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■; — quelque temps & servir à leur consolation. Ils les reçu

PartagedeUSeae rent avec respec"t., après s'être vingt fois prosternés devant

de Fo. Impostures . Ji I r • • 6 M • i » J

*, i; r eux: mais, des le loirmeme, ils mirent leurs pretendus des Bondes, peres à la broche, & en régalerent leur petite Communauté.

Ces Bonzes connoissent toutes les ressources de l'hypocrisie; ils savent ramper & s'humilier à propos; ils affectent une douceur, une complaisance, une modestie qui séduit & prévient d'abord en leur faveur. On les prendroit pour autant de Saints , sur-tout, lorsqu'à cet extérieur composé on les voit joindre un jeûne rigoureux, de fréquentes veilles, de longues prieres au pied des autels de Fo. Les dons qu'ils ne peuvent obtenir par subtilité & par adreíse , ils tâchent de íe les procurer en excitant la compassion par l'austérité de leurs pénitences: on les rencontre dans les places publiques , dans les carrefours les plus fréquentés, étalant aux yeux du peuple le spectacle des plus effrayantes macérations. Ceux-ci traînent avec peine le long des rues de grosses chaînes longues de trente pieds, attachées au col & aux jambes; ceux-là se meurtrissent & se mettent tout en sang, en se frappant avec violence d'un lourd caillou; d'autres tiennent & portent des charbons ardens sur le sommet de la tête nue. Dans cet appareil, ils s'arrêtent aux portes des maisons: Vbusvoye^, difent-ils, ce qu'il nous en coute pour expier vos fautes ;feriez-vous ajse^ durs pour nous refuser une légere aumône?

Une des pénitences les plus extraordinaires est celle dont le P. Le Comte sut témoin, & qu'il raconte ainsi: M Je rencontrai un jour, au milieu d'un village, un

» jeune n jeune Bonze de bon air, doux, modeste, & tout — » propre à demander l'aumône & à l'obtenir. II étoit pW«*

> « Impostures

» debout dans une chaise bien fermée, & hérissée en & charlatanisme

» dedans de longues pointes de clous fort pressés les dcsBontjs.

» uns auprès des autres, de maniere qu'il ne lui étoit

» pas permis de s'appuyer fans se bleíser. Deux hommes

» gagés le portoient fort lentement dans les maisons ,

» où il prioit les gens d'avoir compassion de lui. Je me

» fuis, dit-il, enfermé dans cette chaise pour le bien de

», vosames, resolu de n'en fortir jamais, jusqu'à ce qu'on ait

» acheté tous ces clous (il y en avoit plus de deux mille);

» chaque clou vaut dix fous; mais il n'y en a aucun qui

» ne foit une fource de bene'dictions dans vos maisons. Si

» vous en achete^ , vous pratiquereç un aile de vertu hé-

» roïque , & ce fera une aumône que vous donnere^, non

» aux Bondes, à qui vous pouve^ d'ailleurs faire vos cha

» rites, mais au Dieu Fo, à l'honneur duquel nous bâtis

», sons un temple «.

» Je passois alors par ce chemin ; ce Bonze me vit, & » me fit comme aux autres le même compliment. Je lui dis » qu'il étoit bien malheureux de fe tourmenter ainsi inu» tilement en ce monde, & je lui conseillai de sortir de » sa prison, pour aller au temple du vrai Dieu se faire » instruire des vérités célestes , & se soumettre à une » pénitence moins rude & plus salutaire. II me répondit » avec beaucoup de douceur & de sang froid, qu'il m'é» toit bien obligé de mes avis; mais qu'il me le feroit », encore davantage , si je voulois acheter une douzaine » de ces clous, qui me porteroient assurément bonheur » dans mon voyage. Tene[, dit-il en se tournant d'un

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ssg »j côté, prene^ ceux-ci ;soi de Bon^e, ce font les meilleurs Partage de la Secte s j ma chaise, parce qu'ils m'incommodent plus que les

4e Fo. Impostures J I r J ( • Tt Cl

V charlatanisme ontrts } cependant us Jont tous de meme prix. 11 profera dejBoit[eí. » ces paroles d'un air & avec une action qui, en toute M autre occasion, m'auroient fait rire ; mais pour lors son t, aveuglement me faisoit pitié, & jc sus pénétré de dou» leur à la vue de ce misérable captif du démon , qui » souffroit plus pour se perdre, qu'un Chrétien n'est » obligé de souffrir pour se sauver «.

