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Et voulez-vous, charmé de ses rares mérites,
M'obliger à l'aimer, et souffrir ses visites ? (Ec. des mar. II. 14.)

En quelle impatience
Suis-je de voir mon frère et lui conter sa chance! (ibid. III. 2.)
Mais je ne suis pas homme à gober le morceail,
Et laisser le champ libre aux yeux d'un damoiseau.

(Ec. des fem. II. 1.)

Il ne veut obtenir
Que le bien de vous voir et vous entretenir.

(Ibid. II. 6.) Employons ce temps à répéter notre affaire, et voir la manière dont il faut jouer les choses.

(Impromptu. 1.)
C'est de ne plus souffrir qu'Alces vous prétende;
De le sacrifier, madame, à mon amour;
Et de chez vous enfin le bannir sans retour.

(Mis. V. 2.)
Je vous promets ici d'éviter sa présence,
De faire place au choix où vous vous résoudrez,
Et ne souffrir ses veux que quand vous le voudrez.

(Mélicerte. II. 4.)
Mais mon secours pourra lui donner les moyens
De sortir d'embarras et rentrer dans ses biens. (Tart. II. 2.)
Pour m'ouvrir une voie à prendre la vengeance
De son hypocrisie et de son insolence,

A détromper un père, et lui mettre en plein jour
L'âme d'un scélérat qui vous parle d'amour. (ibid. III. 4.)
Ce seroit mériter qu'il me la vînt ravir (l'occasion),
Que de l'avoir en main, et ne pas

servir.

(ibid.) Un ordre de vider d'ici , vous et les vôtres,

Mettre vos meubles hors , et faire place à d'autres. (Ibid. V. 4.) On sait qu'une épître dédicatoire dit tout ce qu'il lui plaît, et qu'un auteur est en pouvoir d'aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu'il a la liberté de s'y donner autant qu'il veut l'honneur de leur estime, et se faire des protecteurs qui n'ont jamais songé à l'être. (Ep. ded. d'Amphitryon.)

Cette tournure est ici d'autant plus remarquable, que l'épître est écrite avec un soin particulier, comme adressée au prince de Condé, aussi fin connaisseur dans les choses d'esprit que grand capitaine.

Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence
Que de chanter et m'étourdir ainsi ?

(Amph. I. 2.)

m'en

Il me prend des tentations d'accommoder son visage à la compote, et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes.

(G. D. II. 4.)
J'aime bien mieux, pour moi, qu'en épluchant ses herbes
Elle accommode mal les noms avec les verbes,
Et redise cent fois un bas ou méchant mot,
Que de brûler ma viande, ou saler trop mon pot. (Fem. sav. II.7.)
Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes ,
De cette indigne classe où nous rangent les hommes,
De borner nos talents à des futilités,
Et nous fermer la porte aux sublimes clartés. (Ibid. III. 2.)
Appelez-vous, monsieur, être à vos væux contraire,
Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire,
Et vouloir les réduire à cette pureté. ...

(Ibid. IV. 2.) La multiplicité de ces exemples, tant en vers qu'en prose, fait assez voir que Molière, en supprimant en poésie la préposition une fois exprimée , ne cédait pas à la contrainte de la mesure; il suit la coutume de tous les écrivains du xvi1e siècle. Je n'en apporterai qu'un exemple; il est de la Fontaine, et curieux à cause de la longueur de la période, et du nombre de verbes devant lesquels il faut suppléer le de mis au commencement.

Ésope , pour toute punition, lui recommanda d'honorer les dieux et « son prince; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux au« tres; bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret; parler « peu, et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser abattre au

malheur; avoir soin du lendemain..... surtout n'étre point envieux « du bonheur ni de la vertu d'autrui.. ? (La Fontaine.Vie d'Esope.)

PRESCRIT, fixé, déterminé d'avance, et non pas ordonné :

Pensez-vous qu'à choisir de deux choses prescrites,
Je n'aimasse pas mieux être ce que vous dites.....

(Éc. des fem. IV. 8.) C'est le sens du latin præscriptus, écrit d'avance.

PRÉSENT DU SUBJONCTIF, en relation avec l'imparfait :

Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider? (Med. m. l. I. 5.) Ici l'imparfait serait-ce est une forme convenue pour repré

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senter le présent est-ce : Est-ce quelque chose où je vous puisse aider? Ainsi, la correspondance des temps n'est réellement pas troublée. PRESSER QUELQU'UN D'UNE COURTOISIE:

Toute la courtoisie enfin dont je vous presse. (Ec. des fem. IV. 4.)
PRÊT A, près de, sur le point de:
Je vous vois prét, monsieur, à tomber en foiblesse. (Sgan. 11.)

Si c'est vous offenser,
Mon offense envers vous n'est pas préte à cesser. (Fem. sav. V. 1.)
PRÊT DE, disposé à , sur le point de:

Ajoute que ma mort
Est préte d'expier l'erreur de ce transport. (Dép. am. I. 2.)
Molière, en ce sens, a dit deux fois prét à :

Le voilà prêt à faire en tout vos volontés. (Ibid. III. 8.)
Et que me sert d'aimer comme je fais, hélas !

Si vous êtes si prête à ne le croire pas ? (Mélicerte. II. 3.) Mais son habitude est prét de :

Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prét de mourir pour vous en venger.

