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53 sur tout ce qui concerne le culte ; ils sont chargés d'em**cimnt-deif*0a Pocher les innovations, de réprimer les superstitions poCnine- • pulaires , de châtier & de flétrir les Ecrivains impies ou trop licencieux ; leur sévérité ne pardonne point aux insultes faites à la Divinité ou aux mœurs; & tel Auteur, disent les Missionnaires, jouit de l'impunité en Europe, qu'on eût, dès son premier écrit, dévoué à la Chine aux plus prompts supplices. L'ancienne doctrine du Tien a toujours trouvé son appui dans ce Tribunal, & c'est à l'uniformité constante de ses décrets qu'elle doit particuliérement l'avantage d'être restée la Religion dominante. Ce n'est pas que les Mandarins mêmes qui forment ce Tribunal, ne se livrent quelquefois, dans le secret de leurs maisons , à un grand nombre de pratiques superstitieuses: mais cet attachement personnel à des cultes particuliers n'influe point sur leur ministere public ; dès qu'ils montent sur leurs siéges, ils ne connoiílent plus que la Religion de l'Etat.5 . J

CHAPITRE II.

Sacrifices anciens des Chinois. Leurs premiers temples

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s ^ Ies premiers sacrifices que les Chinois instituerent en.

t'uns des Chinois, l'honneur du Chang-ti, lui surent d'abord offerts sur le Tan, en pleine campagne, ou sur des montagnes. Le Tan signifie un amas de pierres amoncelées en rondt ou simplement un tas de terre orbiculairement élevé. Autour du Tan, régnoit une double enceinte, appelée Kiao, formée de branchages & de gazon. Dans l'espace ■■■; 1.—? vide que laissoient ces deux enceintes, on élevoità droite . Sacrifiu-S an~

* _ r . . c,ens ■** Chinois.

&à gauche deux moindres autels, fur lesquels, immédiatement après le sacrifice offert en l'honneur du Tien, on alloit sacrifier aux Chen & aux Cheng, c'est-à-dire, aux Esprits supérieurs de tous les ordres, & aux vertueux Ancêtres (a). Le Souverain, qu'on regardoit comme le Grand Sacrificateur de l'Empire, pouvoit seul offrir sur le Tan. Les Commentateurs les plus estimés des anciens Livres, & tous les Ecrivains qui ont discuté la doctrine de l'antiquité, conviennent que cet usage d'offrir aux Chen & aux Cheng, après avoir sacrifié au Chang-ti, remonte aux premiers temps, qu'il sut pratiqué par Fo-hi lui-même, & transmis d'âge en âge à ses fuccesseurs, qui l'ont conservé, sans mélange d'aucun autre Rit, pendant la durée des trois premieres dynasties. Ces mêmes Ecrivains ajoutent, qu'en adressant leurs supplications & leurs vœux au Chang-ti, ces anciens Empereurs & leurs Sujets le regardoient comme le souverain Maître, revêtu de la toute-puissance nécessaire pour les satisfaire sur les divers objets de leurs demandes ; mais qu'en offrant leurs prieres aux Esprits & aux Ancêtres, ils ne faifoient qu'implorer leur protection auprès du Chang-ti. De là vient fans doute la différente maniere de s'exprimer

(a) Les Chinois, par Cken Sc Ckeng, entendent les bons Esprits de tous les ordres, & les hommes justes, qui, après avoir quitté leur dépouille mortelle, font associés, pour prix de leurs vertus, au bonheur de l'Etre Suprême. Confucius & les autres Sages célebres de la Nation sont de ee nombre. On donne mèine encore aujourd'hui à l'Impératricc mere & à ['Empereur Ic titre honorable de Ckeng, 8c l'on dit Ckengtnou, la Sainte Mere; Ckeng-Tchou > le Saine Maître.

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g ■ pour désigner ces deux sortes de sacrifices : On prie le

ùtïudesî Chinois ^nanë~tl , on avertlt ^eS -Ancêtres , on leur rend hommage , on pratique en leur honneur des cérémonies respectueuses. II n'étoit pas nécessaire que ce fût le Souverain qui offrît le sacrifice aux Chen & aux Cheng; tout autre pouvoit le suppléer dans cette fonction religieuse.

