Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

DE LA CHINE. 757le gravier les couvre en partie. Par la même raison, on ne remplit point la caisse qui se trouve placée au haut ^J*TM^" de chaque pile. Les colonnes qui renferment la plus fine porcelaine, occupent le milieu du fourneau ; on place dans le fond celle qui l'est moins, & à l'entrée toutes les pieces qui ont plus de corps &C qui font fortes en couleur.

Ces différentes piles sont disposées dans le fourneau fort près les unes des autres; elles se soutiennent mutuellement par des morceaux de terre qui les lient en haut, en bas, vers le milieu , de forte cependant que la flamme ait un libre passage pour s'insinuer par- tout 3 & envelopper également toutes les piles.

Les fourneaux où l'on cuit la porcelaine font précédés d'un assez long vestibule, qui conduit l'air, & fait, en quelque forte, l'office de soufflet. II sert aux mêmes usages que l'arche des Verreries, » Ces fourneaux , dit le Pere » d'Entrecolles, font présentement plus grands qu'ils n'é» toient autrefois : ils n'avoient alors que six pieds de » hauteur &c de largeur; maintenant ils font hauts de » deux brasses, & ont près de quatre brasses de pro» fondeur. La voûte est assez épaisse pour qu'on puisse » marcher dessus fans qu'on soit incommodé du feu. » Cette voûte n'est en dedans ni plate , ni formée en » pointe; elle va en s'alongeant, & elle se rétrécit à raeM fure qu'elle approche du grand soupirail qui est à l'ex» trémité, & par où sortent les tourbillons de flamme » & de sumée. Outre cette gorge, le fourneau a sur » fa tête cinq petites ouvertures qui en font comme » les yeux: on les couvre de quelques pots cassés, de

I

7î8 DESCRIPTION GÉNÉRALESsssb » de telle sorte pourtant qu'ils soulagent l'air & le feu Soieries,porcc- „ ju fourneau. C'est par ces yeux qu'on juge si la por'"' 0<r" » celaine est cuite : on découvre l'œil qui est un peu » devant le grand soupirail, & avec une pincette de fer » l'on ouvre une des caisses. La porcelaine est en état, » quand on voit un feu clair dans le fourneau , quand » toutes les caisses font embrasées, & sur-tout quand » les couleurs paroissent avec tout leur éclat. Alors on » discontinue le feu, & l'on acheve de murer, pour » quelque temps, la porte du fourneau. Ce fourneau a » dans toute fa largeur un foyer profond èc large d'un » ou deux pieds; on le passe sur une planche, pouren» trer dans la capacité du fourneau & y ranger la por» celaine. Quand on a allumé le feu du foyer, on mure M aussi-tôt la porte , n'y laissant que l'ouverture nécef» faire pour y jeter des quartiers de gros bois, longs » d'un pied , mais assez étroits. On chauíse d'abord le » fourneau pendant un jour & une nuit; ensuite deux » hommes qui se relevent, ne ceísent d'y jeter du bois. » On en brûle communément pour une fournée jusqu'à » cent quatre-vingts charges. A en juger par ce que die » un Auteur Chinois, cette quantité ne devroit pas être » suffisante; il assure qu'anciennement on brûloit deux » cent quarante charges de bois , & vingt de plus, si M le temps étoit pluvieux, bien qu'alors les fourneaux M fussent moins grands de la moitié que ceux-ci. On y » entretenoit d'abord un petit feu pendant sept jours & » sept nuits : le huitieme jour, on faifoit un feu très» ardent; & il est à remarquer que les caisses de la pe» tite porcelaine étoient déjà cuites à part, avant quo I

[ocr errors]

