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dont ils étoient les maîtres, & la valeur de leurs peuples les avoient rendus formidables à leurs voisins. Le reste des bâtimens n'a rien de plus beau que ce qu'on voit ailleurs; les maisons y sont, selon la coutume de la Chine, fort baíses & assez mal construites, les meubles moins propres que dans les provinces méridionales, le vernis plus grossier, la porcelaine plus rare, & les ouvriers moins adroits.

Quant aux habitans du pays , ils font en général plus robustes, plus braves, plus faits à la fatigue, &c d'une taille plus avantageuse que les autres peuples de la Chine. Les principales forces des Tartares, destinées à la défense du nord de l'Empire , sont en garnison dans Si-ngan-fou > sous un Général de leur Nation, qui, avec ses soldats, occupe un quartier de la ville , séparé des autres par une muraille. On trouve dans le territoire de cette ville, une esspece singuliere de chauve-souris , aussi grosses que les poules, & dont les Chinois préferent même la chair à celle des poules les plus délicates. C'est de là aussi que vient le blanc dont les Dames se servent pour embellir leur teint. Le Pere Le Comte nous apprend qu'en 1625 on déterra dans le voisinage de cette ville, une longue table de marbre qui avoit été autrefois élevée en forme de monument. On y trouva dans la partie supérieure une croix bien gravée, & plus bas une inscription, partie en caracteres Chinois, partie en lettres Syriaques, portant en substance, qu'un Ange avoit annoncé que le Messie étoit né d'une Vierge en Judée; que sa naissance sut marquée par une nouvelle étoile dans les cieux; que des Rois d'Orient l'observerent, & vinrent offrir des présens à ce divin Enfant; qu'un Chrétien, nommé Olopucn, parut à la Chine l'an de J. C. 636, & fut favorablement reçu de l'Empereur,, qui ayant examiné fa Loi, en reconnut la vérité & donna un Édit en fa faveur ( * ). II paroît certain, par ce monument, que la Religion Chrétienne a fleuri à la Chine depuis l'an 636 jusqu'en 781, qui est Tannée où l'on érigea ce monument. Le P. Le Comte dit que l'Empereur qui régnoit lorsqu'on le découvrit, donna ordre qu'on le conservât soigneusement dans un temple, à un quart de lieue de Singan-fou.

Cette capitale a trente-fept villes fous fa jurisdiction, six du second ordre, & trente-une du troisieme.

Yen-ngan-fou compte dans son district trois villes du second ordre, & seize du troisieme.

Fong-tfiang-fou n'en a que huit du second & du troisieme rang.

Han-tchong-fou , ville grande & peuplée, est située sur la riviere de Han, qui arrose tout le pays de son ressort, lequel consiste en seize villes, tant du second que du troisieme ordre.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette contrée, c'est le chemin qu'on y a pratiqué à travers les montagnes, & qui conduit jusqu'à la capitale. Cette route sut construite par une armée dans le cours d'une expédition militaire. Elle doit étonner, soit par le nombre d'ouvriers qu'on y employa, qui montoit à plus de cent mille hommes, soit par la difficulté du travail & l'étonnante promptitude avec laquelle il suc achevé. On applanit des montagnes,

(*) On peut voir l'inscriptioa cnticrc & l'histoire de sa découverte, dans la Chim illustré* de Kirehcr,

on construisit des ponts qui menent des unes aux autres, &; lorsque les vallées parurent trop larges, on y dressa des piliers pour les soutenir. Ces ponts, qui forment une partie du chemin, font en plusieurs endroits fi exhaussés, qu'on ne voit qu'avec effroi le fond du précipice; quatre cavaliers peuvent y marcher de front. On y a placé des garde - foux des deux côtés, pour la sûreté des Voyageurs, & l'on a bâti, de distance en distance, le long de cette route, des villages avec des hôtelleries pour leur commodité.

Ping-leang-fou , qui est une des villes les plus considérables de la partie occidentale de la province, est située sur la riviere de Kin-ho; le climat en est très-doux; la vue des montagnes dont elle est environnée, n'a rien que d'agréable, & les eaux dont le pays est arrosé, en rendent le séjour délicieux. Elle a sous fa jurisdiction trois cités du second ordre, & sept du troisieme. On trouve dans ce district une vallée de trois lieues de longueur, si profonde & tout à la fois si étroite, que la lumiere du jour peut à peine y pénétrer: un grand chemin , pavé en pierres carrées , occupe le fond de cette vallée.

