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de Scapin, M. Auger a reçu partout dans son texte cette leçon : « Que diable allait-il faire a cette galère ? » et il met au bas de la page : « Variante : DANS cette galère, » sans indiquer d'où est prise la nouvelle leçon qu'il adopte. Mais on doit la supposer certaine, puisque, dans sa préface, M. Auger assure qu'il a donné partout le texte vrai, le texte des éditions originales (1).

Les Fourberies de Scapin furent représentées pour la première fois en 1671, le 24 mai. L'édition originale donnée par l'auteur est de la même année, chez Pierre Lemonnier. On lit à la suite du privilége: « Achevé

d'imprimer le 18 aoust 1671. » On ne peut douter que ce ne soit bien là la première édition. Eh bien ! dans la scène dont il s'agit, il y a partout, dans cette galère (2).

Dans Tartufe, acte V, scène rre:

ORGON.

Quoi ! sur un beau semblant de ferveur si touchante,

Cacher un caur si double, une âme si méchante ! « Toutes les éditions, dit M. Auger, toutes les éditions sans exception portent sur un beau semblant. Cependant, cacher un caur double sur un beau semblant est une figure si peu exacte dans les termes, et il était si naturel d'écrire sous un beau semblant, qu'il est impossible de ne pas supposer une faute d'impression. »

La première édition de l'Imposteur est de 1669,

(1) « Un point sur lequel je m'exprimerai avec une entière assurance, « parce qu'il est un pur objet de patience et d'exactitude, c'est la correc« tion du texte........ J'ai suivi ces éditions originales avec une exactitude scrupuleuse. (Avertissement, p. XVIII et XXII).

(2) Cette pièce est fort rare; la bibliothèque du Roi ne la possède pas. Je dois à l'obligeance de M. A. F. Didot d'avoir pu faire cette vérification, et beaucoup d'autres non moins importantes.

et le titre porte cette note : Imprimé aux despens de l'autheur (1). Ainsi, pour le remarquer en passant, ce chef-d'æuvre du génie humain, qui devait faire la gloire éternelle de la France et la fortune de tant de libraires, Tartufe, à son apparition, ne put trouver un éditeur! l'auteur fut obligé de l'imprimer à ses dépens. Le trait m'a semblé digne d'être recueilli, ne fût-ce que pour

la consolation de tant d'auteurs contemporains, qui, ayant déjà ce point de commun avec Molière, pourront rêver le reste , et se promettre dans la postérité l'achèvement de la ressemblance.

Je n'ai point examiné toutes les autres éditions de Tartufe ; sur le témoignage de M. Auger, je crois volontiers qu'elles portent sur un beau semblant; mais je puis affirmer que l'édition de 1669,

l'édition de 1669, l'édition originale, donne SOUS un beau semblant.

Si j'ai relevé ces deux erreurs, ce n'est pas pour accuser mon prochain, mais plutôt pour me faire un droit à l'indulgence, en montrant combien, dans le travail même le plus soigné et le plus consciencieux, il est difficile de se garantir de toute inexactitude.

Les exemples ont été disposés dans l'ordre chronologique des pièces, afin qu'on puisse remarquer les progrès du style de Molière. J'ai pris soin d'indiquer le nom du personnage qui parle, toutes les fois que son caractère ou sa condition pouvait suggérer quelque doute sur la pureté de son langage, par exemple, si c'est un valet, un pédant, une précieuse, etc.

Pour faciliter les vérifications, je dois prévenir que

(1) De la bibliothèque de M. A. F. Didot.

lorsque je cite les cuvres de Voltaire, tel volume, telle page, il s'agit de l'édition de M. Beuchot;

Les Pensées de Pascal, c'est le texte donné par M. Cousin, et suivi d'un petit lexique qui m'a servi d'un utile auxiliaire ;

Les fabliaux de Barbazan, c'est l'édition originale, en trois volumes in-12, et non celle de M. Méon, en quatre volumes in-8°;

Montaigne, c'est l'édition Variorum du Panthéon littéraire.

J'ai rencontré souvent l'occasion de toucher à des théories ex posées dans mes Variations du langage français , soit pour m'en appuyer, soit pour les fortifier. Ces théories ne se trouvant point ailleurs, on me pardonnera, j'espère, comme une nécessité de position, d'y renvoyer quelquefois. Ce n'est pas pour la satisfaction puérile de me citer moi-même; c'est pour épargner le temps du lecteur.

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VIE DE MOLIÈRE.

CHAPITRE PREMIER.

Naissance de Molière. Ses études. - Il se fait comédien ambulant.

Il débute à Paris par les Précieuses ridicules.

L'histoire des grands écrivains est l'histoire de leurs ouvrages. C'est là que viennent se refléter, comme en un miroir, leur coeur et leur esprit, tout ce qu'il importe de connaître d'un homme.

Jean-Baptiste Poquelin, qui prit plus tard le nom de Molière, fut baptisé à Paris, dans l'église de SaintEustache, le 15 janvier 1622 (1). Le public, qui attache un grand prix aux circonstances matérielles de la vie des hommes illustres, a longtemps répété que Molière naquit sous les piliers des Halles. Des découvertes récentes constatent qu'en 1622 le père de Molière, tapissier, habitait, au coin de la rue des Vieilles-Étuves et de la rue Saint-Honoré, une maison appelée la

(1) On n'a point la date positive de la naissance de Molière, mais on a l'acte de mariage de ses père et mère, du 27 avril 1621. Tous les anciens biographes de Molière le font naître, par une erreur manifeste, en 1620 ou 1621. Il est probable qu'il fut baptisé le jour même de sa naissance ; s'il en était autrement, l'acte de baptême l'indiquerait, selon l'usage constant du dix-septième siècle.

maison ou le pavillon des Singes, à cause d'un poteau sculpté placé à l'encoignure, et représentant des singes grimpés sur un pommier. Les amateurs de rapprochements et de présages ne perdront rien à transporter le berceau de notre poëte comique de la maison des Halles à la maison des Singes. Au reste, cette maison est aujourd'hui démolie, et une partie de l'emplacement a servi à élargir la voie publique. Cela n'empêche pas qu'une inscription officielle ne désigne comme maison natale de Molière une maison de la rue de la Tonnellerie. De même, dans le cimetière de l'Est , vous verrez un sarcophage décoré du nom de Molière, et un autre du nom de la Fontaine, bien que depuis longtemps les cendres de Molière et celles de la Fontaine aient été égarées ou dispersées. Ces monuments trompeurs sont destinés à amuser la curiosité publique; c'est, si l'on veut, une sorte d'hommage à d'illustres mémoires : mais, si l'on prend les choses au sérieux, il faut chercher à Paris ni le berceau ni la tombe de Molière.

Les Poquelin étaient tapissiers de père en fils, et même, depuis Louis XIII, tapissiers valets de chambre du roi. Jean-Baptiste, comme l'aîné de dix enfants, était réservé à ce glorieux héritage; il s'en créa par son génie un plus glorieux encore. Cependant, comme on ne peut, quelque chemin qu'on prenne, éviter complétement sa destinée, Molière porta plus tard le titre de valet de chambre du roi; seulement il n'en fut pas tapissier.

A cette époque, l'instruction était l'apanage exclusif de la noblesse et du clergé; les bourgeois, voués au commerce, n'étudiaient point. Le génie de Molière ne s'accommoda pas de l'ignorance traditionnelle; le besoin impérieux d'apprendre ne tarda pas à se révéler

ne

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