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établissement, n'ayant pû lui en envoyer, il s'adressa à Ranulfe abbé d'Himmerode, ou du cloître, dans le diocèse de Trêves, qui vint lui-même à Châtillon. qu'on nommait alors le Châtelet. Mais n'ayant pas trouvé cette place convenable, l'évêque Alberon lui offrit un autre lieu nommé Wiberstal, dans la forêt de Mangiennes , dans un terrain qui appartenait à un seigneur du voisinage, qui le lui abandonna. Ranulfe y bâtit le nouveau monastère, et lui laissa pour premier abbé, Gelbert, religieux de très-sainte vie. L'église fut dédiée en 1155, sous l'invocation de la Sainte Vierge, la veille de la nativité. .

Mais comme les eaux de ce lieu n'étaient pas saines, Albert de Marcey, successeur de l'évêque Alberon , leur donna Châtillon où ils demeurent aujourd'hui , et qui est situé près le bourg de Mangienne, sur la rivière d'Ostain, à six lieues ou environ de Verdun vers le nord ; Albert de Marcey évêque de Verdun, les combla de ses bienfaits, dont il fait le dénombrement dans une chartre de l'an 1155.

Cunon abbé de saint Vanne, et Thierri · Abbé de saint Paul de Verdun, cédèrent aussi à ce nouveau monastère plusieurs droits qu'ils avaient dans cette contrée ; Richard de Grandprey, qui succéda dans l'évêché de Verdun, à Albert de Marcey, leur donna les fiefs qui lui appartenaient en ce lieu, et engaga les seigneurs du pays à faire la même chose.

On peut voir la suite des abbés de Chàtillon dans l'Histoire de Verdun, pages xcm et xCIII, et suivantes. Dom Octave Arnolphini, de l'illustre maison des Arnolphini de Lucques, élu le 24 février 1605, ayant été pourvu de l'abbaye de Châtillon, employa tous ses soins à y introduire la réforme; il y réussit, et le jour de Pâques 1614, ceux des religieux qui voulurent suivre son exemple, firent vœu d'observer la règle à la lettre, renonçant à l'usage de la viande ; et pour en perpétuer autant qu'il pouvait l'observance, il choisit un coadjuteur animé de son esprit, et mourut en

1641 , après trente-six ans de gouverneIment. Il eut pour successeur Joseph Arnolphini, son nevcu, qui marcha sur ses pas, et gonverna l'abbaye depuis 1641 jusqu'à 1646. Il y maintint l'observance, qui s'y conserve encore aujourd'hui avec beaucoup d'édification. CHATlLL0N-SUR-LA-VEZ0UZE. Châtillon, bourg et château, situé sur la Vezouzè, au ban de Blâmont, est un ancien fond dépendant de l'évêque de Metz ; Henri de Blâmont a repris ce château en fief de Henri d'Auphin, évêque de Metz, le 4 mars 1525. Les lettres de reprises portent que Henri de Blâmont a repris ce château en fief-lige pour toujours (1), avec toutes ses dépendances ; et de plus, qu'il a cédé au même évêque la voüerie de la ville de Vic et de ses dépendances pour toute sa vie, moyennant cent livres de petit tournois qui lui ont été délivrés : et que si ce même Henri de Blàmont a qnelque chose à démêler avec le duc de Lorraine, il s'en rapportera au jugement dudit seigneur évêque, ce qu'il promet sur sa foi et son serment, pour lui et ses successeurs, et sous la garantie de tous ses biens. Et en 1524 (2), Henri d'Auphin, élu et confirmé de Metz, reconnaît devoir à Henri, sire de Blâmont, la somme de douze cents francs de bons petits tournois, tant à cause qu'il a bâti sur le fond de l'évêché de Metz le château de Châtillon, entre Blâmont et Turkestein, que pour quelques autres intérêts et répétitions qu'ils avaient ensemble. Fait au mois de mai 1524. Ainsi voilà l'époque de la construction du château de Châtillon bien marquée. Le lundi avant la purification de NotreDame, 1551 (5), Henri, comte de Blâmont, reprend d'Ademare, évêque de Metz, les châteaux et bourgs de Blâmont, Deneuvre, et Châtillon, et la voüerie de Vic. Dans le même acte il est fait mention de la reprise

(1) Meurisse, Histoire de Metz page 497. , *,
# 1324. Chatillon près Turkestcin.
(3) Idem page 51 1.