(Pr. d'El. V. 2.) Vous n'avez qu'à parler, je suis prêt d'obéir. (Mélicerte. II. 5.) Et il n'y a pas quatre mois encore, qu'étant toute préte d'étre mariée, elle rompit tout net le mariage..

(L'Av. II. 7.) Je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit. (Ibid. V. 5.) Est-il l'heure de revenir chez soi quand le jour est prêt de paroître ?

(G. D. III. 11.) Quelques éditions modernes ont imprimé ici près de; cette correction, ou plutôt cette infidélité, est impossible dans les exemples qui précèdent.

Tous les grands écrivains du xviie siècle ont employé prét de pour disposé à :

« Qu'on rappelle mon fils, qu'il vienne se défendre ;
« Qu'il vienne me parler, je suis prêt de l'entendre.

(RACINE. Phèdre. V.5.) Le bon usage donnait même la préférence à prét de : « Lorsque prét signifie sur le point , prêt de est beaucoup meilleur. »

(BOUHOURS, Rem. nouv.)

) « Elle estoit preste d'accoucher, » (SCARRON. Rom. com. I. 13.)

« Je le vis tout prest d'abandonner son bucéphale , pour marcher à pied « à la teste des fantassins. »

(ST.-ÉVREMOND. Conv. du P. Canaye. éd. de Barbin, 1697.)

LA SERRE,

Es-tu si prét d'écrire

CASSAIGNE.

CC

Es-tu las d'imprimer ? » (BOILEAU.)
Dites un mot, seigneur, soldats et matelots
Seront prêts avec vous de traverser les flors. »

(CRÉBILLON. Electre.) « Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie, est en« core prét de suivre les consuls. »

(VERTOT.) « Ils coururent chez un de ses oncles où il s'étoit retiré, et d'où il étoit « pret de sortir pour aller se battre. » (FLÉCHIER. Les Grands Jours, p. 194.)

Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d'amour, toute préte de réparer « cette faute si son mari le souhaitoit, et quand même il ne le souhaiteroit « pas. »

(La Font. Psychè. I. 1.) C'est paratus de au lieu de paratus ad. La première forme était celle qu'avait choisie le moyen âge :

« S'il y est, il sera tout prest
« De vous payer à la raison. (Le Nouv. Pathelin.)

Ouy, mon amy, je suis prest
« De vous despescher vistement. »

(ibid.) « Je suis tout prest de recevoir. »

(ibid.) Les grammairiens modernes reconnaissent l'emploi de prét de dans tous les écrivains du xviie siècle, et, en le tolérant comme un archaïsme, ils s'avisent d'une distinction subtile autant qu'elle est chimérique : Pret de, disent-ils , s'employait pour disposé à , mais non jamais pour signifier sur le point de, car il fallait toujours alors mettre l'adverbe près de.

On voit par les exemples de Molière la vanité de cette règle. Ma mort est préte d'expier ce transport; étant toute préte d'étre mariée....; ~ le jour est prêt de paroître, ne sont pas des phrases où l'on puisse substituer disposé à.

La distinction rigoureuse et constante entre l'adverbe près (presso) et l'adjectif prét (paratus ) paraît être venue tard : c'est un des résultats heureux, je crois, de l'analyse moderne. Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l'oreille

identifie; et quant aux compléments à ou de, comme ils s'employaient sans cesse et correctement l'un pour l'autre, ils ne pouvaient qu'entretenir la confusion, loin de l'empêcher.

PRÊTE-JEAN:

C'est ainsi que Molière écrit, et non prétre Jeån, personnage qui est appelé, dans les chroniques latines, presbyter Joannes, et pretiosus Joannes. J. Scaliger était pour le dernier. . Ce qui s'agite dans les conseils du préte-Jean ou du Grand Mogol.

(Comtesse d'Escarb. 1.) « On appela d'abord prétre Jean un prince tartare qui combattit Gengis. Des religieux envoyés auprès de lui prétendirent qu'ils l'avaient converti, l'avaient nommé Jean au baptême, et même lui avaient conféré le sacerdoce : de là cette qualification de prétre Jean, qui est devenue depuis, on ne sait pourquoi, celle d'un prince nègre, moitié chrétien schismatique et moitié juif. C'est de ce dernier qu'il est question ici.

(M. AUCER.) Voici à présent l'explication de Trévoux :

« Prestre Jean. On appelle ainsi l'empereur des Abyssins, parce que autrefois les princes de ce pays étoient réellement prestres, et que le mot Jean, en leur langue, veut dire Roi.

« ..... Le nom de prestre Jean est tout à fait inconnu Éthiopie; et cette erreur vient de ce que ceux d'une province où ce prince réside souvent, quand ils lui veulent demander quelque chose, crient Jean coi, c'est-à-dire, mon roi. » C'est le cas de s'écrier aussi, avec le bonhomme Trufaldin :

Oh! oh! qui des deux croire ? Ce discours au premier est fort contradictoire. Ceux qui voudront en lire davantage sur le prétre ou préte Jean, peuvent consulter Du Cange au mot Presbyter Joannes.

en

PRÉTENDRE QUELQU'UN, QUELQUE CHOSE :

C'est inutilement qu'il prétend done Elvire. (D. Garcie. I. 1.)
Donnez-en à mon cæur les preuves qu'il prétend, (Ibid. 1.5.)
Quoi! si vous l'épousez, elle pourra prétendre
Les mémes libertés que fille on lui voit prendre ? (Ec, des mar, I. 2.)

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