Tous les Bonzes ne font pas pénitens; un grand nombre renonce à ces moyens pénibles d'attirer les aumônes. Pour parvenir au même but, d'autres emploient mille abominations secretes , le meurtre même. II y a quelques années, dit le P. Le Comte, que nous ne nous lassons point de citer, que le Gouverneur d'une ville, se trouvant avec sa suite ordinaire dans un grand chemin où une foule de peuple s'étoit assemblée , eut la curiosité de s'instruire du motif de ce concours. Les Bonzes y célébroient une fête extraordinaire. Ils avoient construit, sur un vaste théatre , une machine élevée, au haut de laquelle un jeune homme avançoit la tête au dessus d'une petite balustrade qui l'enfermoit de toutes parts. Ses bras & le reste de son corps étoient cachés; il n'avoit de libre que les yeux, qu'il remuoit d'une maniere fort égarée. Plus bas, sur le théatre, paroissoit un vieux Bonze qui expliquoit au peuple le sacrifice que ce pieux jeune homme avoit résolu de faire de sa vie, en se précipitant dans le ruisseau profond qui couloit le long du chemin. » II n'en » mourra pas, ajoutoit-il \ parce qu'il doit être reçu au » fond des eaux par des Esprits charitables, qui s'empresseront de lui faire l'accueil le plus amical. Au reste,

n c'est le plus grand bonheur qui puisse lui arriver: cent Partage de la sea*

r r r jfi r de Fo. Imposturet

»# autres perlonnes le lont présentees pour occuper la ^ charlatanisme m place; mais fa ferveur, fa piété, ses vertus lui ont jus- des Bonies. » tement fait accorder la préférence «. Le Mandarin ^ après avoir écouté la harangue , dit que ce jeune homme montroit beaucoup de courage , mais qu'il étoit surpris qu'il ne s'expliquât pas lui-même sur fa résolution & sur les motifs de ce sacrifice. Qu'il descende, continua-t-il, afin que nous puiflìons un moment Ventretenir. Le vieux Bonze , effrayé de cet ordre, s'y opposa aussi-tôt, protesta que tout étoit perdu, fi la victime ouvroit seulement la bouche , & qu'il ne répondoit pas du mal qui pourroit en arriver à la Province. Ce mal que vous craigne^, dit le Mandarin , je le prends fur moi; & en même temps il commanda au jeune homme de descendre : mais celuici ne répondoit à tous ces ordres que par des regards affreux, & par un mouvement irrégulier des yeux, qui lui fortoient presque de la tête. » Voyez ces regards, cette » agitation , dit le Bonze, & jugez, par ces signes, de » la violence que vous lui faites; il va fe livrer au dé» fespóir, & si vous continuez, vous le ferez expirer de » douleur ». Le Mandarin ne prit pas le change, il dit à fes gens de monter sur le théatre, & de lui amener ce malheureux. Ils le trouverent étroitement lié èc garrotté , avec un baillon dans la bouche. On le délia, & dès qu'il sut en état de parler, il s'écria de toutes ses forces : » Ah ! Seigneur, vengez-moi de ces assassins qui » vouloient me noyer. Je suis un Bachelier qui me ren» dois à la Cour pour assister aux examens ordinaires.

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f — » Ces Bonzes m'arrêterent hier par force, & ce matin Partage de la stae m,ont \^ avant \e jOUr à cette machine, fans que

de ro. Impostures .... r

& charlatanisme "je pusse ni crier ni me plaindre , résolus de me jeter des Bonies. Ce soir dans le ruisseau, pour accomplir, aux dépens » de ma vie , leurs abominables mysteres «. Dès qu'il eut commencé à parler , les Bonzes prirent la suite; mais les Officiers de Justice, qui font toujours à la suite des Gouverneurs, en arrêterent une partie. Leur Chef sut jeté lui-même dans le ruiíleau , & s'y noya; les autres surent conduits dans les prisons, &, châtiés dans la suite, selon qu'ils le méritoient.

Une lettre du P. hauréati, Jéfuite Italien , nous fournit un fait d'un autre genre : il peut servir à faire connoître les mœurs voluptueuses & la vie secrétement incontinente de ces Bonzes. II existoit autrefois , près de la ville de Foutcheou, un pagode fameux où demeuroient les Bonzes les plus distingués de la Province. La fille d'un Docteur Chinois , en se rendant à la maison de campagne de son pere, accompagnée de deux suivantes, & portée, selon l'usage, dans une chaise couverte, eut la curiosité d'entrer dans ce temple, & envoya prier les Bonzes de se tenir éloignés tandis qu'elle y feroit fa priere. Le principal Bonze, curieux de voir cette jeune personne, se cacha derriere l'autel : il ne la vit que trop bien , & il en devint si éperdument épris, que son imagination échauffée, écartant toute idée de péril, ne lui montra que la facilité qu'il y avoit à enlever une fille foible & mal accompagnée. L'exécution suivit de près le projet. II ordonna à quelques autres Bonzes , ses confidens r d'arrêter les deux fuivantes % & il ravit cette fille malgré ses cris & ses larmes.

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