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messes plus positives qu'évasives, ce qui jusqu'à présent avait été leur jeu... L'Autriche, quoique alliée, semblait avoir de la répugnance à poursuivre son frère de Russie. La Prusse se montrait encore plusrétive, et M. de Krusmarck, alorschargé de ses intérêts, paraissait ne vouloir rien accorder. M. de Krusmarck était un homme de mérite et d'une volonté très arrêtée. Cependant rien n'était plus important que de s'assurer de la Prusse, il fallait qu'elle fût pour nous, ou bien QU'ELLE FUT DÉTRUITE.Le moment approchait, où le parti devenait extrême ; le duc de Bassano écrivit à M. de Krusmarck :

& MON CHER BARON,

• Le moment de prononcer sur le sort de la » Prusse est enfin venu. Je ne puis vous cacher » que cette question est pour elle une question de » VIE OU DE MORT. A Tilsitt, l'empereur, vous le sa• vez, avait déjà des intentions bien sévères; ces intentions sont toujours les mêmes, et ne peu» vent être contenues que dans le cas où la Prusse » serait notre alliée, et notre alliée fidèle. Les moo mens sont chers, et la circonstance des plus gra> ves, songez-y bien, etc., etc. )

M. de Krusmarck comprit enfin que la Prusse était perdue, si l'empereur Napoléon prenait seu

XIV.

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lement le toit d'une de ses chaumières, et le 24 de février un traité offensif et défensif fut signé à Paris entre la France et le cabinet de Berlin : quant à l'Autriche, elle était notre alliée naturelle, mais comme elle était bien plus encore notre ennemie naturelle , on sait ce qu'il advint de cette alliance contre laquelle l'empereur s'appuyait avec une si profonde sécurité... Puis le Danemark, la Confédération du Rhin... TOUT était pour nous au moment où le premier clairon sonna le chant du départ.

Junot avait pris des bains de Barèges, et il ne se ressentait plus de ses douleurs rhumatismales; il avait sollicité avec ardeur de l'empereur', un commandement quel qu'il fut, pourvu qu'il fit la guerre. L'empereur lui en donna un très-magnifique; il l'envoya à Milan pour prendre la direction des troupes d'Italie et pour les conduire vers le Nord. Junot fut comblé de joie, et partit de Paris au moment où l'on allait signer le traité de paix offensif et défensif avec l'Autriche”; elle donnait un secours de 30,000 hommes et 60 pièces de canon... C'était le prince de Schwartzenberg qui devait commander les troupes autrichiennes.

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• J'ai le brouillon de sa lettre, et c'est une pièce qui montre combien il aimait et la France et l'empereur.

24 février 1812.

Dans le même moment, la Suède signait aussi son traité avec la Russie'!... Un ancien maréchal de France allait pointer le canon sur ses compatriotes ... sur ses frères d'armes ... sur l'homme enfin dont on a dit si long-temps qu'il était jaloux !... Eh bien, il vend son bras pour une province!... La Norwége est promise à la Suède, et tout aussitôt la Suède arbore l'étendard de la guerre contre la France. Napoléon n'a pas hésité à faire le premier pas au-devant de son ancien frère d'armes; mais ses propositions, quoique présentées par une main amie, et que l'empereur devait croire être agréable au roi Jeanne furent pas acceptées : Napoléon avait oublié qu'il est deux choses que les hommes ne pardonnent pas; l’une, que l'on soit plus grand qu'eux ; l'autre, qu'on ait voulu les empêcher de le devenir. Bernadotte oublia dans cette circonstance qu'il fut Français; mais il n'était pas davantage dans les intérêts de la Suède, bien qu'il ait objecté les besoins de sa nouvelle patrie... Le prince de Suède voulut concourir à abattre le colosse, et qu'un coup de hache de sa

Signé à Pétersbourg, le 26 mars. • C'était la reine de Suède, qui avait continué de demeurer à Paris. Elle se chargea, avec un grand désir de réussir, de tout ce que voulut l'empereur.

main le fit chanceler une minute plus tôt sur son piédestal: je ne sais pas bien si c'est très beau cette conduite-là; et peut-être eût-il été plus noble au successeur de Gustave-Adolphe de revenir sous les drapeaux nourriciers, que d'aller faire alliance avec des hordes tartares et sauvages pour revenir en ennemi dans sa patrie . Il a donné pour raison que déjà, dès le 26 janvier, le général Friant 'avait pris possession de Stralsund au nom de la France, et s'était emparé de la Pomeranie suédoise par les ordres de l'empereur; mais ce qu'il ne dit pas, c'est que depuis dix mois des conférences continuelles avaient eu lieu, et que lui, Bernadotte, avait rejeté tout arrangement proposé. L'Angleterre, aussitôt qu'elle apprit la défection de Bernadotte, s'empressa de reconnaître le traité de la Suède avec la Russie, par une convention qui constatera aux jours à venir que Napoléon a pu tomber par l'effet de ses propres fautes, mais que la trahison et la perfidie lont précipité au fond de l'abîme au bord duquel il marchait.

Tandis que le mouvement réactionnaire le portait vers le nord, l'Espagne était de nouveau le théâtre de victoires vraiment admirables rem

Beau-frère du maréchal Dayqust.

portées par le maréchal Suchet. La prise de Va : lence est une des plus belles choses qui ait été faite; c'était le général Ventura Caro; frère de La Romana, qui commandait les troupes qui étaient dans la place; elles étaient au nombre de dixhuit mille hommes, et, de plus, neuf cents officiers, vingt généraux, et quatre cents bouches à feu, ainsi que des magasins immenses. Valence était le dépôt central de toutes les forces, de toutes les ressources des provinces de l'Est: c'est une superbe conquête!... l'empereur le sentit bien : aussi un décret impérial a-t-il doté l'armée d'Aragon de DEUX CENT MILLIONS DE FRANCS!... C'est après la prise de Valence que le maréchal Suchet reçut le titre de duc d'Albufera.

Mais, comme par une sorte de compensation, en même temps que Suchet nous cueillait' de beaux lauriers dans les plaines riantes de Valence, Wellington était vainqueur dans les déserts de Ciudad-Rodrigo et d’Almeida; il était rentré à Ciudad-Rodrigo : Suchet lui répondit par la chute de tous les forts qu'il rencontrait. C'est ainsi que tombèrent Déina, Péniscola...

peu

de temps après, Badajoz est repris par les Anglais, et le combat de Tarragone, où Suchet est vainqueur, est bien douloureusement expié par la perte que nous éprouvâmes aux

Mais,

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