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NOEUDS :
Je voudrois de bon cæur qu’on påt entre vous đềux

De quelque ombre de paix raccommoder les nàuds. (Tart. V. 3.) Une ombre n'a point de noeuds; ainsi on ne raccommode pas les næuds d’une ombre.

L'hymen ne peut nous joindre, et j'abhorre des næuds
Qui deviendroient sans doute un enfer pour tous deux.

(D. Garcie. I. 1.) Comment des noeuds peuvent-ils devenir un enfer?

AUDIENCE :

Et je vois sa raison D'une audience avide avaler ce poison. (D. Garcie. tl. 1.) On ne peut se figurer quelqu'un avalant par l'oreille. Les Latins , plus hardis que nous dans leurs métaphores, disaient bien : densum humeris bibit aure vulgus (Horace.) Cette image en français paraîtrait ridicule , pour être trop violente. Il faut tenir compte de l'usage.

FACE :
Et je ře vis contrainte å demeurer d'accord
Que l'air dont vous viviez vous faisoit un peu tort;

Qu'il prenoit dans le monde une méchante face.
La face d'un air?

(Mis. III. 5.)

PRÊTER LÈS MAINS :

A vous préter les mains ma tendresse consent. (Mis. IV. 3.) On ne conçoit pas bien ce que c'est que les mains d'une tendresse, ni une tendresse qui prête les mains. Mais ici l'excuse de Molière peut étre que préter les mains est une locution reçue pour dire seconder, et qu'ainsi le sens particulier de chaque mot se perd dans le sens général de l'expression. La même observation se reproduit sur ce vers :

Pourvu que votre écur' veuille donner les mains

Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains. (Mis. V.7.) Les mains d'un cour sont encore plus choquantes que les mains d'une tendresse.

BRAS

Un souris chargé de douceurs
Qui tend les bras à tout le monde.

(Psyché. I. 1.)

DENTS :

Tout cet embarras met mon esprit sur les dents. (Amph. I. 2.) Il est superflu de remarquer que les dents d'un esprit , bras d'un souris , sont des images aussi forcées que les mains d'une tendresse ou d'un cour.

les

Les vers suivants présentent une suite d'images tout à fait incohérentes. Il s'agit des ornements gothiques :

Ces monstres odieux des siècles ignorants,
Que de la barbarie ont produits les torrents,
Quand leur cours , inondant presque loute la terre,

Fit à la politesse une mortelle guerre. (La Gloire du Val de Grâce.) Comment les torrents de la barbarie peuvent-ils produire des monstres odieux dont le cours inonde la terre ? Il faut avouer que La Bruyère n'avait pas tort d'appliquer à ce style le nom de galimathias; mais il avait tort d'appliquer ce jugement au style de Molière en général.

Peut-être faut-il lire, au troisième vers ; quand son cours ; ce serait alors le cours de la barbarie, et non le cours des monstres. Le passage, après cette correction, n'en serait guère moins mauvais. Il est bien étonnant que Molière, au moment où il venait de donner Tartuse et le Misanthrope, pût écrire des vers comme ceux-là et comme les suivants :

Louis, le grand Louis, dont l'esprit souverain
Ne dit rien au hasard et voit tout d'un oil sain,
A versé de sa bouche , à ses grâces brillantes ,
De deux précieux mots les douceurs chatouillantes;
Et l'on sait qu'en deux mots ce roi judicieux

Fait des plus beaux travaux l'éloge glorieux.
Les précieuses et l'abbé Cotin ont dû se croire vengés.

(Voyez d'autres exemples de métaphores vicieuses aux mots AIGREUR, CHAMP, LANGUE,

RESSORTS, ROIDIR, TRACER , TRAITS, VERSER ,

VISAGE,

etc., etc.)

PEINDRE EN ENNEMIS

METTRE, absolument, mettre son chapeau, se couvrir : Mettons donc sans façon.

(Ec. des fem. III. 4.) Allons, mettez. Mon Dieu, mettez. Mettez, vous dis-je, monsieur Jourdain ; vous êtes mon ami.

(Bourg. gent. III. 4.)

METTRE DESSUS, même sens :
Mettez donc dessus, s'il vous plaît.
Mettez dessus la tête.

(Mar. for, 2.)

SE METTRE, se vêtir:
Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter,
Qu'on serait mal venu de me le disputer.

(Mis. III. 1.) Voilà ce que c'est que de se mettre en personne de qualité !

(B. gent. II. 9. METTRE A...., appliquer à : C'est une fille de ma mère nourrice que j'ai mise à la chambre, et elle est loute neuve encore.

(Comtesse d'Esc. 4.) - METTRE A BAS, métaphoriquement, renverser, terrasser :

C'est maintenant que je triomphe, et j'ai de quoi mettre à bas votre orgueil.

