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DE LA CHINE. 747est resté en possession d'envoyer sa belle porcelaine dans ■■ —*5

toutes les parties du Monde , &: même au Japon. Souries, pont

On ne connoît point l'inventeur de la porcelaine; on ignore si on la doit au hasard ou à des tentatives réfléchies; on ne peut même déterminer avec précision quelle est son antiquité. Tout ce qu'on sait, d'après les Annales de Feou-leang, ville dans le district de laquelle se trouve King-te-tching , c'est que depuis l'an 442 de notre Ere, les Ouvriers de ce bourg ont toujours fourni la porcelaine aux Empereurs, & qu'un ou deux Mandarins , envoyés par la Cour, présidoient à ce travail. On pense cependant que son invention remonte fort au delà de cette époque.

Nous devons au P. d'Entrecolles une lettre très-dé- taillée sur la fabrication de la porcelaine Chinoise. Ce Missionnaire avoit une église à King-te-tching même, & parmi ses Néophytes il comptoit un grand nombre d'Ouvriers employés dans les manufactures. C'est d'eux qu'il a tiré la connoissance des procédés Chinois, & l'explica- tion de quantité de détails dont il ne pouvoit s'instruire par lui-même. II a de plus fait une étude particuliere des principaux Ouvrages qui traitent de la porcelaine. C'est d'après lui que nous allons en parler; nous abrégerons cependant les détails, & nous nous bornerons à donner seulement un apperçu des manipulations Chinoises.

En décrivant les terres & les minéraux de la Chine, nous avons fait connoître le Pe-tun-tse & le Kao-lin, dont le mélange combiné donne la belle pâte de porcelaine. (Voyeç page 310.) A ces deux élémens principaux, il faut joindre l'huile ou vernis qui donne à la porcelaine

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■ ■ 1 1 i fa blancheur & son éclat. Cette huile est une fubstance Jn'ee"&c'FOs"~ blanchâtre & liquide, qu'on tire de la même espece de pierre dont on fait les Pe-tun-tse; mais on fait choix de celle qui est la plus blanche, &c dont les taches font les plus vertes. On obtient cette huile en donnant à la pierre les mêmes préparations dont on fait usage pour faire les Pe-tun-tse: òn lave la pierre, on la pulvérise, on épure son résidu qui offre une espece de crême. Sur cent livres de cette crême, on jette une livre de Chekao, minéral qui ressemble à l'alun, & qu'on a pilé après l'avoir fait rougir au feu. Cet alun est une forte de présure qui donne de la consistance à l'huile, qu'on a soin cependant de maintenir dans un état de fluidité.

Cette huile de pierre , ainsi préparée , ne s'emploie jamais feule : il faut y mêler encore une autre huile, extraite de cendres de chaux & de fougere ,. fur cent livres desquelles on a jeté aussi une livre de Che-kao. Quand on mélange ces deux huiles, il faut qu'elles soient également épaisses : pour s'en assurer, on plonge dans l'une & dans l'autre des carreaux de Pe-tun-tse, & l'on juge, en les retirant, sel'épaississement est égal sur leurs surfaces. Quant à la proportion des doses, l'ufage le plus suivi est de mêler dix mesures d'huile de pierre avec une mesure de l'huile faite de cendres de chaux & de fougere.

Nous connoissons déjà le Pe-tun tje, le Kao-lìny & l'huile ou vernis dont on recouvre la porcelaine. Expliquons maintenant comment elle-même se forme & íe façonne. Toutes les manipulations qui précedent la cuisson , s'exécutent dans les endroits les moins fréquentés de King-te-tching. Là , dans une enceinte spacieuse de mufailles, on bâtit devastes appentis, où l'on voit, étage ^""ffcì fur étage, un grand nombre d'urnes de terre. C'est dans cette enceinte que demeurent & travaillent une infinité d'Ouvriers, qui ont chacun leur tâche marquée. Une piece de porcelaine, avant d'en sortir pour être portée au fourneau, passe par les mains de plus de vingt personnes, &C tout cela s'exécute fans consusion.

Le premier travail consiste à purifier de nouveau le Pe-tun-tse &c le Kao-lin. On procede ensuite au mélange de ces deux matieres. On met autant de Kao-lin que de Pe-tun-tse, pour les porcelaines fines; pour les moyennes, on emploie quatre parts de Kao-lin fur six de Pe-tun-tse^ Le moins qu'on en mette est une partie de Kao-lin fur trois de Pe-tun-tse.

