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tême... mais ils se trouvent aussi sur la pierre tumulaire posée sur lui à vingt-un ans!...

Maintenant les souvenirs arrivent en foule pour l'époque à laquelle nous sommes !... Qui de nous n'a pas présent encore à la mémoire cet enfantsi beau, si charmant, si gracieux!... Voyezle dans cette gravure où il est représenté à genoux, ses petites mains jointes, et entouré de joujous.

- Je prie Dieu pour mon père et pour la France!... dit l'innocente créature!...

Pauvre ange! Sa douce voix a été plus faible que

celle des démons qui voulaient la perte de son père !... et la ruine et l'humiliation de cette belle France!...

Le jeune prince n'avait encore qu'un an, lorsqu'un jour, à Trianon, sur la belle pelouse qui était devant le pavillon, l'empereur jouait avec lui. Il ôta son épée, la mit à son fils, et compléta sa toilette en lui mettant son chapeau ; ensuite il fut se placer à quelque distance, à demi couché dans l'herbe, et tendit les bras à son fils qui

· Cette gravure est devenue fort rare... je l'ai chez moi et j'ai ajouté au bas de cette première ligne : Je prie Dieu pour la France et pour mon père!

Nous, maintenant, prions pour toi!

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marchait vers lui tout en trébuchant, parce que ses petits pieds s'embarrassaient souvent dans l'épée, et que le chapeau lui descendant jusqu'au menton, le faisait ainsi jouer à colin- maillard avec son père.., mais comme l'empereur s'élançait avec la vivacité d'un jeune homme pour prendre son fils dans ses bras, afin de lui éviter une chute!!...

Tous les huissiers de la chambre l'adoraient. L'un d'eux , en me parlant de lui , il y a peu de jours encore, pleurait comme une faible femme... au souvenir si gracieux du roi de Rome, accourant le matin dans les grands appartemens, et arrivant seul à la porte du cabinet de l'empereur, car madame de Montesquiou ne pouvait le suivre. L'aimable enfant levait sa belle tête blonde vers l'huissier, et lui disait de sa voix argentine, mais impérative:

Ouvrez-moi... je veux voir papa...
Sire, je ne puis ouvrir à Votre Majesté.
- Pourquoi cela ?... Je suis le petit roi!...

Mais Votre Majesté est toute seule... C'était l'empereur qui avait donné l'ordre de ne laisser entrer son fils qu'avec sa gouvernante... Il étaitsans doute impossible que l'enfant y vint sans elle, mais c'était pour donner au jeune prince, dont la disposition le portait assez à être volon

taire, une haute idée de la puissance de sa gouvernante... Le premier jour que l'huissier du cabinet lui fit cette réponse, ses yeux se remplirent de larmes, mais il ne dit rien... Il attendit madame de Montesquiou qui arriva uno demi-minute après ; aussitôt il saisit la main de sa gouvernante, et regardant fièrement l'huissier, il lui dit:

Ouvrez!... le petit roi le veut !... Et alors l'huissier ouvrait la porte du cabinet ct annonçait:

- Sa Majesté le roi de Rome!...

On a beaucoup parlé de sa violence. Il est vrai qu'il était emporté dans ses vouloirs, et qu'il se mettait facilement en colère, mais c'était un des caractères distinctifs de ses cousins... presque tous étaient ainsi. J'ai vu Achille Murat avoir des accès decolère tellement violens, qu'ils étaient suivis de convulsions... et cela , précisément à l'âge du roi de Rome. Madame de Montesquiou le corrigea une fois de cette violence dans ses volontés... Au milieu de l'accès le plus vif, elle fit fermer, quoique en plein jour, les volets de toutes les fenêtres... L'enfant, tout étonné de voir remplacer le jour par de la lumière, demanda à sa gouvernante pourquoi elle faisait ainsi tout fermer.

Pour qu'on ne vous entende pas , sire... Les Français ne voudraient jamais de vous pour leur roi, si vous étiez méchant.

Est-ce que j'ai crié bien fort?
Sans doute.

M'a-t-on entendu ?
- Je le crains pour vous.

Alors l'enfant se prit à pleurer... mais de repentance... Il jeta ses petits bras autour du cou de sa gouvernante...

— Je ne le ferai plus jamais... maman Quiou!.. Pardonne-moi!...

Un jour il arriva que le roi de Rome, allant voir l'empereur, entra dans son cabinet comme le conseil venait de finir. Comme il aimait passionnément son père, il courut à lui sans faire attention à personne. Napoléon, quoiqu'il fût bien heureux de ces signes d'affection bien naturelle et venant du coeur, l'arrêta et lui dit:

- Vous n'avez pas salué, sire... allons, saluez ces messieurs...

L'enfant se tourna , et se penchant légèrement en avant, il envoya un baiser avec sa petite main à la troupe ministérielle... L'empereur l'enleva tout aussitôt dans ses bras , et dit aux ministres :

Ah çà, j'espère, messieurs, qu'on ne dira XIV,

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pas que je néglige l'éducation de mon fils... et il sait très bien sa civilité puérile et honnête ?...

Ceux qui avaient l'habitude et la familiarité de l'empereur, savent que c'était un de ses mots favoris dans sa bonne humeur, que celui de civilité puérile et honnêle...

Le jeune Napoléon était bon, et l'on voyait qu'il l'eût été davantage plus tard... Je sais de lui une foule de traits touchans qui indiquent un bon cour:

Lorsqu'il était à Saint-Cloud, il aimait beaucoup qu'on se mit à la fenêtre pour voir tous ceux qui passaient. Un jour, il aperçut, à quelque distance, une jeune femme en grand deuil, tenant par la main un enfant, tout en noir comme elle, et à peu près de l'âge du jeune prince... Il tenait à la main un grand papier, qu'il élevait souvent vers la fenêtre du roi de Rome.

Pourquoi donc est-il tout en noir? demanda le jeune roi à sa gouvernante.

- Parce que, sans doute, il aura perdu son père... Voulez-vous savoir ce qu'il veut ?...

L'empereur avait ordonné que son fils fût très accessible de bonne heure à tous les malheureux qui le viendraient solliciter; et certes, il ne pouvait mettre alors auprès du roi de Rome une plus digne gouvernante... L'enfant et sa mère furent

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