de la maison forte de Herbéviller, et de l'engagement que le même évêque Ademare fit de ce ficf au même Henri comte de BlâmOnt. Et le dimanche avant la saint Michel 1577 , Marguerite de Blâmont (1) femme de Thiébaut comte de Blâmont fait sa reprise auprès d'Ademare évêque de Metz, pour Chatillon. Et le 10 décembre 1450, il y eut reprise faite de Chatillon et Turkestein, auprès de Conrad Bayer de Boppart, évêque de Metz (2). Chatillon est près de Turkestein, et cheflieu d'une seigneurie considérable appartenant à l'évêque de Metz, contenant les villages de Cirey, Harboüé, Parû , le Valde-Bonmoutier, l'Abbaye de Haute-Seille. CHATRICES. — Chatrices, abbaye de chanoines réguliers de saint Augustin, près la forêt d'Argonne, (5) à une bonne lieue au Midi de sainte Menehoud , près la rivière d'Aine, au diocèse de Châlons. Cette abbaye fut fondée au douzième siècle par Alberon de Chini évêque de Verdun ; en l'an 1155 ou 1157.Ce prélat ayant retiré des mains d'Ulric, frère de Gui, archidiacre de Verdun, une terre ou fief, et une ile sur la rivière d'Aine dans la forêt d'Argonne, en fit don à Eustache, pour y fonder une abbaye de Chanoines réguliers, dont il fut le premier abbé. Les titres de cette abbaye furent perdus en 1562 et 1596, pendant les guerres; lorsque tous les lieux réguliers furent consumés par les flammes, il n'y eut que l'église de conservée. Les religieux qui sont de la congrégation de sainte Geneniève , en ont fait réparer à neufet la maison et l'église, le tout en briques. Je conjecture que Chatrices est désigné par le mot de Caturices ou Caturiges, dont il est parlé dans les anciens itinéraires sur le chemin de Reims à Metz, de cette 5Orte :

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Dorocortorum . Reims. Famum minervae. M. P. XII. Ariolam. M. P. XV. Caturices. M. P. IX. Maziuin. Nais. M. P. IX. Tullum. Toul. M. P. XV. Scarponam. Scarpon. M. P. X. Divodurum. Metz, M. P. XII.

Il y a quelque diversité dans les anciens mss. sur le nombre des pas de distance d'une ville à l'autre ; mais la conformité du nom de Catrices avec Chatrices, et son voisinage de sainte Menehoud, qui est encore aujourd'hui une des routes de Reims à Verdun et à Metz , fortifient ma conjecture. Il est certain que le nom de sainte Menehoud est nouveau, et celui de Chatrices ne signifie rien dans notre langue; et la route est plus droite par là , que par saint Dizier, pour aller à Verdun et à Metz. Il est parlé de Castricium dans le partage fait en 870, entre les rois Charles et Louis ; Castricium échut au roi Charles Il est placé entre Mosaninse et Condruse. On connait dans l'histoire Castrensis ou Castriensis pagus. Voyez M. de Vallois Nottit Gall, page 155, Flodoard Iv. 2. Histoire, chap. 70, parle de Castriensis Vicus ; au chap. vIII, il parle de Castriensis pagus, du pays de Chatrices ou Castrices. Voyez le aussi dans sa chronique sous l'an 920. CHAUFFOUR. — Chauffour, château dans le Barrois Mouvant, qui a donné son nom à une maison ancienne de nom et d'armes, à présent éteinte. Gérard de Chauffour fils de Jeannot de Chauffour, et d'Alison de Ruys fut le dernier mâle de cette maison , n'ayant laissé que des filles. Didier de Chauffour en 1428, fut engagé par le duc Charles II, (1) à déclarer la guerre à la ville de Metz, à laquelle il fit bien des II1dUlX. La maison de Chauffour portait d'argent, à la croix de sable, chargée de cinq coquilles d'argent. CHAUMONT-SUR-AIRE, Diocèse de Verdun. — Chaumont-sur-Aire, au dio

