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sons, & les portent près de l'eau, fur une pente pavée, où ils les lavent avec vigueur; ils les manient, les pé- Pttp trissent avec les mains, les foulent avec les pieds, jusqu'à ce que toute la crasse &. toute l'ordure s'en dégage. Lorsqu'à la suite de cette manipulation , ces vieux papiers ne présentent plus qu'une masse informe, ils la font cuire, la battent de nouveau jusqu'à ce qu'elle soit réduite en consistance de bouillie; alors, à l'aide du châssis, ils enlevent des feuilles, dont ils forment des piles. Ces feuilles font ordinairement d'une grandeur médiocre. Ils les appliquent encore humides sur les murs blanchis de leurs enclos , où le soleil les feche en peu de temps. Ils les détachent enfuite & les rassemblent.

L'encre Chinoise n'est point liquide comme la nôtre; on lui donne la consistance & la forme de tablettes ou de bâtons. L'Histoire rapporte que vers l'an 6iq de l'Ere Chrétienne , le Roi de Corée, parmi les présens qu'il envoie annuellement en tribut à l'Empereur de la Chine, lui fit offrir plusieurs pieces d'encre, composées d'un noir de sumée qu'on avoit recueilli de vieux pins brûlés, &L où l'on avoit mêlé de la colle de corne de cerf. Cette encre avoit un tel éclat, qu'on l'eût prise pour un véritable vernis. L'industrie Chinoise chercha long-temps à deviner le procédé des Coréens : des essais multipliés surent enfin suivis du succès. On eut une belle encre ; mais ce ne sut que vers l'an 900 de J. C. qu'on parvint à lui donner ce degré de perfection qu'elle a toujours conservé depuis.

L'encre de la Chine se fabrique avec le noir qu'on obtient de la sumée de diverses matieres, principalement

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des pins, ou de l'huile qu'on brûle. On a foin d'y ajouter du musc ou quelques parsums pour corriger l'odeur forte &C désagréable de l'huile. On mêle ces divers ingrédiens jusqu'à ce qu'ils parviennent à la consistance d'une pâte, qu'on divise ensuite èc qu'on met dans de petits moules de bois. L'intérieur de ces moules est délicatement travaillé; la tablette d'encre en fort ornée de différentes figures , telles que celles de dragons, d'oiseaux, d'arbres, de fleurs. Un des côtés est presque toujours semé de caracteres élégamment tracés. Les Chinois ont une telle estime pour tout ce qui a quelque rapport à 1'écriture , que les Ouvriers qui fabriquent leur encre jouissent du même préjugé honorable, que nous avons attaché à l'état de nos Gentilshommes Verriers : leur art n'est point regardé comme une profession mécanique.

La meilleure & la plus estimée des encres de la Chine est celle qu'on fabrique dans le district de Hoei-tcheou, ville de la Province de Kiang-nan. Aucune autre ne peut lui être comparée. L'art de fa composition est un secret que les Ouvriers cachent non feulement aux étrangers, mais même à leurs concitoyens. On ne connoît que quelques-uns de leurs procédés. Les Fabricans de HoeU tcheou ont leurs maisons distribuées en un grand nombre de petites chambres , où ils entretiennent des lampes allumées depuis le matin jusqu'au soir. Chaque chambre est distinguée par l'espece d'huile qu'on y brûle, laquelle produit un noir particulier & une encre différente. Mais le noir de sumée qu'on recueille par le moyen de ces lampes où l'on brûle l'huile, n'est guere employé qu'à la composition de certaines encres , qui font d'un très-grand prix. Pour toutes les autres, dont il se fait une si éton- ,sanante consommation à la Chine, on se sert de matieres Papier'encrc'combustibles plus communes. Les Chinois prétendent que les Fabricans d'Hoei-tcheou tirent immédiatement leur noir de sumée de vieux pins, dont les montagnes de leur territoire abondent. Ils ont, dit-on, des fourneaux d'une construction particuliere pour brûler ces pins. De longs canaux conduisent la sumée dans de petites loges bien fermées, & dont tous les parois font tapissés de feuilles de papier. La sumée, introduite dans ces loges, s'attache de tous côtés aux murs 8t s'y condense. Au bout de quelque temps, on entre dans ces loges, & l'on enleve tout le noir de sumée qui s'y trouve. On recueille auflì la résine qui fort des pins enflammés, en la faisant couler par d'autres canaux qui font à fleur de terre.

