Images de page
PDF
ePub

révérend Père dom Simon Bougis remarqua un jour d'une tribune où il étoit, que M. Pelisson s'étant reconnu seul dans l'église, s'y tint fort long-temps prosterné devant le Saint-Sacrement, et qu'il fut obligé de l’y laisser quand il se retira de la tribune.

On a aussi remarqué que lorsqu'il alloit par la ville, et qu'il étoit avec des personnes familières, il descendoit souvent de carrosse, pour aller adorer le Saint-Sacrement dans les églises par-devant lesquelles il passoit.

Je sais même que sa piété envers le saint sacrifice de la messe lui inspira d'en fonder une, il y a quelques années : et ce qui est bien contraire à l'hypocrisie, il l'a fondée sous le nom d'un de ses amis, afin de cacher cette bonne ouvre aux yeux des hommes, comme il l'a fait en plusieurs autres occasions, et que le sacrifice en fût plus parfait devant Dieu. Rien n'est plus certain ; car je le sais d'original.

On assure encore que, quand il se croyoit offensé par quelqu'un , il avoit coutume de faire dire une messe

pour lui.

Il a désiré avec empressement d'entendre la messe tous les jours de sa maladie; et on n'a pu l'empêcher de suivre ce désir les jours de fête.

Il s'est disposé à recevoir le saint Viatique, aussitôt que ses amis l'ont assuré qu'il étoit en danger.

Enfin il est mort la plume à la main pour la défense de la transsubstantiation.

Je doute, Monsieur, que tout cela soit trouvé, par des gens raisonnables, fort propre à prouver au public que M. Pelisson est mort Huguenot : mais je suis assuré que tous Huguenots, qui ont de l'honneur et de la bonne foi, auront honte qu'il y ait eu parmi eux des

personnes assez aveugles ou d'assez mauvaise conscience, pour répandre dans le monde une fable aussi ridicule que celle-là, et si propre à décrier la conduite du parti protestant.

Je ne yous en dirai pas davantage, Monsieur : si vous voulez connoître toutes les excellentes qualités de M. Pelisson, et voir en sa personne le portrait d'un des plus honnêtes hommes qu'on ait vus dans ce siècle, vous n'avez qu'à lire l'éloge qu'en a fait une illustre amie, et qui se trouve dans le Mercure galant du mois de février dernier. Je suis, Monsieur, avec respect, etc.

Ce 6 mars 1693.

LETTRE CLXXII.

A M. NICOLE.

Il parle des raisons qui le déterminoient à préférer les notes courtes

aux longues dans ses explications de l'Ecriture sainte; veut continuer de prendre pour modèle Jansenius sur les Evangiles; témoigne être disposé à traduire son Supplément sur les Psaumes, et fait mention de quelques fautes qui s'étoient glissées dans les notes sur Salonion.

Je m'en tiendrai, Monsieur, à votre décision : j'avoue que j'ai été fort partagé entre les notes courtes ou longues. Pour les courtes, j'avois les raisons que vous avez si bien exposées dans votre lettre : pour les longues, j'avois le grand nombre qui est composé ordinairement de gens médiocres et impatiens, qui sont offensés pour peu qu'on les oblige à s'appliquer, et qui ne veulent plus lire quand on leur explique tout, à cause de la longueur qui les accable. Comme donc j'ai été persuadé qu'on n'en dit jamais assez pour ceux qui ne sont point attentifs, et que j'en ai dit assez pour ceux qui le sont, j'irai mon train, et je continuerai à me proposer pour modèle Jansenius d'Ipres sur les Evangiles, dont la juste et suffisante brièveté m'a toujours plu.

Je vous prie de me décider encore une autre chose. Plusieurs croient qu'à cause des mauvais critiques qui réduisent à rien les prophéties, c'est-àdire, le fondement principal de la religion, il sera utile de traduire le Supplement sur les Psaumes. Si vous le trouvez à propos, je le ferai ou le ferai faire; et en ce cas j'étendrai les notes encore un peu davantage en faveur du commun des lecteurs. Je vous fais mille remercimens très-sincères.

