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DÉLIÉ, pour mince, transparent :
Cette coiffe est un peu trop déliée ; j'en vais querir une plus épaisse.

(Pourc. III. 2.) Pascal l'a employé au figuré : « Cette erreur est si déliée, que, pour peu qu'on s'en éloigne, on se trouve « dans la vérité. »

(3° Prov.) DEMAIN JOUR, comme demain matin :

Et tu m'avois prié même que mon retour

T'y souffrit en repos jusques à demain jour. (Ec. des mar. III. 2.) DE MA PART, pour ma part, quant à moi :

Je saurai, de ma part, expliquer ce silence. (Mis. V. 2.) DÉMÈLÉ, substantif; AVOIR DÉMÊLÉ AVEC QUELQU'UN: Il en a bien usé, et j'ai regret d'avoir démélé avec lui.

(D. Juan. III. 6.) DE MÊME, adverbe employé pour pareil, égal : C'est un transport si grand qu'il n'en est point de même.

(Ec. des mar. III. 2.) Jamais il ne s'est vu de surprise de même. (Tarl. IV. 5.) DÉMENTIR, désavouer, DÉMENTIR UN BILLET :

Ce billet démenti pour n'avoir point de seing....
- Pourquoi le démentir, puisqu'il est de ma main ?

(Don Garcie. II. 5.) Mais Molière jugea lui-même cette expression inexacte; et cinq ans plus tard, lorsqu'il transporta dans le Misanthrope une partie de cette scène de Don Garcie , il corrigea ces vers de la manière suivante :

Le désavouerez-vous pour n'avoir point de seing?

- Pourquoi désavouer un billet de ma main ? (Mis. IV. 3.) - DÉMENTIR QUELQU'UN DE :

A quoi bon se montrer, et, comme un étourdi,
Me venir démentir de tout ce que je di:

(L'EL, I. 5.) (Voyez MENTIR DE QUELQUE CHOSE.) - SE DÉMENTIR DE :

Tu te démens bientôt de tes bons sentiments, (Sgan. 23.)

DEMI; SANS (un substantif) NI DEMI :

Cette infâme,
Dont le coupable feu, trop bien vérifié,
Sans respect ni demi nous a cocufié.

(Sgan. 16.) Sans respect ni demi-respect, sans le moindre respect. DÉMORDRE DES RÈGLES : C'est un homme qui.... ne démordroit pas d'un iota des règles des anciens.

(Pourc. I. 7.) DENIER, pour exprimer l'ensemble d'une somme d'argent :

Quatre ou cinq mille écus est un denier considérable, et qui vaut bien la peine qu'un homme manque à sa parole.

(Pourc. III. 9.) Est un denier, et non pas sont un denier. (Voyez cet exemple, discuté au mot ce sont.) DENT, AVOIR UNE DENT DE LAIT CONTRE QUELQU'UN: C'est que vous avez, mou frère, une dent de lait contre lui.

(Mal. im. IV. 3.) Une rancune qui date d'aussi loin que possible, du temps où l'on était en nourrice. - EN DÉPIT DE NOS DENTS :

N'avons-nous pas assez des autres accidents

Qui nous viennent frapper, en dépit de nos dents. (Sgan. 17.) (Voyez dépIr.) - MALGRÉ MES DENTS : Ils m'ont fait médecin malgré mes dents. (Méd. m. lui. III. 1.) Quoi que je fisse pour m'en défendre..

Et, pour la mieux braver, voilà, malgré ses dents,

Martine que j'amène et rétablis céans. (Fem. sav. V. 2.) — AVOIR LES DENTS LONGUES, avoir faim; on suppose que la faim aiguise les dents :

Ou a le temps d'avoir les dents longues, lorsqu'on attend pour vivre le trépas de quelqu'un.

(Méd. m. lui. II. 2.) - ÊTRE SUR LES DENTS : La pauvre Françoise est presque sur les dents , à frotter les planchers que.... elc.

(B. Gent. III. 3.)

DÉPARTIR; SE DÉPARTIR DE ( un infinitif) :

(L'Av. IV.5.) iu uc i es pas aeparti a y prétendre ?

La préposition, ici, figure deux fois : à l'état libre et à l'état composé, comme en latin decedere de; deducere de; detrahere de ; decidere de, etc., etc.

(Voyez AMUSER (s”) a.)
DÉPIT, EN DÉPIT QUE J'EN AIE :
Il faut que je lui sois fidèle , en dépit que j'en aie. (D. Juan. I. 1.)
Je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aie.

(L'Av. III. 5.) Je prétends le guérir, en dépit qu'il en ait. (Pourc. II. 1.)

Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net,

D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait. (Fem. sav. V. 1.) Cette locution, en dépit que j'en aie, est l'analogue de cette autre, malgré que j'en aie, qui s'analyse très facilement.

Il faut partir, mal gré, c'est-à-dire , tel mauvais gré que j'en aie. C'est une sorte d'accusatif absolu.

(Voyez MALGRÉ QUE J'EN AIE.)

