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num... Oh! qu'il était beau ! et que son père était heureux !... Ce fut le dernier sourire de la fortune, mais il fut bien doux.

Un jour j'avais été chez le jeune roi ; l'empereur y était, et jouait avec lui comme il jouait avec ce qu'il aimait, c'est-à-dire en le tourmentant. Il descendait de cheval et avait une cravache

que

l'enfant voulait avoir. Lorsque sa pe tite main l'avait attrapée, il riait aux éclats, et alors il embrassait son père, autant que l'autre le voulait... L'empereur se plaisait à ce jeu, et l'on voyait dans ses yeux presque humides combien il était heureux.

N'est-ce pas que mon fils est beau, madame Junot? me dit-il ; convenez qu'il est beau...

Je pouvais l'affirmer sans flatterie : il était beau comme un ange.

Vous n'étiez pas ici, poursuivit l'empereur, à sa naissance ; c'était un beau spectacle ! J'ai vu ce jour-là combien les Parisiens m'aimaient! Mais c'est une rude besogne pour vous autres femmes !...

Il passa la main sur son front, comme pour éloigner un souvenir pénible; puis il reprit, toujours en caressant les joues rosées de son fils :

– J'ai bien compris, ce jour-là, que Junot se

soit sauvé de chez lui pour venir auprès de moi quand vous accouchiez!... Mais les Parisiens ont bien payé l'impératrice de ce qu'elle a souffert : oui, ils étaient bien contens. Et à l'armée, com, ment ont-ils reçu cette nouvelle-là ?

Je lui dis la vérité, c'est que pendant quinze jours les soldats furent comme fous de leur joie, Junot le lui avait déjà dit, mais il était bien aise d'une confirmation. Il se promenait les mains derrière son dos, la tête baissée, mais en souriant. On voyait qu'il rappelait à sa mémoire un moment bien heureux pour lui. Puis il revenait à son fils, l'embrassait, lui pinçait le nez, les joues; et quand il criait :

Allons, allons, taisez -vous, monsieur ; croyez-vous que vous ne serez jamais contrarie. Est-ce qu'un roi crie, d'ailleurs !

Il me parla ensuite de mon fils aîné, de mon plus jeune fils, qui alors était fort malade. C'était la première fois depuis bien des années que je le voyais s'occuper ainsi de nos enfans... Cette circonstance me frappa : je le dis à Junot, qui m'apprit également que l'empereur lui avait souvent parlé de la beauté de mon Napoléon, quand on l'avait conduit à Fontainebleau pour le baptême; et qu'une fois il lui avait demandé s'il était vrai

que je fusse accouchée seule et sans secours à Ciudad-Rodrigo, comme l'avaient dit dans le temps les journaux anglais. Deux ans plus tôt l'empereur ne se serait jamais occupé de pareille chose.

C'est une particularité bien étrange que cette sorte de dénégation attachée à la naissance des héritiers d'un trône... Que pouvait-il y avoir d'étonnant à ce que Marie-Louise, jeune, belle, fraiche

personne, eût un enfant après onze mois de mariage ? ? Et cependant que de sottises, que de pauvretés furent dites à cette époque!... On m'écrivait ces belles choses-là; et lorsque j'arrivai à Paris, je fus stupéfaite d'entendre, de la

gens qui jamais n'auraient dû même en avoir la pensée, des paroles au moins fort ridicules à cet égard-là... Mais j'entendis aussi des versions authentiques, et je ne conçois pas comment la plus absurde méchanceté n'a pas reculé devant l'impossibilité d'une accusation'.

part de

· Le mariage civil de l'empereur fut célébré à Saint-Cloud le dimanche 1er avril 1810, à deux heures après-midi... Ce fut le lendemain, 2 ayril, qu'eut lieu, dans la grande galerie du Louvre, la cérémonie religieuse.

Que n'a-t-on pas dit aussi de l'accouchement de madame la duchesse de Berry!... mais ici le cas était différent. Cette

I'Angleterre a pu empêcher, par son geôlierbourreau, de mettre sur le cercueil de NAPO. Léon une plaque qui indiquát que cette grande victime était morte sous les coups de son poignard le 5 mai 1821... la restauration a pu rendre des décrets pour qu'on déchirât des gravures, qu'on brisât des bronzes, qu'on abattit des statues... oui , la haine et la crainte jalouse ont pu tenter beaucoup de choses pour détruire la plus immense, la plus lumineuse mémoire que la postérité accueillera jamais... Eb bien ! malgré tous ces efforts impuissans, il restera toujours une tradition orale, simple parce qu'elle est sublime comme son sujet , et que c'est le peuple, le paysan, qui conserveront cette tradition dans toute sa beauté... Le père dira à son fils, qui le redira à l'autre génération, laquelle elle-même letransmettra à ses fils,comment chacun allait à Saint-Cloud pour voir la jeune impératrice qui se promenait, pâle, souffrante, mais pour des maux qu'on chérissait, car ils indiquaient son nouvel état. Cette tradition racontera comment la voix UNANIME de tout un peu

foison pouvait en douter; non pas que j'en doute, j'y crois au contraire... mais il y a des circonstances au moins singulières qui ne sont pas même en apparence dans l'autre évènement, auquel vipgt-deux per aonnes assistaient.

ple demandait qu'elle eût un fils... un fils, pour qu'il héritât de la gloire de son père qui avait fait la gloire de sa patrie... pour qu'il héritât de l'EMPIRE DE FRANCE... et ce vou, savez-vous bien, il partait des palais , des chambres dorées, comme il était poussé sous le chaume et dans la mansarde, par le mendiant et l'ouvrier... Une tradition qui demeurera éternellement vivante, sera celle du 20 mars 1811, lorsque le premier coup de canon annonça enfin que Marie-Louise était mère... A ce premier retentissement, tout ce qui marchait s'arrêta '... tout... Dans une seconde la grande ville fut frappée de silence comme par enchantement... Le mot d'affaires le plus important, la parole d'amour la plus délirante, tout fut suspendu... et sans le retentissement du canon, on aurait cru être dans cette ville des Mille et une Nuits, qu'un coup de baguette pétrifia... Puis un vingt-deuxième coup tonna enfin dans le silence !... Alors UN SEUL CRI, UN SEUL!... mais poussé par un million de voix , retentit dans Paris et fit trembler les murs de ce même palais où venait de naître le fils du héros,

· Au premier coup de canon le bourdon de Notre-Dame et les cloches des paroisses , qui sonnaient depuis que l'impératrice était en travail, s'étaient arrêtés..;

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