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dissipation, esprit d'intérêt et de gloire. Esprit de Dieu, esprit de pépitence et d'humilité, esprit de charité et de confiance, esprit de simplicité et de douceur, esprit de mortification et de componction, esprit qui hait le monde, et que le monde a en aversion, mais qui surmonte le monde : Dieụ veuille nous le donner.

On dit que nous serons du voyage de la Reine : si cela est, nous serons peut-être plus proches de vous, et plus en état d'avoir de vos nouvelles ; ce mé sera beaucoup de consolation. Je vous écris les choses comme elles me viennent. « Veillez et priez, de » peur que vous n'entriez en tentation : l'esprit est » prompt; mais la chair est foible (1) »,

A Versailles, ce 3 mars 1674.

LETTRE XXIII.

AU MÊME.

Il lui annonce le prochain départ de madame de la Vallière pour

les Carmélites, lui marque quelle est son ardeur pour la pénitence et les austérités du cloitre, et en prend occasion de lui témoigner de grands sentimens d'humilité.

Je vous envoie une lettre de madame la duchesse de la Vallière, qui vous fera voir que, par la grâce de Dieu, elle va exécuter le dessein que le SaintEsprit lui avoit mis dans le cour. Toute la Cour est édifiée et étonnée de sa tranquillité et de sa joie , qui s'augmente à mesuré que le temps approche. En vérité, ses sentimens ont quelque chose de si O Matt. xxvi. 41.

Bossuet. XXXVII.

divin, que je ne puis y penser sans être en de continuelles actions de grâces : et la marque du doigt de Dieu, c'est la force et l'humilité qui accompagnent toutes ses pensées; c'est l'ouvrage du SaintEsprit. Ses affaires se sont disposées avec une facilité merveilleuse : elle ne respire plus que la pénitence; et sans être effrayée de l'austérité de la vie qu'elle est prête d'embrasser, elle en regarde la fin avec une consolation qui ne lui permet pas d'en craindre la peine. Cela me ravit et me confond : je parle, et elle fait; j'ai les discours, elle a les ouvres. Quand je considère ces choses, j'entre dans le désir de me taire et de me cacher; et je ne prononce pas un seul mot, où je ne croie prononcer ma condamnation.

Je suis bien aise que mes lettres vous aient édifié. Dieu m'a donné cela pour vous; et vous en profiterez mieux que moi, pauvre canal où les eaux du ciel passent, et qui à peine en retient quelques gouttes. Priez Dieu pour moi sans relâche, et demandez-lui qu'il me parle au cæur. A Versailles, ce 6 avril 1674.

LETTRE XXIV.

AU MÊME. Il lui demande des instructions sur la cause de sa nouvelle disa

grâce; et le porte à prendre les moyens convenables pour l'empêcher, s'il est encore temps (1).

Quels que soient les ordres et les desseins de la divine Providence sur vous, je les adore, et je crois

(1) Cette seconde disgrâce du maréchal de Bellefonds fut occa

que vous n'avez point de peine à vous y, soumettre, Le christianisme n'est pas une vaine spéculation : il faut s'en servir dans l'occasion; ou plutôt il faut faire servir toutes les occasions à la piété chrétienne, qui est la règle suprême de notre vie. Je ne sais que penser de votre disgrâce : elle est politique; et cependant vous commandez encore l'armée, et j'apprends que vous avez ordre de faire un siége. Pour la cause, autant que j'entends parler, on dit que vous avez manqué par zèle, et à bonne intention : personne n'en doute; mais personne ne se paie de cette raison. Je voudrois bien avoir vu quelqu'un qui me pût dire le fond : mais ici nous n'entendons rien que ce qui paroît en public. Si vous avez quelque occasion bien sûre, donnez-moi un peu de détail : mais je crains que ces occasions ne soient rares.

Quoi qu'il en soit, je vous prie, s'il y a quelque ouverture au retour, ne vous abandonnez pas : fléchissez, contentez le Roi; faites qu'il soit en repos sur votre obéissance. Il y a des humiliations qu'il faut souffrir pour une famille; et quand elles ne blessent pas la conscience, Dieu les tient faites à lui-même. Je vous parlerois plus en détail, si j'en savois davantage. Je prie Dieu qu'il vous dirige, et qu'il vous affermisse de plus en plus dans son saint amour.

A Dijon, ce 24 mai 1674.

sionnée par sa fermeté à défendre quelques places, qu'il avoit reçu ordre d'évacuer. L'ennemi s'étant présenté pour les occuper, il Pattaqua, le battit, et se maintint dans la possession de ces places, qu'il jugeoit importantes pour la France.

LETTRE XXV.

AU MÊME

Sur la conduite admirable de Dieu à l'égard de ce maréchal, la

malignité du monde, et la persévérance de madame de la Valliére.

C'est trop garder le silence; à la fin, l'amitié et la charité en seroient blessées : car encore que je vous croie dans le lieu où vous avez le moins de besoin des avis de vos amis, étant immédiatement sous la main de Dieu, il ne faut pas laisser de vous dire quelque chose sur votre état présent.

J'adore en tout la Providence; mais je l'adore singulièrement dans la conduite qu'elle tient sur vous. Elle vous ôte au monde, elle vous y rend; elle vous y ôte encore : qui sait si elle ne vous y rendra pas quelque jour ? Mais ce qui est certain, et ce qu'on voit, c'est qu'elle prend soin de vous montrer à vous-même; afin que vous connoissiez jusqu'aux moindres semences du mal qui reste en vous. Elle vous montre le monde et riant et rebutant. Vous l'avez vu en tous ces états, déclaré en faveur, déclaré en haine : vous l'avez 'vu honteux, afin que rien ne manquât à la peinture que Dieu vous en fait par vos propres expériences. Que résulte-t-il de tout cela ? sinon que Dieu seul est bon, et que le monde est mauvais, et consiste tout en malignité, comme dit l'apôtre saint Jean (1),

(1) I. Joan. v. 19.

Vivez donc, Monsieur, dans votre retraite : travaillez à votre salut; priez pour le salut et la conversion du monde. O qu'il est dur! ô qu'il est sourd! car c'est trop peu de dire qu'il est endormi: ô qu'il sent peu que Dieu est!

Madame de la Vallière persévère avec une grâce et une tranquillité admirable. Sa retraite aux Carmélites leur a causé des tempêtes : il faut qu'il en coûte pour sauver les ames. Priez pour moi, Monsieur; je m'en vais vous offrir à Dieu.

A Versailles, ce 5 août 1674.

LETTRE XXVI.
A M. DIROIS, DOCTEUR DE SORBONNE.

Sur les longueurs qu'il éprouvoit à l'égard de la traduction ita

lienne du livre de l'Exposition, et sur quelques ouyrages imprimés à Rome.

J'ai reçu, par M. le curé de Saint-Jacques-duHaut-Pas, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Je vois que toutes les longueurs de delà (1) sont faites pour éprouver votre patience, et pour vous donner le moyen d'achever, avec mérite, une chose qui sera assurément fort utile. Ce qui a déjà été fait est considérable ; et je vous suis obligé de m'en avoir fait part : continuez, s'il vous plaît, Monsieur, et faites-moi savoir l'état des choses. Je n'ai point reçu le livre ni la lettre du père Por

(1) De la Cour de Rome.

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