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l'envoi d'une mission composée de quatre cordeliers, Jérôme, général de l'ordre, Gui et Ange, ministres des provinces de Rome et de SaintFrançois, et Gentilis de Rectovio, enfin de l'envoi d'une autre mission, composée de Jacques, évêque de Ferentino, de Geoffroi, évêque de Turin, de Rainon, prieur des Dominicains de Viterbe, et de Sauve, lecteur des Dominicains de Lucques. Il est assez difficile de trouver une place pour ces trois missions ou projets de mission dans un pontificat qui a duré à peine cinq mois : Innocent V, élu le 21 janvier 1276, couronné le 22 février suivant, mourut le 22 juin de la même

année.

Le manuscrit de Bordeaux va dissiper l'obscurité dont sont enveloppés ces événements. Examinons d'abord ce qui touche à Barthélemi de Bologne.

pape

invite

Il existe dans les Dictamina une lettre par laquelle le 2 à venir près de lui, en toute hâte, frère Barthélemi de Bologne, qu'il se propose d'envoyer en Romanie pour traiter la question encore indécise de la réunion de l'Église grecque. La pièce est dépourvue de date et de nom de pape. Trompé par ce manque d'indications, dom Martène a cru que la lettre était, comme les précédentes, émanée d'Innocent V, il l'a publiée comme telle, tout en prévenant qu'il l'avait vue attribuée à Nicolas III dans un manuscrit de Colbert, sans doute le manuscrit latin 4311, dans lequel la pièce dont il s'agit est, en effet, mêlée à des lettres de Nicolas III. Potthast, sans tenir compte de cette dernière circonstance, qui aurait dû mettre sa sagacité en éveil, a résolûment rattaché au registre d'Innocent V3 la lettre adressée à Barthélemi de Bologne. Le texte du manuscrit de Bordeaux prouve jusqu'à la dernière évidence qu'elle est de Nicolas III et qu'elle a été écrite le 1er août 1278. C'est donc sans aucun fondement qu'on prête

1 Leçon du manuscrit des Dictamina et de l'édition de Martène; le manuscrit de Bordeaux porte Bettonio, ce qui est probablement la vraie leçon.

2

N° 309; fol. 167 v° du ms. 14173,

3 Ampl. Coll. VII, 258.
Fol. 148, n° 195.

5 N° 21145.

N° 397, fol. 135 v. Voyez un peu plus haut l'indication de ce no 397.

RECUEILS ÉPISTOLAIRES

DE

BERARD DE NAPLES.

RECUEILS ÉPISTOLAIRES

DE

BERARD

DE NAPLES.

à Innocent V la pensée d'avoir voulu envoyer Barthélemi de Bologne en Romanie dans le cours de l'année 1276.

Nous

pouvons

avoir une opinion aussi nette sur la mission des quatre cordeliers. Nous savons par le manuscrit de Bordeaux que le pape Innocent V s'occupa le 23 mai 12761 des négociations entamées par ses prédécesseurs avec Michel Paléologue. Ce jour-là, évitant de se prononcer sur les démêlés de l'empereur avec quelques princes latins, il l'invita, en termes pressants, à faire cause commune avec les nations de l'Occident pour la libération de la Terre Sainte 2. La lettre fut remise à des ambassadeurs grecs qui étaient alors à Rome et qui ne tardèrent pas à regagner Constantinople 3.

Le même jour, Innocent V fit expédier six autres lettres relatives à la mission qu'il chargeait quatre cordeliers de remplir à Constantinople. L'objet de ces lettres était : 1o de donner des pouvoirs trèsétendus aux quatre cordeliers; 2° de les autoriser à faire certains actes lors même que deux d'entre eux seraient absents 5; 3° de les accréditer auprès de Michel Paléologue, pour préparer un arrangement avec Philippe de Courtenai et le roi de Sicile ; 4° de les accréditer auprès du même empereur pour traiter les questions religieuses1; 5o de les accréditer auprès du clergé de l'Église grecque §; 6o d'inviter Andronic, fils de l'empereur, à favoriser de tout son pouvoir l'œuvre de la réunion des deux Églises. En route, le pape remit aux quatre cordeliers un long mémorial, c'est-à-dire des instructions détaillées sur tout ce qu'il désirait obtenir des Grecs 1o. Les conditions qu'il voulait imposer étaient fort strictes; mais des instructions secrètes, consignées sur deux cédules distinctes, autorisaient les

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envoyés du Saint-Siége à user des plus grands ménagements et à adoucir, dans la pratique, la rigueur de plusieurs articles du mémorial'. Ces différentes instructions durent être rédigées le 25 mai 1276; c'est du moins la date que porte, dans le manuscrit de Bordeaux, la première cédule secrète.

Munis de leurs lettres et de leurs instructions, les quatre cordeliers quittèrent la cour pontificale et se rendirent à Ancone. Ils n'avaient pas encore mis à la voile quand ils apprirent la mort du pape, survenue le 22 juin. Ils n'allèrent pas plus loin, et rapportèrent à Rome les lettres destinées à Michel Paléologue. La mission qui leur avait été confiée n'eut point de suite. Toutes ces circonstances sont expressément indiquées dans une des notes marginales du manuscrit de Bordeaux que j'ai citées un peu plus haut.

