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monastères et des patrons ou collateurs en général, sans entrer dans aucun détail de ce qui pourrait contenter la curiosité des lecteurs. M. de Lançon, conseiller à Metz, m'a fait la grace de me communiquer un Pouillé qui est à son usage, et qui ne m'en apprend guère davantage. L'auteur de la nouvelle édition de l'histoire de Verdun, imprimée à Paris, in-4°, en 1745 , cite assez souvent le Pouillé de Louis Mâchon, archidiacre de Toul; mais il n'a pas été imprimé et je ne l'ai point vu. Le même auteur de la nouvelle Histoire de Verdun , donne à la fin de son histoire page CXVIII et suivantes, une espèce de Pouillé du Diocèse de Verdun , où il fait un dénombrement assez détaillé des Paroisses de chaque doyenné du même Diocèse. Enfin on m'a communiqué un petit Pouillé imprimé à Verdun , in-18, en 1758 , intitulé Codex ecclesiarum diœcesis Virdunensis vulgo, le Pouillé du Diocèse de Verdun. Mais ilest extrêment abrégé, et ne contient que le nom de la paroisse, son patron , le collateur, et les noms des curés qui les ont gouvernées depuis environ l'an 1500, chose assez peu intéressante pour l'histoire et pour le public. J'ai le Pouillé manuscrit du diocèse de Toul, copié par Matthieu et N. Despreys, notaires Apostoliques, et transcrit de nouveau par Silvestre, docteur en droit et notaire apostolique en 1644. Pour l'archevêché de Trèves , je n'ai pu avoir que ce que M. de Honthem suffrageant de cet archevêché électoral , en a dit dans le tome III de son histoire de Trèves, imprimée en trois vol. in-folio , à Ausbourg et à Virsbourg. Mais il se contente d'y donner les noms des paroisses qui se trouvent dans chaque archidiaconé, sans entrer dans aucun détail : encore déclare-t-il à la fin de cette liste, qu'il a tiré ce qu'il en dit des écrits tant publics que particuliers , dont il ne garantit pas la vérité et l'exactitude, et le tout étant dit sans préjudice des droits de l'église de Trèves. Enfin, je me suis servi utilement des Mémoires sur la Lorraine et le Barrois, composés par M. Durival , aujourd'hui greffier en chef de la chancellerie de Lorraine. imprimés in-8° à Nancy au mois de mars 1742, et d'un autre ouvrage du même auteur, imprimé aussi à Nancy , in-8°, en 1749 , sous ce titre, Table alphabétique des villes, bourgs et villages de Lorraine et Barrois. En dernier lieu le même M. Durival a donné au public un volume in-4°imprimé en 1755

chez Henry Thomas, imprimeur à Nancy : c'est tout ce que nous

avons de meilleur et de plus exact sur la Lorraine. Il y entre dans un très-grand détail des villes, bourgs et villages du pays , et de leur position et distance des principaux lieux, et des baillages du pays, et qui est d'une très-grande utilité pour tous ceux qui ont des affaires aux dits baillage et aux villes de la Lorraine.

Feu M. Bugnon , géographe de S. A. R. Léopold Io duc de Lorraine, avait dressé avec un travail infini et une exactitude admirable, la liste alphabétique des villes, bourgades, villages hameaux et censes de toute la Lorraine et du Barrois, marquant jusqu'aux moulins , tuileries et hermitagcs , qui se trouvent dans chaque endroit. J'ai en main une copie exact de cet ouvrage. J'avais même marqué en marge en latin les lieux que j'avais rencontrés dans les titres originaux, et dans les anciens monumens du pays, dans le dessein de marquer les noms latins ancien de chaque lieu, avec le nom moderne qu'on lui donne aujourd'hui. Mais la différence de ces noms anciens comparés aux nouveaux, s'est trouvée si grande, que je n'ai pas réussi commeje l'espérais, à joindre toujours le nom ancien au nouveau, et à illustrer comme j'avais souhaité l'ancienne géographie. Il y a une infinité de noms anciens de Villages et de bourgades tellement défigurés, qu'ils ne sont plus reconnaissables aujourd'hui : et pour les lieux qui ont conservé leurs anciens noms, il est superflu de les remarquer.

Si l'on pouvait trouver un imprimeur qui voulut se charger de l'impression de la liste dressée par feu M. Bugnon, il rendrait certainement un grand service au public. M. Bugnon avait été sur les lieux , et avait tout examiné par lui-même. Mais il s'était borné à la Lorraine et au Barrois, et n'avait pas marqué ce qui était nuement à la France dans les trois évêchés , et beaucoup moins ce qui était du Luxembourg et de l'archevêché de Trèves, et il n'est pas aisé de