Dans les premiers temps, lorsque l'Empire, renfermé dans d'étroites limites, n'offroit encore qu'un petit Etat & une population naissante, une feule montagne fuffifoit pour les sacrifices au Chang-ti. Pendant que le Souverain & ses Ministres, enfermés dans la double enceinte de branchages & de gazon, offroient leurs hommages à l'Etre Suprême, les Sujets se tenoient dans un respectueux silence aux environs du Kiao, ou sur le penchant de la montagne sur laquelle on facrifioit. Mais dans la íuite, I'Empire s'étant considérablement accru, Hoang-ti détermina quatre montagnes principales, situées à l'extrémité de ses Etats, & qui correspondoient aux quatre parties du Monde, pour être déformais comme des lieux consacrés au culte religieux de toute la Nation. Pendant le cours de Tannée, ce Prince alloit fuccessivement sacrifier sur une de ces montagnes, & prenoit de là occasion de se montrer à ses peuples, de s'informer de leurs besoins pour y pourvoir, de rétablir Tordre en réformant les abus.

Depuis les Empereurs Yao & Chan, on a des notions plus détaillées sur ces grands sacrifices. On lit dans le Chou-king & les autres fragmens de Tancienne Histoire, que Chun détermina, i°. qu'à la seconde lune, dans laquelle se trouvoit l'équinoxe du printemps, le Souverain sssssss se transporteroit sur la montagne Tai-chan, située dans la tt-í7^f partie la plus orientale de la Chine, &: que là il offriroit sur un Tan, dans l'enceinte d'un Kiao, pour demander au Ciel qu'il daignât veiller sur les semences qu'on avoit confiées à la terre, & qui commençoient à germer : z", qu'à la cinquieme lune, dans laquelle se rencontroit le solstice d'été, le Souverain se rendroit à la montagne du midi, pour y faire les mêmes cérémonies, afin de demander au Ciel qu'une chaleur benigne se répandît dans les entrailles de la terre, pour l'aider à développer tout ce qu'elle a de vertu : 3°. qu'à la huitieme lune, dans laquelle se trouvoit l'équinoxe d'automne, le sacrifice seroit offert sur la montagne de l'ouest, pour obtenir que les insectes & les animaux nuisibles, que la sécheresse ou une trop grande humidité , que les vents & les autres intempéries de l'air, ne sussent point des obstacles à une abondante récolte de tous les dons que la terre produit pour l'usage de l'homme : 4°. enfin, qu'à la douzieme lune, après le solstice d'hiver, on offriroit sur la montagne du nord, pour remercier le Ciel de tous les bienfaits reçus dans le courant de Tannée, & en demander de nouveaux pour celle qu'on alloit commencer.

Cet usage d'aller successivement sacrifier sur une de ces quatre montagnes, appelées les See-yo, subsista très-Iongtemps après Hoang-ti. Les Empereurs de la dynastie Tclieou ajouterent quelques cérémonies & une cinquieme montagne, située au milieu de leurs Etats, ou qui étoit du moins supposée entre les quatre autres. C'est depuis ce 555 temps qu'on les appela les cinq Yo, ou les cinq montagnes fUns7fcL2-. des sacrifices.

On sentit cependant que cette institution, qui aflujettissoit le Souverain à des voyages réglés, avoit ses inconvéniens. Lorsque l'Empereur eut une Capitale, une Cour, des Tribunaux établis pour l'expédition des affaires, il n'étoit guere possible, il pouvoit même être dangereux qu'il s'en éloignât réguliérement au commencement des quatre faisons. D'ailleurs la vieillesse, les infirmités qui l'accompagnent, les intempéries de l'air, la difficulté des chemins, pouvoient devenir des raisons suffisantes pour le dispenser de l'accomplissement de ces voyages pénibles. Le moyen qu'on imagina pour obvier à ces inconvéniens, sut de consacrer, dans les environs du Palais, un emplacement qui pût tenir lieu des Yo, dans toutes les circonstances où le Souverain ne pourroit se transporter aux véritables montagnes des sacrifices. On y construisit un édifice, qui sut tout à la fois la représentation du Kiao, du Tany de la Salle des Ancêtres; & c'étoit là que le Monarque sacrifioit, lorsqu'il ne pouvoit s'éloigner de fa Cour.

La salle des Ancêtres faifoit partie de cet édifice, parce qu'avant d'offrir au Chang-ti, on se rendoit dans cette salle pour avertir les Ancêtres de ce qu'on alloit faire. On y revenoit encore après le sacrifice, pour remercier ces mêmes Ancêtres de la protection qu'ils leur avoient accordée auprès du Chang-ti, qui n'avoit pas dédaigné l'hommage de leurs vœux. Alors on offroit en leur honneur un sacrifice d'actions de graces, & l'on pratiquoit les cérémonies respectueuses.

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