Il y a des fautes dans le Salomon, qui me font de la peine, entre autres une transposition qui gâte le sens, Proverb. xx. I, où sicera qui est à la fin, doit être mis avant id est, vinum. Je vous prie de corriger cet endroit. Encore une fois, Monsieur, je vous rends grâces, et suis tout à vous. Je prie de tout mon caur notre Seigneur qu'il vous conserve.

A Meaux, ce 17 août 1693.

LETTRE CLXXIII.

A MILORD PERTH (1).

Sur la liberté qu'il avoit de sortir d'Angleterre, et les grâces que

Dieu lui apoit faites dans sa prison.

J'ar appris avec une extrême joie que vous aviez la liberté de sortir de la Grande-Bretagne, et qu'on

(1) Jusqu'ici nous apons vu un bien plus grand nombre de lettres de Milord que de Bossuet; parce que, comme nous l'avons remarqué, la plupart de celles du dernier ont péri dans les révolutions

pouvoit espérer de recevoir de vos lettres : j'en ai une grande impatience. Je ne doute pas que pendant votre prison, Dieu, qui n'abandonne jamais ceux qui souffrent pour sa cause, ne vous ait fait de grandes grâces; et ce me sera une particulière consolation d'en apprendre quelque chose de vousmême. Donnez-moi donc cette joie ; et croyez, Milord, que vous m'avez toujours été présent. J'attends qu'on sache où vous êtes pour vous écrire plus amplement. Soyez cependant persuadé du respect, de la cordialité et de la tendresse avec laquelle je suis, etc.

A Meaux, ce 5 septembre 1693.

'LETTRE CLXXIV.

Il dépeint au naturel le livre de Richard Simon, et le caractère de

cet écrivain.

Il est malaisé de vous définir le livre de M. Simon : vous en connoissez le génie (1). On apprend dans cet ouvrage à estimer Grotius et les Unitaires plus que les Pères; et il n'a cherché dans ceux-ci que des fautes et des ignorances. Il donne pourtant

arrivées en Angleterre. Désormais, on n'en trouvera plus qu'une de milord Perth ; parce que apparemment Bossuet ou ceux qui ont recueilli ses papiers, n'ont pas eu autant de soin de nous conserper les lettres que ce seigneur lui a écrites depuis sa sortie d'Angleterre.

(1) Nous ignorons à qui celte lettre étoit adressée : le nom de la personne n'est point marqué sur la minute que Bossuet avoit conservée.

contre eux plus de décisions que de bons raisonnemens. C'est le plus mince théologien qui soit au monde, qui cependant a entrepris de détruire le plus célèbre et le plus grand qui soit dans l'Eglise (1). Il ne fait que donner des vues pour trouver qu'il n'y a rien de certain, et mener tout autant qu'il peut à l'indifférence. L'érudition y est médiocre, et la malignité dans le suprême degré.

A Meaux, ce 22 octobre 1693.

LETTRE CLXXV.

DE M. DE LA BROUE (1), ÉVÊQUE DE MIREPOIX,

Sur des éclaircissemens que demandoit Bossuet, touchant les Albi

geois, sur les erreurs de M. Dupin, et sur M. de Saint-Pons.

[ocr errors]

Je me suis enfin acquitté de vos deux commissions, Monseigneur : j'ai fait votre présent des Notes sur Salomon à M. de Basville, et je lui ai parlé de ce que vous souhaitez avoir de M. de Graverol. II a déjà écrit pour cela, et prétend qu'il peut vous donner encore de nouveaux éclaircissemens, par des registres d'interrogatoires qui ont été faits à Carcassonne, et qui sont à présent à Montpellier. Il croit que pour y chercher plus utileinent, il se

(1) Saint Augustin.

(1) Comme nous avons une suite de lettres de Bossuet et de M. de la Broue, nous donnons ici la première, qui est de ce dernier évêque, quoique la lettre de Bossuet nous manque ; parce que nous plaçons ordinairement parmi les lettres de ce prélat, toutes celles des personnes à qui il peut avoir écrit, lorsque nous avons un nombre de lettres de Bossuet à ces mêmes personnes.

« PrécédentContinuer »