Les négociations furent reprises sous le pontificat de Jean XXI, du 8 septembre 1276 au 20 mai 1277. Aux quatre cordeliers furent. alors substitués Jacques, évêque de Ferentino, Geoffroi, évêque de Turin, Raynon, prieur des Dominicains de Viterbe, et Sauve, lecteur des Dominicains de Lucques. Mais, pour cette nouvelle mission, la chancellerie fit servir, au moins en partie, les lettres qui avaient été préparées, quelque temps avant, pour la mission des quatre cordeliers. On se contenta d'en changer quelques passages, pour les approprier à leur nouvelle destination. Cette particularité est encore attestée par les notes marginales du manuscrit de Bordeaux. On s'en rend d'ailleurs un compte exact en analysant la première des pièces qui sont copiées sur le fol. 134 vo du même manuscrit (no 392). C'est la lettre relative aux pouvoirs que le pape Innocent V avait conférés aux quatre cordeliers le 23 mai 1276. Sous le pontificat de Jean XXI, on en fit une seconde expédition, portant une nouvelle date et mentionnant dans la suscription l'évêque de Ferentino et ses compagnons. La copie de Bordeaux représente fidèlement la minute de la première expédition, datée du 23 mai 1276; seulement le copiste a ajouté en

1 N° 394 et 396 (21143 et 21144 de Potthast).

TOME XXVII, 2 partie.

18

RECUEILS

ÉPISTOLAIRES

DE

BERARD

DE NAPLES.

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marge la suscription de la seconde expédition : « Venerabilibus fratribus Jacobo Ferentinati, Gaufrido Turinensi episcopis, et dilectis filiis fratribus Raynono priori conventus Viterbiensis, ac Salvo lectori Lucanensi, ordinis Predicatorum. » Le rédacteur oule copiste des Dictamina (n°304) n'a point soupçonné le double état sous lequel la même lettre a existé et dont la trace était visible sur la minute originale de laquelle dérivent le manuscrit de Bordeaux et le manuscrit des Dictamina. En tête de la lettre, qui forme groupe avec les autres lettres d'Innocent V, il a transcrit la suscription de la seconde expédition, ce qui a fait croire à dom Martène (VII, 252), et après lui à Potthast (no 21141), que l'évêque de Ferentino et ses compagnons tenaient leur mission d'Innocent V, tandis qu'ils l'avaient reçue de Jean XXI.

Ainsi, grâce au manuscrit de Bordeaux, nous pouvons répartir entre les trois pontificats d'Innocent V, de Jean XXI et de Nicolas III les trois missions ou projets de mission que, sur la foi de textes non datés et mal ordonnés, on attribuait au seul pontificat d'Inno

cent V.

En donnant le moyen de dater beaucoup de pièces et de rétablir la véritable succession des événements, le manuscrit de Bordeaux jette beaucoup de lumière sur les rapports du Saint-Siége avec l'empereur Michel Paléologue. A ce mérite il faut ajouter celui de nous avoir conservé l'indication ou même la teneur de documents importants qui ne semblent pas avoir encore été signalés.

Au mois de novembre 1273, Grégoire X prit des mesures de précaution pour assurer le voyage des ambassadeurs que l'empereur Michel avait promis d'envoyer au concile général. Nous avions la circulaire qui fut expédiée de la chancellerie pontificale pour les recommander, en général, à la bienveillance du clergé, de la noblesse et du peuple1. A cette circulaire viendront désormais se joindre les lettres particulières envoyées par le pape dans les principales villes que pouvaient traverser les ambassadeurs grecs pour se rendre à Lyon.

Marlène, Ampl. Coll. VII, 235; n° 20763 de Potthast.

Parme, Crémone, Milan et Sion sont ainsi indiquées dans le manuscrit de Bordeaux (fol. 127):

Idem nobilibus viris Neapolioni et Francisco de Turre, civibus Mediolanensibus. Sub spe etc. usque provideri. Quocirca nobilitatem vestram etc. usque gaudentibus. Nos sinceritatem vestram etc. ut in alia.

In eundem modum potestati, capitaneo, consilio et communi Parmensibus, verbis convenientibus mutatis.

In eundem modum potestati, capitaneo, consilio et communi Cremonensibus.
In eundem modum electo Sedunensi, verbis convenientibus mutatis.

Pour décider les Grecs à venir au concile, le pape attachait la plus grande importance à leur faire délivrer des sauf-conduits par le roi de Sicile. Nous savions que l'archevêque de Palerme avait été chargé d'insister auprès du roi sur les inconvénients qu'aurait présentés le refus des sauf-conduits'. Un autre personnage, maître Nicolas Boucel, chapelain du pape et sous-doyen de Bayeux, fut invité à faire de son côté de pressantes représentations au roi de Sicile. La lettre écrite à ce sujet est indiquée dans le manuscrit de Bordeaux :

In eundem modum magistro Nicholao Boucello, capellano nostro, subdecano Baiocensi, verbis convenientibus mutatis.

Mais ce n'est pas seulement l'indication de lettres nouvelles qu'il faut demander au manuscrit dont j'essaye de montrer la valeur. Dans la série que je passe en revue sont comprises dix pièces fort intéressantes (no 368-377) que le rédacteur des Dictamina a laissées de côté parce que, venant des chancelleries grecques, elles n'étaient guère instructives pour l'étude du style romain. De ces dix pièces, trois (n° 368, 371 et 374) ont été publiées dans les Annales de Rinaldi et dans les collections des Conciles. Les autres me paraissent inédites. J'ai pensé qu'il y aurait profit à faire connaître des documents dans lesquels Michel Paléologue, Andronic, son fils, les prélats et les ambassadeurs grecs exposent eux-mêmes la part qu'ils ont prise ou voulu prendre aux né

'Martène, Ampl. Coll. VII, 257; n° 20765 de Potthast.

RECUEILS

ÉPISTOLAIRES

DE

BÉRARD

DE NAPLES.

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