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pour en administrer d'autres, et montrant par sa façon de voir et de penser combien il était digne de remplir sa haute mission.

-Si j'avais trente préfets comme Rambuteau disait-il une fois, la France serait bien tranquille, parce qu'elle serait bien administrée, car il est honnête homme, et connaît son affaire.

M. de Rambuteau était fort jeune encore lorsque son père mourut et lui laissa une fort grande fortune; il fit d'abord ce que font tous les jeunes gens riches et même ceux qui sont pauvres, il s'amusa , il courut de beaucoup de côtés, excepté dans le bon, et pendant quelques années il fit joyeuse vie. La gourme une fois jetée, de lui - même et sans effort il se remit au pas, régla sa maison , ses revenus , améliora ses terres, les rendit les plus belles de la province, et en se mariant eut le soin de choisir pour femme une personne qui , comme lui , fût d'un esprit d'ordre et d'arrangement, et pour. tant qui aimât le monde et eût un beau nom ;

1 Mirabeau disait: Que l'esprit de Sieyes était dans son silence et dans cette sorte de dédain avec lequel il accueillait les es. prits les plus remarquables. Est-ce paresse?... est-ce insolence?... Dans tous les cas c'est sottise... car le fruit d'une pareille manière de cultiver sa terre est toujours âpre quand on en vient à l'oeuvre, c'est-à-dire quand il faut se nourrir de soi-même.

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il trouva tout cela dans mademoiselle Adélaide de Narbonne, fille de mon ami le comte Louis. M. de Rambuteau fut nommé chambellan de l'empereur, et cette place lui convenait sous tous les rapports; il était frère de la jolie madame de Mesgrigoy, qui fut sous-gouvernante du roi de Rome, et qui faisait le Printemps dans le joli quadrille des Heures, où madame la comtesse Legrand faisait l'Amour et M. de Lagrange, Apollon. Madame de Mesgrigny faisait le Printemps, et jamais plus frais visage n'avait portésa fraîche couronne. Madame de Mesgrigny était un ange de pureté, comme elle en était un de beauté. L'empereur en savait bien que dire car il l'avait trouvée ce qu'elle était, charmante, belle et vertueuse. Il voulut lui plaire d'abord, elle lui répondit en riant, puis la seconde fois ce fut plus sérieux, enfin elle lui dit :-Sire, je serai forcée de m'éloigner, et j'en aurai de la peine, car j'aime Paris et j'y suis heureuse ; mais si vous persistez , il me faudra dire à mon mari que je veux aller dans ma terre de Champagne, et je mentirai pour aller mourir là d'ennui.

Elle était si charmante en parlant ainsi , elle était tellement dépourvue de cette pruderie à griffes et à dents qui déchire et qui mord pour

· Il était écuyer de l'impératrice Marie-Louise.

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faire bien voir les cicatrices et avoir un certificat de verțu , que l'empereur fut touché,

-Eh bien, lui dit-il , je vous nomme sousgouvernante de mon fils,

La jeune femme fut étonnée ; c'était une place d'une immense confiance. Elle fut bientôt convaincue que l'empereur avait voulu lui donner ainsi une preuve publique et marquante de son estime.

J'accepte , dit-elle, et j'accepte avec reconnaissance, car maintenant Votre Majesté ne me reparlera plus d'une chose qu'elle sait ne poụvoir me convenir, l'asile qu'elle me donne elle-même est sacré.

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CHAPITRE XI.

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Madame Doumerc. Rires fous. -Ma DIGNITÉ. Fenêtre

ouverte. Amenez-moi madame Doumerc. Thiémetz, l'improvisateur, chez sir Arthur Bowles. — Mystification. Anecdote. Soirée chez une princesse.

Amusement par ordre.- La colique. - Soupe sans sel. — Les jambes en forme de grissins.- Colonnes torses.- Talma à Chambéry. — Le caniche sur la scène. Dîner à Bonport à l'occasion de ma fête. Le bouquet.

Cordon de perles fines et de rubis d'Orient. Concert sur le lac du Bourget.

Tableau pittoresque. Feu d'artifice. Réprimande. - Poésie italienne. Abbaye de Haute-Combe. --La Dent-du-Chat.- La duchesse de Raguse. - Pressen. timens. Nouvelles affreuses reçues au milieu d'un bal. - Bataille des Arapiles.

Il y avait à Aix en Savoie, dans l'année 1812, une personne dont j'avais dès l'année précédente apprécié tout l'agrément, et je puis dire le charme, lorsque je l'avais rencontrée à SaintSauveur dans les Pyrénées, c'était madame Doumerc; elle était femme de M. Alexandre Doumerc, autrefois attaché à Berthier, fils de M. Doumerc, entrepreneur-général des

vivres de la marine et de la guerre, et l'un des plus excellens et des meilleurs amis que j'aie eus en ma vie. Madame Alexandre Doumerc était alors fort jeune femme , et venait seulement de se marier depuis deux ou trois ans'. Il y a sans doute de plus belles personnes... mais qui plaisent autant, je ne le crois pas... Ses traits ne sont pas réguliers, mais elle a de ces yeux qui font seuls toute la fortune d'un visage; et puis, sans être grande, sa taille est élégante; elle est moelleuse dans, ses mouvemens... elle est surtout gracieuse... Et puis son pied, sa main , tout cela est bien , tout cela est comme on veut que ce soit... Ensuite il y a dans elle une chose que je place en bien haut lieu: c'est un esprit si amusant, si varié, si bien approprié à toute chose, que lorsque je cause avec elle, j'éprouve un bien-être infini, un bienêtre que je n'ai rencontré en ma vie qu'avec deux personnes, c'est la certitude d'être comprise en parlant , non pas certes que j'aie la bêtise de dire que mes idées ne soient à la portée que

de peu de monde, ce serait une stupidité... mais je veux parler de cette intelligence fine et rapide qui fait que votre pensée est achevée

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