(1) Histoire de Lorrai. Tome II pa. ccxvi 1. cèse de Verdun, situé entre Bauzey et Longchamp, dont l'église fut donnée à l'abbaye de saint Paul de Verdun en 1177, par Arnoû, évêque de Verdun (1). Ce lieu en lui même n'a rien de fort remarquable, sinon qu'il est la patrie de Nicolas Pseaume, illustre évêque de Verdun, dont la mémoire est en bénédiction dans ce diocèse, qu'il a gouverné pendant 26 ans, avec une vigilance, une sagesse et une piété exemplaire. Il était fils d'un laboureur de ce lieu, et son mérite le fit élever Rur la chaire de Verdun, après avoir rempli les devoirs d'abbé de saint Paul de la même ville ; il alla deux fois au Concile de Trente, (1) et s'y distingua par son savoir et sa vigueur. Il mourut à Verdun le 10 d'août 1575. Il laissa plusieurs écrits, dont une partie a été imprimée : on peut voir sa vie dans l'Histoire de Verdun, page 451 , et suivantes.

Tout le monde sait que le nom de Chaumont vient de Calvus Mons, montagne chauve, et se donne ordinairement aux villes situées sur des montagnes dégarnies de bois. Nous connaissons dans les montagnes de Vôge, un grand canton ou comté, nommé Calvo-Montensis, Chaumontois, à cause des hautes montagnes qui s'y voyent chargées de pâturages, où l'on mène le bétail pendant l'été, pour profiter de l'herbe qui y croit en abondance, mais où les arbres ne croissent pas, par l'impétuosieé des vents et la stérilité de la terre.

CHAUMONT - SOUS - MURAUT. -Chaumont-sous-Muraut, du diocèse de Verdun, situé près Damvilliers, chef-lieu du Doyenné de ce nom. Ce lieu est appellé Chaumont-sous-Muraut, parce qu'il est au bas de la montagne où était autrefois le château de Muraut. On l'appelle aussi Chaumont près Damvilliers. Saint Martin est patron de la paroisse, qui comprend le bameau de Juberci et le château de la place, où il n'y a qu'un fermier. La cure est à la présentation du chapitre de la cathédrale de Verdun.

1 ) Histoire de Verdun , pag. 261. 83 En 1551. et 1 572. pag

Il est parlé du château de Muraut ou de Murvaul-sur-Meuse , en plusieurs endroits de notre Histoire de Lorraine. Tom 2, pag. 485. Marenvaldi Castrum et pag. 84. Mirobald, et Murvault, pag. 149 et 175. | Chaumont-sous-Muraut dépendait de l'évêque de Verdun et il est dénommé entre les lieux qui lui appartenaient (1). Guillaume d'Haraucourt, évêque de Verdun (1), publia des Statuts Synodaux à Chaumontsous-Muraut (1). In Calvo-Monte subtus Muratum , anno 1491.

Nous avons aussi les statuts Synodaux du Doyenné Rural de Chaumont, dressés sous l'épiscopat de Guillaume d'Haraucourt (1), l'an 1490. Il laisse aux curés la libre élection de leur doyen (2), à charge de la notifier dans le mois à l'évêque ou à son grand vicaire (5). A la mort de chaque curé, le doyen héritera de son lit, ou de la somme de deux écus. Tous les curés de ce doyenné se présenteront en habits de cérémonie, à l'église de Chaumont, ou à tel autre lieu qui leur sera marqué deux fois l'année : 1° le mardi d'après le dimanche Misericordia Domini. 2° Le mardi d'après la saint Luc; sous peine contre les contrevenans de dix sols d'amende. Chaque nouveau curé doit donner dans ce chapitre de Chaumont la Taxe à laquelle sa cure est taxée. Aujourd'hui dans le diocèse de Verdun, un nouveau curé ne donne plus à ses confrères, pour son joyeux avénement, qu'un cornet de dragées; et à la mort d'un curé du diocèse, le doyen n'a plus que le bréviaire du défunt, et dix livres en argent; le lit de mort appartient aux héritiers.

CHAUMONT-LA-VILLE. — Chaumont-la-Ville, village du diocèse de Toul : office, recette, sénéchaussée et bailliage de Bourmont, cour souveraine de Nancy. Le roi en est seul seigneur. La paroisse a pour patron saint Martin; le commandeur de Robécourt nomme à la cure, et est décimateur pour les deux tiers de la grosse dîme

(1) Histoire de Verdun pag. 435. Preuves,

g. 87. pa 2 iiid. p. 45. 3) Histoire de Verdun, pag. 15, preuves.

