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1; — de la Dynastie des Han orientaux, l'Empereur y entreDupaysdeHa-mi. tenoit un Officier pour le gouvernement. Sous les Dynasties suivantes , mêmes vicissitudes; le pays de Ha-mi fut tantôt uni à la province de Chen-si; tantôt indépendant d'elle, & quelquefois même de l'Empire. La position de ces Peuples , que de vastes déserts séparoient de la Chine, à laquelle ils ne tenoient d'ailleurs ni parle langage, ni parles mœurs, ni par les usages, devoit faciliter ces révolutions. Tous les Peuples tributaires de l'Empire s'étant soulevés en 610, ceux de Ha-mi suivirent leur exemple. Ils rentrerent, en 630, fous l'obéissance de Tai-tfong, second Empereur de la Dynastie des Tang, qui avoit envoyé un de ses Généraux & des troupes pour les réduire. Ce grand Prince donnaune attention particuliere à fa nouvelle conquête. I l y érigea jusqu'à trois districts , &. en lia tellement le gouvernement civil & militaire à la province de Chen-si & des autres pays voisins , que pendant son regne &. plusieurs des suivans tout y sut tranquille. C etoit par Ha-mi que passsoient les caravanes qui venoient de l'Occident à la Chine, ou qui alloient de la Chine en Occident. Les Empereurs, prédéceíseurs de Tai-tfong, se contentoient defaire apporter du vin de Ha-mi dans des outres, dont on chargeoit des chameaux. Mais Tai-tfong » dit l'Histoire Chinoise, ayant subjugué le royaume de Ha-mi, se st apporter des plants de l'efpece de vigne appelée Ma-jou , & les fit planter dans ses jardins; outre cela > il voulut avoir la maniere de faire le vin, dont il usa a fin profit ù à son desavantage.

Le luxe & la mollesse ayant affoibli la Dynastie des Tang, les Mahométans , qui avoient fait de rapides progrès dans tous les pays qui font entre la Perse, la — mer Caspienne & le désert de Cobi, s'avancerent jusqu'à DupaysdeHa'mHa-mi , & en firent la conquête. II paroît que ce pays eut ensuite ses Princes particuliers, mais dépendans des Tartares qui dominerent successivement dans ces immenses régions. Les Yuen> ou Tartares Mongous, réunirent de nouveau le pays de Ha-mi à la province de Chen-si, ôc cette réunion subsista jusqu'en 1360, temps où l'Empereur érigea ce pays en royaume , à charge d'hommage & de tribut. Le Roi de Ha-mi sut décoré d'un nouveau titre en 1404 , & obtint le sceau d'or. Après quelques années de troubles survenus pour la succession au trône, le royaume de Ha-mi devint la proie & la conquête du Roi du Tou-eulh-fan. Ce joug déplut bientôt au peuple de Ha mi; il se révolta contre ces nouveaux maîtres, & fit même sur eux des conquêtes. Le nouveau Roi qu'il s'étoit choisi ne sut pas long-temps possesseur du trône; il sut vaincu & tué dans un sanglant combat que lui livra le Roi de Tou-eulh-fan, qui lui-même périt peu de temps après. Depuis cette époque, le pays de Ha-mi sut successivement livré à l'Anarchie, & gouverné par des Princes particuliers. Celui qui régnoiten 1696, se reconnut vassal de l'Empire, & envoya en tribut à Pe-king des chameaux, des chevaux & des sabres. Kang-hi reçut son hommage avec le cérémonial accoutumé, & publia un Diplome, qui régla le rang que tiendroit le Roi de Ha-mi parmi les Princes tributaires, le temps où il viendroit rendre hommage, la nature & l'espece des présens qui formeroient son tribut, les secours qu'il feroit tenu de fournir en temps de guerre, & la maniere dont il feroit agréer son

»"■"*'—fuccesseur. Tous ces réglemens ont subsisté jusqu'à ce jour. >upsysdeHd-mi. Le p^ys de Ha-mi > quoiqu'environné de déserts, passe pour une des plus délicieuses contrées de l'Univers. La terre y produit en abondance des grains, des fruits , des légumes, des herbages de toute espece. Le riz qu'on y recueille est singuliérement estimé des Chinois. Les grenades, les oranges, les pêches, les raisins, les prunes y ont une saveur exquise; les jujubes même y font juteuses &. d'un goût si ambré , que les Chinois leur ont donné le surnom de jujubes parfumées. Rien de plus délicat, de plus avidement recherché que les melons de Ha-mi ^ qu'on transporte à Pe-king pour la table de l'Empereur. Ces melons , qui font beaucoup plus sains que ceux d'Europe, ont la singuliere propriété de pouvoir être conservés frais pendant une grande partie de l'hiver (*).