(Georges D. III. 8.) METTRE ABOUT UNE AME:

Et n'est-ce pas pour mettre à bout une âme ! (Amph. II. 6.)

METTRE A TOUTE OCCASION ; mettre une chose à toute occasion , en faire abus , la profaner :

Mais l'amitié demande un peu plus de mystère,
Et c'est assurément en profaner le nom
Que de vouloir le mettre à toule occasion.

(Mis. I. 2.)

METTRE AU CABINET :

Franchement, il est bon à mettre au cabinet. (ibid. I. 2.) On a beaucoup disputé sur le sens de cette expression. Les uns veulent que ce soit : bon à serrer, loin du jour, dans les tiroirs d'un cabinet (sorte de meuble alors à la mode); les autres prennent le mot dans un sens moins délicat, et qui s'est attaché à ce vers, devenu proverbe. Je crois que Molière a cherché

l'équivoque. Et qu'on ne dise pas que la grossièreté du second sens est indigne d’Alceste; Alceste est poussé à bout; et lui, qui ne s'est pas refusé tout à l'heure une mauvaise pointe sur la chute du sonnet, ne paraît pas homme à refuser à sa colère un mot à la fois dur et comique, bien que d'un comique trivial. C'est justement cette trivialité qui fait rire, par le contraste avec le rang et les manières habituelles d'Alceste. METTRE AUX YEUX, devant les

yeux :
Je lui mettois aux yeux comme dans notre temps
Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.

(Mis. I. 2.)
Me mettre aux yeux que le sort implacable
Auprès d'elles me rend trop peu considérable. (Mélicerte. II. 1.)
Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux. (Tart. I. 1.)
METTRE BAS , quitter, déposer :
Qui, moi, monsieur ? — Oui, vous. Mettons bas toute feinte.

(Ec. des mar. II. 3.) Allons donc, messieurs, mettez bas toute rancune. (Am, méd. III. 1.)

METTRE DANS UN DISCOURS, DANS UN PROPOS :
Si, pour les sots discours l'on peut être mis ,
Il falloit renoncer à ses meilleurs amis.

(Tart. I. 1.) Et pour ne vous point mettre aussi dans le propos. (Fem. sav. IV.3.) - METTRE EN ARRIÈRE , déposer, quitter :

De grâce, parle , et mets ces mines en arrière. (Mélicerte. I. 3.)
METTRE EN COMPROMIS, compromettre ;
C'est un brave homme ; il sait que les cæurs généreux
Ne mettent point les gens en compromis pour eux.

(Dép. a. . .) METTRE EN MAIN,

confier :
Et l'on m'a mis en main une bague à la mode
Qu'après vous payerez, si cela l'accommode. (L'Et. I. 6.)
METTRE EN MAIN QUELQU'UN A UN AUTRE :
Pour moi, je ne ferai que vous la mettre en main.

(Ec. des fem. V. a.) Je ne ferai que remettre Agnès entre vos mains.

vous.

METTRE PAR ÉCRIT : Une autre fois je mettrai mes raisonnements par écrit, pour disputer avec

(D. Juan. I. 2.) Brossette rapporte que Boileau , dans l'épître à son jardinier, avait mis d'abord :

« Mais non; tn te souviens qu'au village on t'a dit

Que ton maitre est gagé pour mettre par écrit
« Les faits d'un roi, etc. »
Il changea le second vers de cette façon :
Que ton maître est nommé

pour
coucher

par

écrit. » Apparemment gagé lui parut manquer de dignité, et coucher par écrit lui sembla une expression rustique d'un effet plus piquant que l'expression ordinaire, mettre par écrit.

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MEUBLE, comme nous disons mobilier :

Vos livres éternels ne me contentent pas;
Et , hors un gros Plutarque à mettre mes rabats,
Vous devriez brûler tout ce meuble inutile. (Fem. sav. II. 7.)

MEUBLÉ DE SCIENCE :

Mais nous voulons montrer. ....
Que de science aussi les femmes sont meublées. (Pem. sav. III. 2.)

MIEUX, le mieux :

Nous verrons qui tiendra mieux parole des deux. (Dép. am. II. 2.)

C'est par là que son feu se peut mieux expliquer. (D. Garcie. I. 1.) (Voyez plus pour le plus.)

DU MIEUX QUE pour le mieux que : Voilà une personne..... qui aura soin pour moi de vous traiter du mieux qu'il lui sera possible.

(Pourc, I. 10.) (Voyez de exprimant la manière, la cause.)

MIGNON DE COUCHETTE :

Le voilà le beau fils, le mignon de couchette !

(Sgan. 6.)

MIJAURÉE. (Voyez PIMPESOUÉE.)

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