et toute la menuë. Il y a dans ce lieu environ 96 ou 97 habitans. , Il y a une maison en forme de châte à messieurs de Thumery. CHAUMONTOIS. Calvomontensis Pagus. Chaumontois, Coloomontensis, pays considérable de la Lorraine, s'étendant sur une partie de la Vôge, depuis la Moselle au couchant, jusqu'à la Meurthe à l'Orient; Varengéville et saint Nicolas sont dénommés comme étant du Chaumontois. Saint Arnoû qui était né à Lay près Nancy, était né dans le Chaumontois. Le comte Hugues et la comtesse Eve sa femme, seigneur et dame de Lay, sont nommés comte et comtesse du Chaumontois. Ce nom dérive des montagnes Chauves, Montes Caloi, qui se voyent dans ce pays, où la plupart des mon

tagnes de Vôge sont dégarnies de bois sur,

leur sommet, et fournissent des pâturages en abondance aux bestiaux qu'on y conduit, et qui y demeurent pendant tout l'été. · Il est parlé du Chaumontois dans le partage des provinces, fait en 870, entre le roi Charles le Chauve et Louis le Germanique. Si l'on veut marquer la longueur du Chaumontois, il faut la prendre depuis la source de la Moselle, de la Meurthe et de la Sarre, jusqu'à la jonction de ces deux premières Rivières, qui se fait à Condé-surMoselle. Ainsi le Chaumontois a environ 26 lieues de longueur; mais sa largeur étant inégale et n'ayant point de bornes fixes et uniformes, on n'en peut fixer la juste étendue. Ce pays comprend la plus grande et la plus considérable partie de la Lorraine, avec les comtés de Blâmont et de Salm. Il touche le Saintois , ou comté de Vaudémont au midi, le Scarponois et le pays de Metz au nord, et le Toulois au couchant. Je ne crois pas que le Chaumontois ait jamais eu un chef lieu, d'où il ait tiré son nom; il le tirait des chaumes, ou des montagnes chauves dégarnies de bois, dont on a parlé. Ce pays est communément appellé Calvomontensis, et quelquefois Calmontensis, ou Calmontis, ou Calmontisse, ou Comitatus Calmontensium. Remiremont, Epinal,

Charmes, Mirecourt, Vandeuvre, Varengéville, Saint-Nicolas, Nancy, Lay,. Blàmont, Amance, Bouxières-aux-Dames, et Bouxières-aux-Chênes, Rosières, Lenoncourt, Haraucourt, Lunéville, Ludres, Haussonville , le Vermois , Gerbéviller, Moyen, Remberviller, Deneuvre, Baccarat, Saint-Diey et les abbayes de Vôge, Ravon, Bruyères, Plombières, Dompaire, Bussans, Ormes, etc., étaient dans le Chaumontois. On peut voir Adrien Valloisa Notitia Galliarum, pag. 118, et le R. P. Benoit Picart, capucin, Histoire dc Toul; pag. 29, et SuiVanteS. Il y a plusieurs villes et plusieurs lieux du nom de Chaumont, qui n'ont point de rapport à notre sujet, et que l'on peut voir dans les géographes. CHAUMOUZEY, abbaye de chanoines réguliers. — Chaumouzey, en latin Calmosiacum ou Calmociacum , abbaye de chanoines réguliers, de l'ordre de S. Augustin , situé à une lieue et demie d'Epinal, diocèse deToul, fut fondée vers l'an 1090, par un saint personnage, nommé Séhérus, qui le gouverna depuis 1090, jusqu'en 1128. Ce saint homme, qui était prêtre d'Epinal , s'était d'abord retiré auprès d'Antenor célèbre solitaire de la Vôge (1), qui s'était bâti un hermitage dans un lieu situé entre la ville de Remiremont et le Saint-Mont, où il reçut plusieurs disciples, imitateurs de l'austérité de sa vie.Après la mort d'Antenor, Séhérus lui succéda, et se détermina avec ses frères à prendre la règle de saint Augustin. Dans le même temps Lutulphe ou Lutolphe, fondateur de l'abbaye de S. Léon de Toul, pria Séhérus de se charger du gouvernement de cette nouvelle communauté ; ce qu'il fit, sans néanmoins abandonner le gouvernement du monastère du Chātelet, faisant passer ses diseiples de l'un à l'autre monastère, selon qu'il les trouvait propres à instruire et à édifier leurs frères. Mais trouvant la situation du Châtelet

