siècles postérieures aux précédentes, sont naturellement écrites en un alphabet différent. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cet alphabet, que nous allons retrouver, avec de très légères variantes, dans toute la suite de cette série. Ses traits caractéristiques peuvent se ramener à deux : 1° les fleurons dont les caractères sont surmontés, fleurons qui ne sont autre chose que l'épanouissement de la tête des lettres, et qui, sous ce rapport, répondent exactement à la barre supérieure du devanāgarī; 2o la tendance à ramener tous les caractères à un même cadre rectangulaire, tendance qui, ailleurs, a produit le type alphabétique dit pāli carré. La régularité y a gagné sans doute, et il faut convenir que, bien conservées, ces inscriptions sont d'un aspect fort gracieux, avec leurs lignes délicatement tracées et d'une symétrie presque géométrique. Malheureusement, cet effet a été obtenu au prix de la physionomie des lettres qui, pour peu qu'elles soient devenues frustes, ne se distinguent que difficilement les unes des autres. Le caractère qui admet le plus de variantes dans cet alphabet est l'r. Il ne s'en trouve pas moins de trois formes dans notre inscription : tantôt le trait est replié sur lui-même, de façon à présenter un double jambage, tantôt il est simple, mais surmonté d'un fleuron, tantôt il reproduit la forme primitive de ce caractère, celle d'une simple barre verticale qu'il a dans l'écriture d'Açoka. On notera aussi la forme particulière de I's de sa bhūyaḥ B, 25 b, et de sadbhāratīm B, 26 c, qui rappelle beaucoup celle qui a été signalée plus haut pour la vieille écriture dans X. La même forme revient fréquemment dans les textes khmers,

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dont l'écriture est en général plus négligée et affecte parfois une
allure cursive. Comme particularité orthographique, on notera la
présence du b dans mahābdhau B, 16 a, alubdhaiḥ 19 b; lubdhā
30 a. Quelques autres cas, où l'on peut être tenté de le reconnaitre,
sont douteux. Ce sont là, dans cette série du moins, les seuls
exemples de cette lettre dans la nouvelle écriture. Cette inscription
distingue le th du th. Par contre, la confusion de l'n et de l'n y est
fréquente. Ainsi le groupe nn est presque toujours écrit nn. Comme
c'est là un fait à peu près constant dans les inscriptions qui vont
suivre, l'orthographe correcte sera introduite dans le texte sans obser-
vation. Mais quand la lettre n'est
dans des cas plus
souscrite, ou,
pas
rares, quand le groupe shn, par exemple, est écrit shn (cf. krishnaḥ
kṛishṇahi de B, 28), l'irrégularité sera chaque fois notée.

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5. [7] āsīd bhūpālamaulisphuritamaṇiçikhārāgadigdhānghrijaçrī —
r vvālādityopi sa[8]n yohitakulakamalākuñcanāyaikacandraḥ “
soma kaunḍinyavançe nikhi[9]lagunanidhir ddiptakīrttyālapatro
daurddaṇḍadyotitāninditapuravilasadrā[10]jyalakshmin5 dadhānaḥ

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