Kong-tchang-fou est entourée de montagnes inaccessibles, où l'on voit un tombeau que les Chinois prétendent être celui de Fo - hi; s'ils disent vrai , ce sépulcre est sans contredit le plus ancien monument qui soit dans le Monde. Son ressort comprend trois villes du second rang, &c sept du troisieme.

Ling-iao-fou'Jk. Kin-yang-fou sont deux villes ordinaires, & qui n'ont rien de particulier. Deux villes du second ordre & trois du troisieme relevent de la premiere; la seconde n'en a aussi que cinq sous fa dépendance.

Lan-tcheou n'est qu'une ville du second ordre, & releve de la précédente; mais comme elle se trouve située près de la grande muraille, £c qu'elle est dans le voisinage des principales portes de l'ouest, on la met au rang des cités les plus importantes deTEmpire : on en a même fait la capitale de la partie occidentale de la province, & le siége du Gouverneur. Son territoire est baigné par le fleuve Jaune. Des peaux qui viennent de Tartarie, & différentes especes d'étoffes de laine, font les seuls objets du commerce de cette ville: on y fabrique même une étoffe grossiere où il n'entre que du poil de vache: on l'emploie en redingotes, pour se garantir de la neige.

ARTICLE XI.

Province, de Se-tchuen.

55 Xja province de Se-tchuen est bornée au nord par le Chen-fi> au levant par le Hou-quang , au midi par le Koei-tcheou, &c au couchant par le Royaume de Thibet &c quelques peuples circonvoisins. Outre un grand nombre de forts &c de places de guerre, on compte dans cette province dix villes du premier ordre, &c quatre-vingt-huit du second &c du troisieme. Le grand fleuve Yang-tfe-kiang traverse le Se-tchuen, qui est une province très-riche, non seulement par la quantité de soie qu'elle produit, mais encore par ses mines de fer, d'étain 8c de plomb; par son ambre, ses cannes à sucre, ses pierres d'aimant & d'azur, son musc, ses chevaux qui font très - recherchés; par fa rhubarbe & la racine de fou-lin, que les Médecins Chinois font entrer dans presque toutes leurs recettes; & par mille autres productions utiles, qu'il seroit trop long de nommer. Cette province, qui est très-éloignée de la mer, tire tout le sel qu'elle consomme de ses montagnes, où l'on creuse des puits qui en fournissent abondamment.

La capitale du Se-tchuen, qu'on appelle Tching-tou-fou3 étoit autrefois le séjour des Empereurs, & l'une des plus grandes & des plus belles villes de la Chine; mais en 1646 , elle sut presque entiérement ruinée durant les guerres civiles qui ont précédé la derniere invasion des Tartares. Ses temples , ses ponts, & les débris de ses anciens palais, font encore pour les Etrangers des objets d'admiration. Son commerce & les mœurs de ses habitans n'ont rien qui la distingue, non plus que fa situation, qui est cependant assez agréable. Le Pere Martini , dans son Atlas Chinois, dit qu'on voit, dans le voisinage de cette ville, un oiseau rare &c singulier, appelé tong-hoa-fang, c'est-à-dire, l'oiseau de la fleur de tong-hoa. Le vulgaire prétend que c'est cette fleur qui le produit, qu'il croît, qu'il vieillit & qu'il meurt avec elle. Cette opinion ridicule vient sans doute de ce que les nuances de la fleur ont quelque ressemblance avec celles du plumage de l'oiseau. . Tching-tou-fou a dans fa jurisdiction six villes du second rang, & ving-cinq du troisieme.

Pao-ning-fou, Chun-king-fou & Su-tcheou-fou, font des villes très-ordinaires, que les Géographes & les Voyageurs ne font qu'indiquer. La premiere comprend fous fa jurifdiction dix villes, dont deux du second ordre; la seconde neuf, dont deux du second ordre, & la troisieme dix du troisieme ordre.

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