Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

Ce que l'empereur lui témoigna d'attachement, pendant ces heures de souffrances, ne peut être décrit. On croirait qu'on veut faire du roman... mais ce qui est certain, c'est qu'il l'aimait, et qu'il l'aimait d'amour, surtout à cette époque... Aussi, lorsque le baron Dubois fut le trouver pour lui annoncer le danger de l'impératrice, il sortit du bain où il venait de se mettre pour calmer sa fièvre d'agitation; sans donner le temps qu'on l'essuyât, il passa une robe de chambre, et courut auprès de l'impératrice en criant à Dubois: surtout ne songez qu'à la mère!... sauvez la mère.... ne perdez pas la tête !...

Et lorsqu'il fut arrivé près d'elle, il l'embrassa en lui demandant de prendre courage... de songer à lui... à lui qui l'aimait tant!... et il prenait sa main... la baisait, la serrait doucement dans les siennes... la regardant avec un amour infini de cet vil si puissant qui lançait la foudre, et qui venait fondre son regard tendre et caressant dans celui de LA MÈRE DE SON ENFANT, qui dans ce moment n'était pour lui qu'une maîtresse adorée... Bientôt ses gémissemens lui brisèrent le coeur... il devint pâle... pâle à faire croire qu'il allait mourir... il ne put rester... il quitta la chambre, passa dans un cabinet ; et là, tremblant, oui , TREMBLANT de crainte, il passa vingt

minutes dans des tortures inouïes... car il avait fallu employer les ferremens... L'enfant présentait les pieds, et la tête paraissait tellement engagée, que Dubois était inquiet.

Parce que je suis impératrice, faut-il donc que je sois sacrifiée !!... dit Marie-Louise.

Eh! qui lui avait parlé de SACRIFICE ?... n'avaitelle

pas vu le regard de désespoir et d'amour que Napoléon avait jeté sur elle?... SACRIFIÉE !!... Quelle était la pensée qui pouvait surgir dans cette âme de femme qui ne fut, quoique femme, ni épouse ni mère ?... Était-ce l'amour qui entourait tous ses pas depuis une année?... étaitce encore une fois le cri de ce coeur désespéré, qui était venu 'retentir tout à l'heure auprès de son lit de souffrance ? ?...

Lorsqu'elle fut délivrée, l'empereur, qui était au moment de se trouver mal, se précipita dans sa chambre, et courut l'embrasser sans jeter d'abord UN SEUL REGARD SUR SON FILS, qui pouvait

• Madame de Montesquiou, cet ange de vertus, de perfections, que Napoléon avait si bien su deviner pour placer auprès du roi de Rome, était derrière Marie-Louise dont elle tenait la tête, et elle l'encourageait. « Allons, madame, da courage !... vos précicux jours ne sont pas en danger... j'ai passé par-là, moi.. je puis vous l'affirmer, vous ne courez au'cun danger, n'ayez aucune crainte, v

être cru mort, car il fut près de dix minutes sans donner aucun signe de vie. On l'enveloppą dans des serviettes chaudes... on lui frotta le corps avec la main... On lui souffla quelques gouttes d'eau-de-vie dans la bouche... et enfin le royal enfant poussa un faible cri...

Il faut avoir connu cette noble et sérieuse figure de Napoléon, pour se rappeler avec surprise l'expression de joie délirante qui l'anima dans le moment où le premier cri de son enfant!... DE SON FILS !... frappa son oreille... il courut avec l'impétuosité d'un jeune homme de vingt ans, auprès de ce fils que la fortune lui avait réservé pour la plus haute mais aussi pour la dernière de ses faveurs !... Il l'embrassait avec une tendresse toute de coeur et d'effusion; puis il retournait au lit de Marie-Louise... il la remerciait de lui avoir fait un tel présent... et il retournait à son enfant pour l'embrasser en

. core...

Lorsque l'impératrice fut remise dans son lit, et que tout fut plus, calme autour d'elle, l'empereur la quitta pour aller s'habiller.,, il était presque nu... Lorsqu'il remonta dans son appartement, son front était rayonnant. Il souriait et chantait à demi-voix, ce qui surtout chez lui, était une marque du plus grand contentement...

Plusieurs personnes de son service étaient là et n'osaient pas approcher... Il les appela luimême...

-Eh bien! j'espère, messieurs, que nous avons un assez gros et un assez beau garçon?.., il s'est fait un peu prier pour arriver, par exemple...

, mais enfin le voilà !...

On ne peut se faire une idée de la foule qui se pressait aux portes du château pour avoir des nouvelles du nouveau-né et de l'impératrice. L'empereur, en l'apprenant, ordonna qu'il y aurait toujours un chambellan dans l'un des saloņs des grands appartemens, pour donner connaissance du bulletin que les médecins de l'im: pératrice donnajent de sa santé.

Oui, je le répète, qui n'a pas vu Napoléon sous l'influence de ses émotions intérieures, causées

par des peines ou des joies domestiques, ne l'a pas connu comme il devait l'être.... On a beau: coup parle de Henri IV demandant à l'ambassa. deur d'Espagne s'il avait des enfans, parce qu'il était à quatre pattes avec un des siens... Eh! món Dieu , que de tableaux dans le même genre on aurait pu faire de l'empereur!... car il adorait son fils, et il en était dans une occupation perpétuelle. Il jouait avec lui comme si lui-même avait eu six ans... il prenait le roi de Rome dans

ses bras, le faisait sauter en l'air, le remettait à terre, puis l'enlevait encore avec une vivacité qui faisait rire l'enfant jusqu'aux larmes... puis il se mettait avec lui devant une glace et lui faisait des grimaces, ce qui excitait la joie du jeune prince à lui faire faire des cris et des trépignemens.. Souvent aussi l'enfant pleurait, parce que la plaisanterie avait été trop vive: alors l'empereur lui disait :

- Comment, sire, tu pleures ?... Oh!... un roi qui pleure!... que c'est vilain!... fi...fi... c'est laid!...

L'heure à laquelle on le lui menait n'était pas positivement réglée, et ne pouvait pas l'être; cependant celle du déjeuner était particulièrement adoptée; il lui faisait boire du vin de Bordeaux, ou bien trempait son doigt dans le verre, et le lui faisait sucer... Quelquefois c'était dans de la sauce qu'il trempait son doigt, alors il en barbouillait le visage du jeune prince qui riait de tout son coeur en voyant son père aussi enfant que lui , et ne l'en aimait que davantage. Les enfans aiment toujours ceux qui jouent avec

eux...

Unjour l'empereur lui avait mis ainsi de la sauce au bout du nez, da menton et sur les joues... Le roi de Rome , que cela amụsait beaucoup, vou

« PrécédentContinuer »