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la bonté de me donner part à vos sacrifices, et de me croire, etc.

A Metz, ce 23 mai 1658,

RELATION

D’UN FAIT MÉMORABLE,

ARRIVÉ DANS LE COURS DE LA MISSION DE METZ (1).

Quoique le consistoire de la ville de Metz eût défendu aux siens d'assister aux prédications, Dieu permit, pour donner sujet aux plus obstinés de penser à eux, un esfet de très-grande bénédiction.

Un Huguenot ayant été à la prédication, et faisant récit à sa femme de ce qu'il avoit entendu, elle voulut se faire instruire et se convertir. L'ordre de son abjuration fut fort édifiant. Elle la fit en présence de monseigneur l'évêque d'Auguste, suffragant de Metz, qui administroit ce diocèse, accompagné de MM. les abbés Bossuet et de Blampignon, de M. le lieutenant de roi, et d'une trèshonorable compagnie. Et comme, quelques jours après, étant tombée malade, elle souhaita recevoir le saint Viatique; on le lui porta, tous les prêtres et les personnes les plus qualifiées ayant chacun un cierge à la main. Cette bonne demoiselle donna

(1) Nous avons cru faire plaisir au lecteur de lui donner, à la suite des lettres qu'il vient de lire, celle relation si édifiante, qui lui fera connoître les heureux fruits de la mission de Metz, à laquelle Bossuet prit tant de part.

tant de marques que son ame tressailloit de joie en la présence de son Sauveur, que par ses paroles et ses actions elle fit une prédication très - efficace, parlant du fond du cœur; en sorte qu'elle tira les larmes des yeux de tous ceux qui étoient présens.

Je renonce, dit-elle, à toutes les affections temporelles et à tous les intérêts humains, qui eussent pu, parmi les Calvinistes, me faire avoir beaucoup de vues, soit pour la personne de mon mari, soit pour mes enfans. Mes filles, qui sont Catholiques, je les mets entre les mains de la providence de Dieu : je demande pour elles la protection et les prières de tant de personnes de mérite qui sont ici présentes. Ah! j'ai trop résisté aux lumièreş qu'il plaisoit à Dieu de me donner de teinps en temps, et aux inspirations qui m'attiroient à la véritable foi. Je crois, j'aime et j'espère de tout mon cœur.

Ces discours et autres semblables, entrecoupés de sanglots, pénétroient au fond de l'ame des assistans. A la sortie du logis, on chanta tout le long des rues le Te Deum laudamus ; et les hérétiques, qui fuyoient, comme des hibous, le Dieu des lumières, s'enfermoient avec empressement, voyant venir l'éclat de tant de cierges et de slambeaux sur les huit heures du soir; au lieu que les Catholiques accoururent de toutes parts à l'Eglise pour s'échauffer d'une dévotion mutuelle, et rendre grâces au Seigneur de ses miséricordes. La Confirmation fut aussi donnée à la même demoiselle, et on n'omit rien pour sa consolation : car les ministres, alarmés à ce récit, furent bientôt en campagne, et ils n'au

roient pas laissé la malade tranquille, si les visites que M. l'abbé Bossuet lui rendit, ne les eussent contraints de dissimuler leurs malicieuses intentions.

Cette mission de Metz fit de si grands fruits, que M. l'abbé de Chandenier qui la conduisoit, quoique grand et illustre personnage, neveu de M. le cardinal de la Rochefoucauld, ne se croyant pas assez considérable pour remercier ceux qu'il voyoit contribuer le plus à ce bon succès, en écrivit à M. Vincent en ces termes : « J'ai cru, Monsieur, que » vous n'auriez pas désagréable que je vous fasse part » d'une pensée qui m'est venue, qui est que vous » écrivissiez un potil mot de congratulation à mon» seigneur d'Auguste, de l'honneur de sa protection » qui nous est très-favorable; et pareillement une de » congratulation à M. Bossuet, du secours qu'il nous w donne par les prédications et instructions qu'il » fait, auxquelles Dieu donne aussi beaucoup de » bénédictions (1) »,

(1) L'abbé Bossuet, que les missionnaires avoient associé à leurs travaux, prêcha quelquefois à la cathédrale avec messieurs les abbés de Blampignon et Gédoin : mais il exerça particulièrement son zèle dans l'église paroissiale de la citadelle qui est hors de la ville, où, dit notre Relation, la grâce et la piété triomphèrent dans les caurs de M. le gouverneur, de madame la gouvernante, et de tous les officiers et soldats. L'abbé Bossuet, outre les prédications, faisoit dans cette église deus grands catéchismes chaque semaine.