Mais la produclion la plus utile 8c la plus estimée du pays de Ha-mi font ses raisins, qu'on fait sécher. Ces raisins secs font de deux especes. La premiere, qui est fort estimée dans la Médecine Chinoise , paroît parfaitement semblable à celle que nous connoissons fous le nom de corinthe. La seconde , qui est plus recherchée pour les tables , est plus petite èc plus délicate que nos pasfevilles de Provence. Les Livres Chinois font parfaitement d'accord avec MM. Lemeri & Gcoffroì, sur les vertus & les qualités des raisins secs ou passés; mais ils attribuent plus de force à ceux de Ha-mi qu'à ceux de la Chine, jusqu'à prévenir que la dose en doit être plus petite. Ils obfervent que l'infusion des premiers est un

(*) II est arrivé à paris, en 177g, des graines de ces melons, qui ont été semées en 1779 , & qui ont assez bien réussi.

excellent remede, i°. pour faciliter l'éruption de la petite •vérole, vers le quatrieme jour, lorsque le malade est Dup ou paroît être trop affoibli; z°. pour exciter une douce sueur dans certaines pleurésies ou fievres malignes. La dose doit varier selon l'âge, letat & la force du malade, &t ce remede doit être sur-tout administré à propos &. avec discernement. ,

L'Empereur a fait transporter à Pe-king' des plants de Ha-mi » qui ont été plantés aussi-tôt dans ses jardins. Comme ces plants ont été en quelque forte cultivés fous ses yeux, c'est-à-dire, avec un foin extraordinaire, ils ont parfaitement réussi. On a trouvé un sucre & un parsum admirables aux raisins qui en font provenus.

Au reste , quoique le pays de Ha-mi, dont la latitude est de 420 53' 20", soit moins méridional que plusieurs de nos provinces de France, on peut cependant assurer que son climat est plus favorable à la culture de la vigne, & bien plus propre à donner au raisin un degré supérieur de bonté. II ne pleut jamais à Ha-mi, on n'y voit même presque jamais ni brouillards ni rosée; la terre y est uniquement arrosée par la neige qui tombe en hiver,, &: par l'eau de cette neige fondue qu'on recueille au pied des montagnes , & qu'on économise avec beaucoup de foin & d'industrie. La deification des raisins se fait d'une maniere plus simple à Ha-mi que dans les provinces de la Chine. Dans le Chen-si, on fait passer ceux qu'on veut, sécher à la vapeur du vin bouillant, ou même on lui.fait essuyer deux ou trois bouillons dans du vin où l'on a répandu un peu de miel blanc purifié. Dans le royaume de Ha-mi, on se contente d'attendre que les. ■ 1 — raisins soient bien mûrs; ensuite, après les avoir exposés Dupaysdelta-mi. en grappe à un soleil ardent, on les égraine, &c l'on. , acheve de les faire sécher. Quelque secs qu'ils soient, ils se rident sans se vider ni s'applatir; les bons raisins doivent être presque aussi croquans que le sucre candi.

Le royaume de Ha-mi contient un grand nombre de villages & de hameaux; mais il n'a proprement de ville que fa capitale, qui a pris son nom. Sa circonférence est d'environ une petite demi-lieue; elle est environnée de hautes murailles , & s'annonce de loin par la beauté de ses deux portes, dont l'une est à l'orient & l'autre au nord. Les rues font alignées & bien distribuées; mais les maisons, qui n'ont qu'un rez de chaussée & qui font presque toutes construites en terre, ont peu d'apparence. Cependant, comme cette ville est fous un beau ciel, placée dans une jolie plaine arrosée d'une riviere , & environnée de montagnes qui la défendent des vents du nord, le séjour n'en est pas moins riant & agréable. De quelque côté qu'on y arrive , on n'apperçoit que des jardins qui réunissent tout ce qu'une terre fertile &C cultivée peut offrir dans le plus doux des climats. Tous les environs de cette ville font charmans, mais ils ne s'étendent pas loin, & aboutiflent de plusieurs côtés à des plaines presque arides, où l'on nourrit de beaux chevaux, &. d'excellens moutons de Tespece de ceux dont la queue est plate , large, & pese jusqu'à trois livres. II paroît que le pays de Ha-mi abonde en fossiles & en minéraux précieux; les Chinois en ont tiré long-temps beaucoup d'or & de diamans: aujourd'hui il leur fournit l'espece d'agate qu'ils estiment le plus. Quant aux habitans de ce petit Etat, ils font

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