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J'AI reçu enfin la réponse sur le bien de M..... ! elle est, en vérité, un peu trop sincère (1). Si on avoit toujours donné de pareils mémoires, quand il a été question de mariages, il y en a bien au monde qui ne seroient pas faits. Des dettes en quantité, des terres sujettes à la taille, de la vaisselle d'argent en gage : bon Dieu! quels endroits ! Mais que sont devenus tous ces beaux meubles, ces grands brasiers, ces plaques, ce beau buffet, et tout ce que nous vimes à M. .... ? Je crus que c'étoit une illusion, et

(1x Pogez la Lettre du 13 Juillet 1689, tome Ix.

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je vois que je ne me trompois pas : il faut que les affaires de M.... se sentent du tems, comme celles de tout le monde. Votre vie me fait plaisir à imaginer, ma chère Comtesse,j'en réjouis mes bois.Quelle

bonne compagnie! quel beau soleil! et qu'a

vec une si bonne société il est aisé de chanter : On entend souffler la bise, bien, laissons-la souffler ! Vous souffririez plus patiemment la continuation de nos pluies ; mais elles ont cessé, et j'ai repris mes tristes et aimables promenades. Que dites-vous, mon enfant? quoi, vous voudriez qu'ayant ' été à la messe, au diner, et jusqu'à cinq heures à travailler, ou à causer avec ma belle-fille, nous n'eussions point deux ou trois heures à nous! elle en seroit, je crois, aussifâchée que moi : elle est fortjolie femme, nous sommes fort bien ensemble; mais nous avons un grand goût pour cette liberté, et · pour nous retrouver ensuite. Quand je suis avec vous, ma fille, je vous avoue que je ne vous quitte jamais qu'avec chagrin, et par considération pour vous ; avec tout autre, c'est par considération pour moi. Rien n'est plus juste, ni plus naturel, et il n'y a point deux personnes pour qui l'on /

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soit comme je suis pour vous : ainsi laissez-
nous un peu dans notre sainte liberté : je
m'en accommode, et avec des livres le tems
sse, en sa manière, aussi vite que dans
votre brillant château. Je plains ceux qui
n'aiment point à lire : votre enfant est de ce
nombre jusqu'ici ; mais j'espère , comme
vous, que voyant ce que c'est que l'igno-
rance, surtout à un homme de guerre, qui a
tant à lire de grandes actions des autres, il
voudra les connoître, et ne laissera pas cet
endroit imparfait. La lecture apprend aussi,
ce me semble, à écrire : je connois des Offi-
ciers-Généraux dont le style est populaire :
c'est pourtant une jolie chose que de savoir
écrire ce que l'on pense : mais c'est quelque-
fois aussi que ces gens-là écrivent comme ils
pensent et comme ils parlent, tout est com-
plet. Je crois que le Marquis écrira bien : il
y a long-tems que je veux qu'il aille vous
voir au mois de Novembre ; et comme il
aura dix-huit ans, il faudroit tout d'un train
songer à le marier, en avoir des petits, et
puis le renvoyer : mais ne vous amusez
point à Mademoiselle d'Or.... c'est un lan-
ternier c ue son père , dont le style et la mau-
vaise vo onté me mettent en colère.
- · · , • • • * ' • • ' !

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| Il me semble que l'air et la vie de Grignan devroient redonner la santé à M. le Chevalier : il est entouré de la meilleure compagnie qu'il puisse souhaiter, sans être interrompu de ces cruelles visites, de ces paquets de chenilles, qui lui donnoient la goutte ; point de froid, une bise qui prend le nom d'air natal pour ne point l'effrayer : enfin, je ne comprends pas l'opiniâtreté et la noirceur de ses vapeurs, de tenir contre tant de bonnes choses; cependant il n'est que trop vrai qu'il en est tourmenté.Je suis ravie que Pauline lui plaise : je suis bien assurée qu'elle me plaira aussi, il y a de l'assaisonnement dans son visage et dans ses jolis yeux : ah, ah, qu'ils sont jolis! je les vois. Et son humeur? je parie qu'elle est corrigée; il a suffi pour cela de votre douceur pour elle, et de l'envie qu'elle a de vous plaire : mais de prétendre que cette enfant fût parfaite au sortir d'Aubenas, cela faisoit rire : je l'embrasse tendrement. Je pleure que les pattes de M. de Carcas| sonne soient recroisées : hé, mon cher beau Soigneur! encore un petit effort, ne les recroisez pas sitôt, achevez votre ouvrage, voyez celui de M. d'Arles, comme il est

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