Mais dans l'autre expression on rencontre, de plus, la préposition en, dont rien ne justifie la présence. On ne dirait pas : en mal gré que j'en aie. Il semble que l'on aurait dû dire, avec une exacte parité : dépit que j'en aye, sans en. C'est que cet en n'est pas une préposition , mais une partie mal à propos séparée de l'ancien mot encépit : endépit, comme encharge, encommencement, et les verbes engarler, enrouiller, enseller un cheval, s'engeler, s'endemener, etc., qui sont les anciennes formes. La vraie orthographe serait donc endépit qu'on en ait , et la locution redevient parfaitement claire et logique. Ici, comme en une foule de cas , l'oreille entend juste , mais l’æil voit faux, parce que la main s'est trompée.

DÉPOUILLER (SE ) ENTRE LES MAINS DE QUELQU'UN: Amasser du bien avec de grands travaux , élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de l'un et de l'autre entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien. (Am. méd. I. 5.)

DEPUIS, suivi d'un infinitif, comme après :

Depuis avoir connu feu monsieur votre père... j'ai voyagé par tout le moude.

(B. Gent. IV. 5.) DE QUI, pour dont ou duquel :

Au mérite souvent de qui l'éclat vous blesse
Vos chagrins font ouvrir les yeux d'une maîtresse. (Dép. am. I. 2.)
Depuis huit jours entiers, avec vos longues traites,
Nous sommes à piquer deux chiennes de mazelles,
De qui le train maudit nous a tant secoués,
Que je me sens , pour moi , tous les membres roués. (Sgan. 7.)
Quoi! me soupçonnez-vous d'avoir une pensée
De qui son âme ait lieu de se croire offensée ? (Ibid. III. 4.)
Il court parmi le monde un livre abominable,

Et de qui la lecture est mème condamnable. (Mis. V. 1.) Il était bien facile à Molière de mettre duquel ; mais il paraît avoir eu, ainsi que tous ses contemporains, une répugnance décidée à se servir de ce mot, si prodigué de nos jours. De même :

Tous deux m'ont rencontrée, el se sont plaints à moi

D'un trait à qui mon cœur ne sauroit prêter foi. (Mis. V. 4.) Il était bien aisé de mettre auquel , si à qui eût été une faute. (Voyez LEQUEL évité.) DE QUOI, d'où ? comment ? De quoi donc connaissez-vous monsieur ?

(Am. méd. II. 2.) – VOILA BIEN DE QUOI!.... Hé bien? qu'est-ce que cela, soixante ans ? voilà bien de quoi !...

(L'Av. II. 6.) Il y a ici réticence d'un verbe, comme s'étonner, se récrier. DÉRACINER LES CARREAUX :

Nicole. — Et d'un grand maitre tireur d'armes , qui vient, avec ses batlements de pied, ébrauler toute la maison, et nous déraciner tous les carriaux de notre salle.

(B. Gent. III. 3.) DERNIER, extrême, summus :

Je vous vois accabler un homme de caresses ,
Et témoigner pour lui les dernières tendresses. (Mis. I. r.)

On dit qu'avec Bélise il est du dernier bien. . (Ibid. II. 5.) Les dernières violences du pouvoir paternel.

(L'Av. V. -4.) .... C'est pour une affaire de la dernière conséquence. (G..D. III. 4.)

C'est la locution favorite des précieuses : du dernier beau , du dernier galant; je vous aurois la dernière obligation; etc.

Mais Molière n'en prétend blâmer que l'abus, car lui-même en fait un usage fréquent, ainsi que Pascal :

« C'est là où vous verrez la dernière bénignité de la conduite de nos « pères. »

(Pascal, ge prov.)
DÉROBER, verbe actif, comme voler; DÉROBER QUEL-
QU'UN :
Pour aller ainsi vēlu, il faut bien que vous me dérobiez. (L'Av. I. 5.)

- DÉROBER (SE) D'AUPRÈS DE....:
Il vous dira... que... je me suis dérobée d'auprès de lui. (G. D. III. 12.)
DÉSATTRISTER :
Donnez-lui le loisir de se désattrister.

(L'ET. II. 14.) (Voyez dé, particule inséparable en composition.) DÉSAVOUER QUELQU'UN DE :

Et vous avez eu peur de le désavouler

Du trait qu'à ce pauvre homme il a voulu jouer. (Tart. IV. 3.) DÈS DEVANT, dès avant : -- Moi je vins hier? -- Sans doute ; et dès devant l'aurore Vous vous en êtes retourné.

(Amph. II. 2.) DÉSENAMOURÉ :

Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie

Soit désenamourée, ou si c'est raillerie ? (Dép. am. I. 4.) L'absence de ce mot ou d'un équivalent est une lacune sensible dans la langue. Nous sommes réduits à une circonlocution, comme : soit revenu de son amour. Enamouré est aussi une perte , mal dissimulée par amoureux.

On remarquera dans ce mot la présence de l's euphonique, qui• sert à lier sans hiatus les racines : (s) enamourer, comme (s) enfler, (s) habiller, (s) honorer, etc. Cette particule inséparable en composition n'est autre que le de la

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