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D E L A C H I N E. 557édifice à la construction duquel il voulut contribuer en j accordant dix mille onces d'argent. an?i!nncdeia Voici ces Inscriptions: chine

Inscription du frontispice. Au Vrai Principe De Toutes Choses. Inscription de la premiere colonne. Il N'a Point Eu De Commencement , Et Il N'aura Point De Fin. Il A Produit Toutes Choses Des Le Commencement; C'est Lui Qui Les Gouverne, Et Qui En Est Le Véritable Seigneur.

Inscription de la seconde colonne.

Il Est Infiniment Bon Et Infiniment Juste ; Il éclaire, Il Soutient, Il Regle Tout Avec Une SuPreme Autorité , Et Avec Une Souveraine Justice.

L'Empereur Yong-tching, successeur de Kang-hi, s'exprimoit avec la même justesse sur l'Etre suprême. Le P. Contancin nous a fait connoître un Edit dans lequel ce Prince fait une forte de profession de foi, & déclare à ses peuples quel est l'objet de son culte, & quel doit être celui de tous ses sujets. Cet Edit sut publié dans tout l'Empire , affiché aux carrefours des villes, & inséré dans la Gazette du Gouvernement. II est à propos de rapporter quelles ont été les circonstances qui ont donné Jieu à cette Déclaration.

Un Surintendant de deux provinces écrivit à l'Empereur, que par-tout où l'on avoit élevé des temples en l'honneur du Général d'armée Lieou-mong, les sauterelles & certains autres vers ne portoient aucun dommage 2 aux campagnes; & qu'au contraire les territoires où il

anZnnc àfl*°* n^t0lt point honoré, étoient en proie à tous les ravages Chint. que ces insectes ont coutume de faire. D'autres grands

Mandarins lui avoient aussi proposé différens expédiens superstitieux pour demander ou de la pluie ou du beau temps, selon le besoin. Pour réponse à toutes ces Requêtes, l'Empereur publia la Déclaration fuivante.

» Sur ce que j'ai averti quelques-uns des principaux Officiers des Provinces, de prévenir le dommage que les insectes peuvent causer dans les campagnes, on a mal interprété les intentions de mes ordres, & l'on y a donné un sens détourné, qui ne leur convient point. On s'est imaginé mal à propos que je donne dans Terreur ridicule de ceux qui ajoutent foi à ces esprits qu'on appelle Couei-chin , comme si je croyois que les prieres faites à ces prétendus esprits soient un remede à nos afflictions. Voici donc ce que je veux dire.

M U y a entre le Tien &c l'homme un rapport, une correspondance sûre, infaillible pour les récompenses & pour les châtimens. Lorsque nos campagnes font ravagées ou par les inondations, ou par la sécheresse, ou par les insectes, quelle est la cause de ces calamités? Elles viennent peut-être de l'Empereur même, qui s'écarte de la droiture nécessaire pour bien gouverner, & qui force le Tien à employer ces châtimens pour le faire rentrer dans son devoir. Peut-être aussi viennent-elles de ce que les principaux Officiers de la Province sur laquelle tombent ces malheurs, ne cherchent pas le bien public, & ne prennent pas la justice pour regle de leur conduite. Ne viennent-elles pas aussi, ces calamités, ou de ce que les Gouverneurs des villes ne se comportent pas avec équité, ————■1 ou ne donnent pas au peuple les exemples & les ins- ^JRfJ^d/u'"" tructions convenables, ou de ce que, dans telle Province, Chine. dans tel pays , on viole les loix, on méprise les coutumes , on vit dans le désordre? Alors le cœur de l'homme étant corrompu, cette belle union qui doit être entre le Tien &c l'homme , se trouble , se corrompt, & les adversités fondent sur nous en abondance; car les hommes manquant ici-bas à leur devoir, le Tien alors change l'inclination bienfaisante qu'il avoit à leur égard.

