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SGAX.

Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents l'un de l'autre.

(Don Juan. I. 2.) Il s'agit d'un amant et de sa fiancée.

Des vers tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à deut personnes qui disent les choses d'eux-mêmes et parlent sur-le-champ.

(Mal, im. II. 6.) PERSONNE DU MONDE, personne absolument : Quoi , cousine , personne ne t'est venu rendre visite ? Personne du monde.

(Crit. de l'Ec. des femmes. 1.) On observera que le mot personne est affirmatif de soi; il sert ici à nier, parce que la pensée le rattache à la négation renfermée dans l’ellipse : personne n'est venu me rendre visite.

PERSONNE. Verbe à une autre personne que son sujet : VALERE. Je vous demande si ce n'est pas vous qui se nomme Sganarelle.

En ce cas, c'est moi qui se nomme Sganarelle. (Méd.m. lui. I. 6.) Plus loin , Molière a mis, en observant le rapport

des

personnes : Onais ! seroit-ce bien moi qui me tromperois :

(Ibid.) Et que me diriez-vous, monsieur, si c'était moi Qui vous eit procuré cette bonne forlune? (Dépit am. III. 7.)

Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier. Racine a dit pareillement : « Il ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse. »

(Britannicus.) Les grammairiens, depuis Vaugelas, ont décidé qu'il faut toujours le verbe à la première personne, parce que le pronom y est. La raison paraît douteuse, car il y a aussi un autre verbe qui est placé le premier, et qui est à la troisième personne. Pourquoi l'accord ne se ferait-il pas aussi bien avec ce premier verbe qu'avec le pronom qui le suit ?

Celui qui se nomme Sganarelle, c'est moi; a procuré cette bonne fortune, c'est moi ; - celle qui se ferait prier, ce ne serait pas moi : — voilà comme on serait obligé de parler pour satisfaire la logique. Et parce que l'ordre des mots est renversé, le rapport des termes de l'idée change-t-il aussi? Non sans doute. La facilité que laissait l'usage du xvil siècle

(Sgan. 2.)

celui qui

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me semble donc, en principe, plus raisonnable que la loi étroite du xixe. Il est certain d'ailleurs que cette rigueur ne produirait pas toujours un bon effet dans l'application. Par exemple, il n'en coûtait pas davantage à Racine de mettre :

Il ne voit dans ses pleurs que moi qui m'intéresse. Mais la pensée ne se présente plus du tout de même. Junie ne veut pas dire : Moi seule je m'intéresse dans ses pleurs ; mais : Qui est-ce qui s'intéresse dans ses pleurs ? - Moi seule. Dans la première tournure, l'idée qui frappe d'abord, c'est la personne de Junie; dans la seconde, c'est l'isolement et l'abandon de Britannicus. L'une est propre à irriter Néron, l'autre à le désarmer.

Ces délicatesses font le caractère des grands écrivains; et les despotes de la grammaire, avec leur précision géométrique, tendent à les rendre impossibles : ils matérialisent la langue.

PESTE; LA PESTE SOIT, LA PESTE SOIT FAIT; exclamation, suivie du nominatif; LA PESTE DE :

La peste le coquin! La peste le benét! (Don Juan. III. 6. et V. 2.) Peste soit le coquin, de battre ainsi sa femme! (Méd, m. l. I. 2.)

C'est une inversion : que le coquin soit la peste, c'est-à-dire, soit empesté, devienne la peste elle-même.

La peste soit fait l'homme et sa chienne de face! (Ec. des f. IV. 2.)

La peste de ta chute, empoisonneur au diable ! (Mis. I, 2.) Peste du fou fieffé! - Peste de la carogne ! (Med. m. lui. I. 1.)

PÉTAUD; LA COUR DU ROI PÉTAUD:

Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud. (Tart. I. 1.) Les commentateurs , avec assez d'apparence, veulent que ce soit la cour du roi Peto, du roi des mendiants, où règnent le désordre et la confusion. Le mot pétaudière confirme l'autre orthographe.

PETITE OIE, terme de toilette :

MASCARILLE. Que vous semble de ma petite vie ? la trouvez vous congruante à l'habit?

(Préc. rid. 10.) « Petite oye est ce qu'on retranche d'une oye quand on l'habille pour la faire rostir, comme les pieds, les bouts d'aile, le cou, le foye, le gesier. » (Trévoux.) C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un abatis.

Par une métaphore facile à comprendre, petite oie a désigné les accessoires de la toilette , plumes , rubans, dentelles, dont à cette époque le costume masculin était fort chargé :

« Ne vous vendrai-je rien, monsieur ? des bas de soie ,
« Des gants en broderie, ou quelque petite oie ? »

(CORNEILLE. La Galerie du Palais.) La petite oie signifiait aussi , par une métaphore analogue , les plus légères faveurs de l'amour.

PETONS, diminutif de pieds : Ah! que j'en sais, belle nourrice ,.... qui se tiendroient heureux de baiser seulement les petits bouts de vos petons ! (Méd. m. I. III. 3.)

(Voyez BOUCHON.)