Ce mélange fini, on jette cette masse dans un large creux , bien pavé & cimenté de toutes parts, puis on la foule, & on la pétrit jusqu'à ce qu'elle se durciíle. Ce travail est d'autant plus rude qu'il doit être continu; s'il étoit interrompu, tous les autres Ouvriers resteroient dans l'inaction. On détache de cette maíle, ainsi prépatée, différens morceaux qu'on étend sur de larges ardoises, sur lesquelles on les pétrit & on les roule dans tous les sens, en observant soigneusement qu'il ne s'y trouve aucun vide , ou qu'il ne s'y mêle aucun corps étranger. Un cheveu, un grain de fable perdroit tout l'ouvrage. Faute de bien façonner cette pâte, la porcelaine se fêle, éclate , coule & se déjette. La perfection des pieces dépend de ce premier travail.

Tous les ouvrages unis se façonnent sur la roue. Quand

une taíse en sort, elle n'est qu'une espece de calotte. L'Ouvrier lui donne d'abord le diametre & la hauteur qu'elle doit avoir, &t elle sort de ses mains presque aussi-tôt qu'il l'a reçue. II est forcé d'user de vitesse , puisqu'on ne lui paye que trois deniers par planche, & chaque planche est garnie de vingt-six pieces. Cette tasse est reçue par un second Ouvrier qui l'aíseoit fur sa base. Peu après, elle est livrée à un troisieme, qui l'ap plique sur son moule & lui en imprime la forme; en retirant la taíse de dessus le moule, il faut la tourner doucement sur ce même moule, fans la presser plus d'un côté que de l'autre; fans quoi elle se bossele ou se déjette. Un quartieme Ouvrier polit cette taíse avec le ciseau, sur-tout vers les bords, & en diminue l'épaiíseur autant qu'il est nécessaire pour lui donner de la transparence. Enfin, après avoir passé par toutes les mains destinées à lui donner ses divers ornemens, elle est reçue, quand elle est feche, par un dernier Ouvrier, qui en creuse le pied avec le ciseau. II est étonnant de voir avec quelle célérité & quelle adresse ces Ouvriers se transmettent ces vases les uns aux autres. On assure qu'une piece de porcelaine cuite doit paíser par les mains de soixante-dix personnes.

Les grands ouvrages s'exécutent par parties, qu'on travaille séparément. Lorsque toutes ces pieces de rapport font achevées &c pressque seches, on les unit & on les cimente avec la matiere même de la porcelaine, délayée dans l'eau. Quelque temps après, on polit avec le couteau , en dedans &c au dehors du vase , la ligne de réunion , qui, bientôt couverte du vernis, difparoîc &c n'est plus sensible. C'est ainsi qu'on adapte aux pieces des an- ■ ■ » ses, des anneaux, & autres parties semblables. Ceci Soitrie*Porce* regarde spécialement la porcelaine qu'on façonne fur des la'ne, moules ou qu'on modele entre les mains; tels font les ouvrages cannelés , les grotesques, les figures d'arbres, d'animaux, d'idoles , les bustes que les Européens commandent. Ces divers morceaux se forment de quatre ou cinq pieces qu'on réunit, & qu'on perfectionne ensuite avec des instrumens propres à creuser , à polir , & à rechercher les différens traits que le moule a rendu peu sensibles. Quant aux fleurs &: auxornemcns qui n'ont point de relief, on les grave avec l'empreinte d'un cachet. On fixe aussi aux pieces de porcelaine des ornemens en relief tout préparés , à peu près de la même maniere qu'on applique une broderie sur un habit.

Lorsqu'une piece de porcelaine est façonnée, elle paíle entre les mains des Peintres. Ces Hoa-peit ou Peintres en porcelaine, ne font guere moins gueux que les autres Ouvriers: ils n'ont aucun principe & ne connoisslent aucune des regles de l'artdu dessin. Toute leur science n'est qu'une certaine routine, aidée d'un tour d'imagination assez bizarre. Quelques-uns cependant réussissent à peindre avec aílez de goût des fleurs, des animaux , des paysages, tant sur les porcelaines que sur le papier des éventails & la gaze des lanternes. Le travail de la peinture, dans les ateliers dont nous parlons, est partagé entre un grand nombre d'Ouvriers. L'un est uniquement chargé de tracer le premier cercle coloré qu'on voit près des bords du vase; l'autre dessine des fleurs , que peint un troisieme: celui-ci est pour les eaux, les montagnes; celui-là, pour

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