suppléer à ce qui manque à son ouvrage : parce qu'on n'a aucun catalogue bien exacte des lieux de ces pays-là. Les Pouillés des diocèses ne suffisant pas, parce qu'ils n'apprennent que les noms des lieux , le diocèse, et au plus le collateur de la cure, et même n'avons-nous pas proprement de Pouillés imprimés de Trèves, de Metz et de Verdun, et les manuscrits étant très-imparfaits et très-fautifs, ne nous apprennent que peu de choses. La plupart de nos villes, hors les villes épiscopales , et celles qui ont été construites aux lieux où les romains ont campé , et quelques capitales des cantons du pays, sont assez modernes, et ne sont devenues grandes et considérables, que dans les derniers siècles. Il y avait autrefois en Lorraine un très-grand nombre de châteaux et de forteresses, bâties anciennement par les Romains, pour arrêter les irruptions et les courses des peuples de-là le Rhin, et les insultes des peuples barbares, qui depuis la décadence de l'empire romain , innondèrent toutes les Gaules. Il y a aussi grand nombre de châteaux construits par les seigneurs particuliers pour se défendre contre leurs voisins, qui souvent leur faisaient la guerre de leur autorité privée; ou contre des troupes de voleurs, de bandits et de routiers, qui faisaient métier de ravager et de désoler les campagnes et les lieux incapables de faire résistance. Les ducs de Loraine étaient presque toujours en guerre contre les évêques des trois villes épiscopales, contre les comtes de Bar et de Luxembourg , de Salm et de Blâmont, qui avaient chacun leurs forteresses. Ces châteaux ont été détruits pour la plupart , par les ordres du roi Louis XIII en 1656 et par ceux de Louis XIV en 1670. Les montagnes de Vosges qui font aujourd'hui une portion considérable de la Lorraine, étaient autrefois un pays inculte et inhabité ; les saints solitaires qui s'y sont établis et y ont fondé des monastères, ont défriché ces montagnes, et y ont attiré des habitans, les ont instruits, humanisés et appelés au christianisme. Les anciens historiens et géographes n'ont pas été fort instruits de ce qui regarde les détails des villes, des bourgs et villages de Lorraine. Les anciennes routes romaines dont on voit encore les vestiges fort bien marqués en plusieurs endroits de la Lorraine, font voir que le pays était assez connu et fréquenté. Il n'en est pas de même des pays de Montagne et des lieux écartés , dont une grande partie a changé de nom , ou a été entièrement ruinée par les malheurs des guerres , par la longueur des siècles, et par les révolutions des choses de ce monde, ou a changé de face par les travaux des habitans qui les ont défrichés, cultivés et habités. | • La Lorraine se trouvant par sa situation entre la France et l'All magne , a été sujette à une infinité de révolutions, et comme le théâtre de la guerre entre ces deux grandes puissances rarement en paix entr'elles : autre raison des changemens qu'elle a éprouvés, et de l'ignorance où l'on est de l'état où elle était anciennement. L'on remarque souvent dans les anciens monumens du pays, qu'on parlait allemand dans une grande partie de la Lorraine, et qu'on y distinguait le Roman Pays où l'on parlait français, ou Roman, de l'Allemagne, ou Tietsch, où l'on parlait allemand. Aujourd'hui la langue française y est beaucoup plus étendue et plus commune dans tout le pays. La religion catholique est la seule usitée et permise en Lorraine ; les ducs de cette province ayant toujours été très-zélés pour y maintenir les peuples dans la communion de l'église romaine, et pour en écarter les novateurs. Ils ont aussi donné tous leurs soins à y procurer la réforme du clergé et des ordres religieux, suivant l'esprit du concile de trente , à quoi ils ont si heureusemcnt réussi, que non seulement les ordres de Bénédictins , de Prémontrés et de Chanoines réguliers ont embrassé la réforme, mais qu'ils l'ont même communiquée dans le royaume de France, et dans quelques provinces voisines. Il serait fort à souhaiter que dans chaque province il se trouvât quelqu'un qui entreprît la Notice de son pays en particulier ; on pourrait espérer par ce moyen, d'avoir un jour une Notice parfaite de l'Europe , n'étant guères possible autrement qu'un particulier, quelque laborieux et quelque diligent qu'il soit, puisse avoir assez de lumières et assez d'acquit pour réussir dans une telle entreprise. M. Adrien Vallois qui a fait un gros volume de la Notice des

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Gaules, et qui a employé à cet ouvrage plus de vingt ans, n'a pas toute fois épuisé toute cette matière, et je remarque dans la seule Lorraine , plusieurs lieux considérables qu'il n'a connu qu'assez imparfaitement, et dont il n'a pas même fait mention dans son ouvrage ; parcequ'il ne trouvait pas leur nom dans les anciens monumens qu'il avait en main. Mais depuis la publication de sa Notice, on a donné au public un très-grand nombre de pièces nouvelles, qui répandent un grand jour sur la géographie de la Lorraine. Ce n'est pas que ce pays ne fournisse une matière très-abondante pour l'histoire, tant ancienne que moderne : la ville de Trêves seule et celle de Metz, sont remplies de monumens anciens et respectables. On voit à Trêves des vestiges de l'amphithéâtre, des anciens greniers, d'une porte encore bien entière. A Metz, le bel aqueduc de Jouy-aux-Arches, les restes de l'arène et de la Naumachie. A Gran, en Bassigni, les restes de l'amphithéâtre. A Toul, quelques figures de divinités antiques. A Nay et à Charpagne, d'anciennes inscriptions, des figures et d'autres monumens qu'on y découvre tous les jours. Les historiens lorrains loüent les mines d'argent, de cuivre et de plomb qui se trouvent dans les montagnes de Vôges; celles d'Azure, qui se voient à Vaudrevance; les lacs et les étangs fameux qui produisent abondance d'excellens poissons : la rivière de Vologue où l'on pêche les huitres qui produisent des perles : les grandes et belles rivières qui ont les sources dans nos montagnes, comme la Meuse près le Neuf-Château, la Meurthe dans le val de saint-Diez, la Moselle et la Sarre dans la vôge, les sources salées de Marsal, Moyenvic, Rozières, qui fournissent du sel non seulement dans la Lorraine, les trois évêchés, le Luxembourg, le pays de Trêves, mais encore dans le Palatinat, la Suisse et quelques provinces de delà le Rhin : les paturages de nos prairies, et ceux des chaûmes qui se voient sur les montagnes de Vôge, où l'on nourrit quantité de bétail pendant cinq ou six mois de l'année. Les montagnes de Vôges produisent des bois en abondance pour

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