» Persuadé de cette doctrine qui est infaillible, lorsqu'on m'avertit que quelque Province souffre ou d'une longue sécherefle , ou de l'excès des pluies , je rentre aussi-tôt dans moi-même, j'examine avec foin ma conduite; je pense à rectifier les déréglemens qui se seroient introduits dans mon palais. Le matin, le soir, tout le jour, je me tiens dans le respect & dans la crainte. Je m'applique à donner au Tien des marques de droiture &c de piété, dans l'esspérance que, par une vie réguliere, je ferai changer la volonté que le Tien a de nous punir. C'est à vous, grands Officiers, qui gouvernez les Provinces, c'est à vous à me seconder. C'est à vous, Gouverneurs des villes; c'est à vous, peuples, soldats & autres, de quelque qualité & condition que vous soyez; c'est à vous, dis-je, à vous acquitter aussi de ce devoir. Veillez sur vousmêmes; conservez-vous dans la crainte; examinez votre conduite; travaillez à vous perfectionner; aidez-vous , exhortez vous mutuellement les uns les autres; réformez vos mœurs; faites effort, corrigez vos défauts; repentez-vous de vos fautes; suivez le chemin de la vérité; quittez celui de Terreur; & soyez assurés que si, de notre part, nous remplissons tous nos devoirs, le Tien se laissera fléchir par notre conduite bien réglée , & nous attirerons sur nous fa paix & fa protection. Je ne puis trop vous le répéter; pour prévenir les calamités s il n'y a pas de moyen plus sûr que de veiller fur soi-même, de se tenir dans la crainte, & de travailler à fa perfection. Quand on vous dit de prier &: d'invoquer les Esprits , que prétend-on? C'est tout au plus d'emprunter leur entremise, pour représenter au Tien la sincérité de notre respect & la ferveur de nos désirs. Prétendre donc, en quelque forte, s'appuyer sur ces prieres, sur ces invocations , pour éloigner de nous les infortunes , les adversités , pendant qu'on néglige son devoir, qu'on ne veille pas fur soi-même, qu'on ne tient pas son cœur dans le respect & dans la crainte à l'égard du Tien pour le toucher , c'est vouloir puiser dans le ruiíleau après avoir bouché la source; c'est laisser l'essentiel pour s'attacher à ce qui n'est qu'accessoire. Comment pourriez-vous espérer , par une telle conduite, d'obtenir l'accomplisse

ment de vos désirs?

» Voici donc, encore une fois, ce que je pense. Je suis véritablement & intimement persuadé qu'il y a entre le Tien &t l'homme une union réciproque & une parfaite correspondance. Je suis bien éloigné d'ajouter foi à ces Esprits qu'on appelle Couei-chin. C'est pour vous instruire, vous sur-tout grands Officiers de la Couronne & des Provinces, que je n'ai pas dédaigné de prendre la plume, & d'exposer clairement ma pensée, afin que vous vous conformiez à mes fentimens. C'est-là Tunique sujet de cette instruction «.

Cette Cette doctrine sur l'existence & les attributs d'un sou-" verain Etre, sur le culte & les hommages qui lui sont dus, anciïnnîdcl* a subsisté à la Chine , fans altération & fans mélange, ch,ne' pendant une longue suite de siecles. Qu'on consulte en effet tous les monumens, tous les ouvrages canoniques de cette Nation; qu'on parcoure la partie ancienne de ses Annales, on n'y découvrira , pendant une longue succession de regnes, aucune trace d'idolâtrie. LUistoire Chinoise, si minutieuse dans fes détails, si attentive à indiquer toutes les innovations dans les usages , ne fait mention d'aucun Rit superstitieux, contraire à la croyance & au culte que nous venons d'attribuer aux premiers Chinois : elle en eût parlé, fans doute, avec la même exactitude qu'elle a rapporté l'établissement de la Secte des Tao-Jsée , & l'introduction de l'absurde Religion du Dieu Fo, Idole apportée des Indes dans les temps postérieurs. La premiere de ces deux Sectes s'établit à la Chine pendant la vie de Confucìus; la seconde n'y parut que plusieurs siecles après lui. Ce n'est pas que du temps de ce Philosophe célebre, la magie & différentes erreurs n'eussent déjà fait quelques progrès dans plusieurs Provinces, à la faveur des troubles & de la corruption sensible des mœurs : peut-être même le peuple avoit-il déjà quelques Idoles, & faisoit-il usage de quelques pratiques superstitieuses ; mais on ne peut en produire aucune preuve tirée des monumens historiques.:

L'existence du Tribunal des Rits, l'une des Cours souveraines de l'Empire, a dû contribuer beaucoup à la conservation de l'ancienne doctrine religieuse : c'est aux Juges qui composent ce Tribunal qu'est attribuée la surveillance

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