(1) Chronic. Calmos. dans l'Hist. de Lorr. tom. II

trop resserrée, et d'autres inconvéniens, il résolut de transporter ailleurs cette communauté. Pendant qu'il était dans cette pensée, une dame, nommée Hadwide, ayant su que ces bons religieux voulaient quitter leur première demeure, persuada à son mari, nommé Thieri, de leur donner dans leur terre l'endroit qu'ils trouveraient le plus ropre pour s'y établir. Ils députèrent vers † un clerc , nommé Ascelin, pour lui faire part de leur bonne volonté. Séhere ac- cepta les offres de Thierri, et choisit la place où est aujourd'hui Chaumouzey, et qui était alors un désert, au milieu des bois. Séhere y transporta sa communauté, et y bâtit un monastère et un oratoire, qu'il dédia à la sainte Vierge et à saint Sauveur. Quelque temps après Thieri, à la prière de sa femme, donna à Séhere le fief de Chaumouzey avec toutes ses appartenances. Ce nouvel établissement jouit d'une profonde paix pendant la vie de Thieri leur fondateur; mais cette tranquilité fut troublée après la mort de ce seigneur. Son frère, nommé Joscelin , fit tout ce qu'il put pour en chasser les religieux. Il les molesta, pilla leurs terres, brûla même l'église paroissiale, qu'ils avaient bâtie au même lieu. L'abbé en porta ses plaintes à Thierri duc de Lorraine, qui cita en vain plusieurs fois Joscelin à sa cour, pour y rendre compte de ses vexations. Au bout de deux ans le duc Thieri eita Joscelin et l'abbé Séhere un certain lieu et jour, pour y exposer leurs raisons, et y subir la sentence des nobles du pays. L'abbé et les religieux comparurent ; mais Joscelin n'y vint pas. Alors les nobles dirent qu'il fallait que les témoins qui avaient été présens à la donation de Thieri, rendissent témoignage de la chose avec serment ; ce qui ayant été exécuté, les juges prononcèrent que le duc de Lorraine devait assurer à l'église de Chaumouzey la terre en question, et réprimer par sa puissance les violences de Joscelin. Ce jugement fut rendu à Vadigny sur la rivière de Madon. Le duc Thieri vint lui-même en personne à Chaumouzey, mit en possession Séhere et

ses religieux de ce fief, en fit venir les su-
jets à la porte de l'église, et leur fit prêter
serment de fidélité et d'obéissance aux reli-
gieux. Telle était alors la manière de pro-
céder en Lorraine.
Ce jugement n'arrêta pas les entreprises
de Joscelin. Il continua à inquiéter les reli-
gieux de Chaumouzey. Ceux-ci s'adressèrent
à l'évêque de Toul, qui cita à son tribunal
Joscelin , mais en vain ; ce qui obligea l'é-
vêque à l'excommunier. Ce coup effraya
Joscelin ; et des amis communs s'étant en-
tremis pour le réconcilier avec Séhere, on
l'adoucit moyennantune somme assez modi-
que. Il se contenta de douze livres d'argent
qu'on lui donna. L'accommodement se fit à
Renanges, apparemment Relange. Had-
wide femme de Joscelin, Bonnor et Thieri
ses fils consentirent au traité, et renoncè-
rent à toutes prétentions sur la terre de
Chaumouzey en présence de plus de trente
témoins.
Les deux communautés de S. Léon de
Toul et de Chaumouzey suivaient d'abord
la règle de S. Augustin. Dans la suite l'abbé
Séhere, se défiant de ses lumières, jugea à
propos de prendre pour modèle de son ob-
servance quelques constitutions approuvées
par les anciens (1). Il députa à cet effet
deux de ses chanoines à l'abbaye de saint
Rufe près d'Avignon , qui était alors en
· grande réputation de régularité, afin d'en
apprendre les réglemens et les usages. On
les y reçut avec honneur : on leur donna les
constitutions, et on leur apprit de vive voix
les choses qui dépendent de la pratique, de
la règle de S. Augustin , et à leur retour
Séhere les fit pratiquer à Chaumonzey et à
saint Léon. La vie de ces premiers chanoines
réguliers était alors fort austère, et différait
peu de celle des religieux de saint Benoit.
Le monastère de Chaumouzey n'avait
point encore alors de titre abbatial, ni même
d'église particulière, consacrée par l'évê-
que, et Séhere n'avait reçu la bénédiction
abbatiale que sous le titre de S. Léon et de

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