PEU pour un peu :

Vous le voyez : sans moi vous y seriez encore,

Et vous aviez besoin de mon peu d'ellebore. ( Sgan. 22.) La suivante veut dire : Vous aviez besoin de ce peu de jugement que m'a départi le ciel. Mais, à prendre sa phrase dans le sens ordinaire de cette tournure, elle dirait : Vous aviez besoin que j'eusse peu de jugement. Votre

peu

de foi vous a perdu. · Vous êtes perdu pour avoir eu trop peu de foi. C'est le sens régulier. Votre

peu de foi vous a sauvé. C'est-à-dire , il vous a suffi d'un peu de foi pour être sauvé. C'est le sens exceptionnel que donne ici Molière à cette façon de parler. L'équivoque, sans compter l'usage, ne permet pas de l'admettre.

Voltaire parle plus correctement que Molière , quand il fait dire à Omar :

« Je voulus le punir, quand mon peu de lumière
« Méconnut ce grand homme entré dans la carrière. »

(Mahomet. I. 4.)

QUELQUE PEU :
J'en avois fait à sa mère quelque peu d'ouverture.

(L'Av, II. 3.)

PEUR DE, adverbialement, de peur de :

ALAIN.

J'empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte.

(Ec. des fem. I. 2.) On dit de même, mais légitimement , faute de, crainte de. Manque de, souvent employé par Pascal , est aujourd'hui hors d'usage. Toutes ces locutions sont autant d'accusatifs ou d'ablatifs absolus. Si l'on admet les unes , il paraît inconséquent de rejeter les autres, d'approuver faute de, et de blâmer peur de. On allègue l'usage ; mais, en bonne grammaire, l'usage nouveau ne devrait point établir de prescription définitive, surtout contre la logique appuyant l'ancien usage. PEUT-ÊTRE... ET QUE: Peut-être a-t-il dans l'âme autant que moi de crainte ,

Et que le drôle parle ainsi,
Pour me cacher sa peur sous une audace feinte. (Amph. I. 2.)
PHILOSOPHE, adjectif comme philosophique :

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage. (Mis. I. 1.)
Et je crois qu'à la cour, aussi bien qu'à la ville ,
Mon flegme est philosophe autant que votre bile.

(ibid.) Qu'il a bien découvert ici son caractère,

Et que peu philosophe est ce qu'il vient de faire. (Fem. sav. V. 5.) • C'étoit la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie.

(Pascal. Pensées.) « Le plus philosophe étoit de vivre simplement. » (Id. Ibid.)

PHILOSOPHE, substantif féminin :

C'est une philosophe enfin ; je n'en dis rien. (Fem. sav. II. 8.) PHLÉBOTOMISER, archaïsme , pour saigner : jer médecin. Je suis d'avis qu'il soit phlebotomisé libéralement.

(Pourc, I. 11.) PIC ou PIQUE, aux cartes : Molière écrit les deux :

O la fine pratique!
Un mari confident! – Taisez-vous, as de pique! (Dép. am. V. 9.)
Dame et roi de carreau, dix et dame de pique. (Fåcheux. II. 2.)
Mais lui fallant un pic, je sortis hors d'effroi.

(ibid.) Il ne m'en faut que deux, l'autre a besoin d'un pic. (ibid.)

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Molière altère ici l'orthographe pour le besoin de la rime. Pic, ainsi figuré, signifie autre chose que pique : c'est un terme du jeu de piquet : pic, repic et capot:

Vous allez faire pic, repic et capot tout ce qu'il y a de galant dans Paris.

(Préc. rid. 10.) Philis, contre la mort vainement on réclame:

« Tôt ou tard qui s'y joue est fait pic et capot, » (BeNSERADE.) PIÈCE; BONNE PIÈCE, ironiquement: Taisez-vous, bonne pièce!

(G. D. I. 6.) (Voyez bon.)

FAIRE UNE PIÈCE, jouer un tour : Cet homme-là est un fourbe qui m'a mis dans une maison pour se moquer de moi, et me faire une pièce.

(Pourc. II. 4.) C'est une pièce que l'on m'a faite , et je n'ai aucun mal. (Ibid. I. 7.) Ce sont des pièces qu'on lui fait.

(Ibid. III. 9.) « Ce ne fut pas sans la garder bonne à Esope , qui tous les jours faisoit « de nouvelles pièces à son maitre. »

(La Font. Vie d'Esope.) PIED; METTRE SOUS LES PIEDS, pour mépriser , négliger :

Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes ,
Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes. (Sgan. 18.)

PIED A PIED, pas à pas, petit à petit :
Pied à pied vous gagnez mes résolutions.

(B. Gent. III, 18.) PILULE; DORER LA PILULE: Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule.

(Amph. III. 11.) PIMPESOUÉE: Voilà une belle mijaurée, une pimpesouée bien bâtie, pour vous donner tant d'amour !

(B. gent. III. 9.) « Pimpesouée , femme qui montre des prétentions, avec de petites manières affectées et ridicules. Pimpesouée vient probablement du vieux verbe pimper, qui signifie parer, attifer, dont il nous reste pimpant, et du vieil adjectif souef, souefve, qui voulait dire doux, agréable,

(M, AUGER.)

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