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Quand les Chinois veulent écrire, ils placent sur leur table un petit marbre poli, creusé à l'une de ses extrémités pour contenir un peu d'eau. Ils y trempent leur encre en bâton, & la frottent sur la partie du marbre qui est unie. Selon qu'ils appuient plus ou moins, en frottant leur encre sur le marbre, elle devient plus ou moins noire. Lorsqu'ils ont cessé d'écrire, ils ont le plus grand foin de laver ce marbre , afin de n'y laisser aucun vestige d'encre; la plus légere portion qui en resteroit, fuffiroit pour dégrader cette pierre, qui est d'une qualité particuliere. Les pinceaux dont ils se servent sont faits de poils d'animaux; mais plus ordinairement de celui de lapin , qui est très-doux.

L'Imprimerie, si récente en Europe, existe à la Chine depuis un temps immémorial; mais elle dissere beaucoup

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■ — de la nôtre. Le petit nombre de lettres qui composent Papier, encre, &c. notre alphabet nous permet de fondre un nombre égal de caracteres mobiles, qui par leur arrangement & leurs diverses combinaisons fuccessives, fuffisent pour imprimer de très-gros volumes : la planche rompue d'une premiere feuille peut fournir des caracteres pour en imprimer une seconde. II n'en est pas de même à la Chine, où les caracteres font si prodigieusement multipliés : comment parvenir à fondre une suite de soixante à quatre-vingt mille caracteres? Les Chinois ont trouvé plus commode de graver sur des planches l'ouvrage entier qu'ils veulent imprimer. Voici quels font leurs procédés dans cette opération. Ils appellent un excellent Ecrivain , qui transcrit l'Ouvrage sur un papier mince &. transparent. Le Graveur colle chacune des feuilles sur une planche pré»parée de bois de pommier, de poirier, ou de tout autre bois dur : avec le burin , il suit les traits de l'écriture , taille en relief les caracteres, & abat tout le bois intermédiaire. Chaque page d'un livre exige une planche particuliere.

Ainsi, l'on voit que la beauté du caractere dépend de la main du copiste , & qu'un livre est bien ou mal imprimé selon qu'on a employé un habile ou médiocre Ecrivain. L'adresle & la précision du Graveur font si grandes, qu'il rend exactement trait pour trait, & souvent il est difficile de distinguer ce qui est imprimé d'avec ce qui est simplement écrit à la main. II est clair que cette méthode prévient les fautes typographiques, 8C dispense de la fastidieuse révision des épreuves.

Un inconvénient de cette maniere d'imprimer est l'ex

cessive multiplication des planches, & l'embarras de les

conserver : à peine une chambre peut-elle contenir toutes PaP,tr> celles qui ont servi à l'impression d'un seul Ouvrage. Mais un avantage marqué que les Libraires de la Chine ont sur ceux de l'Europe , est de pouvoir, à l'aide de cette maniere d'imprimer, ne tirer qu'autant d'exemplaires qu'ils en débitent, & de ne point courir les risques de se ruiner, en ne vendant que la moitié ou le quart d'une édition. D'ailleurs, après le tirage de trente ou quarante mille exemplaires , ces planches peuvent être aisément retouchées, ou gravées de nouveau, pour servir à l'impresfion-d'autres Ouvrages.

Les Chinois, au reste, n'ignorent pas l'usage de nos caracteres mobiles; ils ont auíli les leurs, non en fonte, mais en bois. C'est avec ces caracteres qu'on corrige tous les trois mois ì'Etat de la Chine, qui s'imprime à Pe-king. On imprime aussi quelquefois de la même maniere quelques livrets qui ont peu d'étendue.

Dans l'expédition des affaires pressées de la Cour, lorsqu'il s'agit, par exemple, de promulguer un Edit qui doit être imprimé dans une nuit, on use d'un procédé moins long. On couvre une planche de cire jaune j l'Ecrivain, d'une main légere 8c rapide , y trace les caracteres, & le burin les fixe sur la planche avec une égale célérité.

L'usage de nos prefles n'est point connu dans les Imprimeries Chinoises : les planches gravées , qui ne font que de bois, & le papier, qu'on ne trempe point dans l'eau d'alun, ne pourroient supporter cette pression. On pose la planche de niveau, & on la fixe. L'Ouvrier Inv

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