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LETTRE VIII.
A UNE DAME DE CONSIDÉRATION,

SUR LA MORT DE SON MARI (*).

Il présente à sa foi les vérités les plus propres pour la consoler, et

les motifs les plus capables de la rassurer sur l'élat du défunt.

Je suis bien payé de mon dialogue; puisqu'au lieu de mon entretien avec la dame que vous savez, vous m'en rendez un de la Reine et de vous. Je ne vous ferai pas de remercîmens de la part que vous m'y avez donnée : ce sont, Madame, des effets ordinaires de vos bontés; et j'y suis accoutumé depuis si long

(1) Nous ne saurions découvrir quelle est la personne qui fait la matière de cette lettre, Bossuet ne disant rien qui puisse nous la faire connoitre. Tout ce que nous pouvons assurer, c'est qu'il s'agit d'un maréchal ou d'un marquis, aussi distingué par ses vertus chrétiennes que par ses exploits militaires. Les premières lettres, M. le M. dont Bossuet se sert pour désigner celui dont il parle, et les victoires qu'il lui attribue , justifient pleinement ce que nous avançons. Quant à l'année où cette lettre a été écrite, nous ne sommes pas plus en état de l'indiquer, parce que Bossuet ne la point marquée ; mais comme il y parle d'un entretien que la , dame, à qui il écrit, avoit eu avec la Reine, il est clair que sa Letire est antérieure ou à la mort de la Reine mère, ou à celle de Marie-Thérèse; c'est-à-dire, qu'elle a été écrite ou ayant 1666, ou au plus tard avant 1683, époques de la mort des deux reines. Bossuet ayant eu part, comme il le dit, à l'entretien que cette dame avoit eu avec la Reine; et la Reine mère l'honorant d'une affection particulière, nous avons lieu de croire que c'est d'elle dont il s'agit ici : et par conséquent que cette lettre a été écrite immédiatement avant sa mort : le caractère de l'écriture et le style même nous confirment dans cette pensée ; c'est pourquoi nous fixons la date de cette lettre vers 1665..

temps, qu'il n'y a plus rien de surprenant pour moi dans toutes les grâces que vous me faites. Je m'estimerois bien heureux, si, pour vous en témoigner ma reconnoissance, je pouvois contribuer quelque chose à soulager les inquiétudes qui vous travaillent depuis si long-temps, touchant l'état de M. le M. Je vois dans ces peines d'esprit une marque d'une foi bien vive, et d'une amitié bien chrétienne. Il est beau, Madame, que dans une affliction si sensible, votre douleur naisse presque toute de la foi que vous avez en la vie future; et que dans la perte d'une per. sonne si chère, vous oubliez tous vos intérêts pour n'être touchée que des siens. Une douleur si sainte et si chrétienne est l'effet d'une ame bien persuadée des vérités de l'Evangile ; et toutes les personnes qui vous honorent doivent être fort consolées que vos peines naissent d'un si beau principe, non-seulement à cause du témoignage qu'elles rendent à votre piété; mais à cause que c'est par cet endroit-là qu'il est plus aisé de les soulager. Car j'ose vous dire, Madame, que vous devez avoir l'esprit en repos touchant le salut de son ame; et j'espère que vous en sérez persuadée, si vous prenez la peine de considérer de quelle sorte les saints dócteurs nous obligent de pleurer les morts selon la doctrine de l'Ecriture. Je n'ignore pas, Madame , qu'en vous entretenant de ces choses j'attendrirai votre cæur, et que je tirerai des pleurs de vos yeux; mais peutêtre que Dieu permettra qu'à la fin vous en serez consolée, et j'écris ceci dans ce sentiment.

Saint Paul avertit les fidèles « qu'ils ne s'aMigent » pas sur les morts, comme les Gentils qui n'ont

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