D E L A C H I N E. 759» d'entrer dans le fourneau. Aussi faut-il avouer que l'an» cienne porcelaine avoit bien plus de corps que la mo- ^ ò0,eTM » derne. On observoit encore une chose qui se néglige » aujourd'hui : quand il n'y avoit plus de feu dans le » fourneau, on ne démuroit la porte qu'après dix jours n pour les grandes porcelaines, & après cinq jours pour » les petites : maintenant on differe à la vérité de queln ques jours à ouvrir le fourneau, & à en retirer les » grandes pieces de porcelaine; car fans cette précau» tion elles éclateroient; mais pour ce qui est des pe» tites , si le feu a été éteint à l'entrée de la nuit, ort » les retire dès le lendemain. Le dessein apparemment est » d'épargner le bois pour une seconde fournée. Comme s, la porcelaine est brûlante , l'Ouvrier qui la retire s'aide, » pour la prendre, de longues écharpes pendues à son cou «. Plusieurs causes concourent à rendre la belle porcelaine de la Chine très-chere en Europe : outre le gain considérable des Marchands qui vont la chercher, & celui que font sur eux leurs Commissionnaires Chinois, il est rare qu'une fournée réussisse complétement. II arrive même quelquefois qu'elle est entiérement perdue, & qu'en ouvrant le fourneau, on trouve les porcelaines & les caisses réduites en une masse informe, aussi dure qu'un rocher. Un trop grand feu, ou des caiílbs mal conditionnées, fuffisent pour gâter tout l'ouvrage. II est d'autant plus difficile de parvenir à régler le feu, que la nature du temps change en un instant son action, la qualité du fujet fur lequel il agit, & celle du bois qui l'entretient. D'ailleurs, la porcelaine qu'on transporte en Europe est presque toujours faite d'après des modeles nouveaux, qu'il est

7<ío DESCRIPTION GÉNÉRALEplus difficile d'exécuter. II suffit qu'elle offre quelques laLl"^'p°rCt~ défauts, Pour *lue le Marchand Européen la rejette, & elle reste entre les mains de l'Ouvrier Chinois, qui ne peut s'en défaire, parce qu'elle n'est pas selon le goût de sa Nation : il est alors nécessaire que les pieces que l'Européen emporte payent pour celles qu'il n'a point agréées.

II ne faut pas croire que l'Ouvrier Chinois puisse exécuter tous les modeles qu'on lui propose. Quelques-uns rencontrent des obstacles insurmontables, tandis qu'on voit sortir du fourneau d'autres ouvrages si extraordinaires, qu'un Européen en eût jugé l'exécution impossible. Le P. d'Entrecolles cite, par exemple, une groíse lanterne de porcelaine qui étoit d'une feule piece , au travers de laquelle un flambeau éclairoit toute une chambre. Cette piece avoit été commandée pat le Prince héritier. Ce même Prince commanda en même temps divers inftrumens de musique , entre autres une esspece de petite orgue , appelée Tseng, composée de quatorze tuyaux, & qui a près d'un pied de hauteur. On y travailla fans succès. On réussit mieux à fabriquer des flûtes douces, des flageolets , & un autre instrument, qu'on nomme Yun-lo , composé de diverses petites plaques rondes, un peu concaves, qui rendent chacune un son particulier. Ce ne sut qu'après des essais multipliés, qu'on parvint à découvrir l'épaisseur & le degré de cuisson convenables pour obtenir tous les tons nécessaires à un accord. Le pere de l'Empereur Kang-hi avoit ordonné qu'on exécutât des urnes de trois pieds & demi de diametre sur deux pieds 8c demi de hauteur; le fond devoit être épais d'un

demiI

» D E L A C H I N E. 76tdemi-pied, & les parois d'un tiers de pied. Ces ou- g 1 vrages devoient probablement servir ou pour le bain ou Soìerus, ponepour contenir de petits poissons dorés. On y travailla pendant trois ans, & l'on fit jusqu'à deux cents urnes, fans qu'une feule réussît &. pût être présentée au Monarque. Ce même Prince commanda, pour orner des devants de galerie ouverte, des plaques qui devoient avoir trois pieds de haut, deux pieds & demi de large, & un demipied d'épaisseur. On fît d'inutiles efforts pour exécuter ces plaques , & les Mandarins de King-te-tching présenterent une Requête à l'Empereur pour le supplier de faire ceíler ce travail.

Les magots, les grotesques, les figures d'animaux, font les sujets que les Ouvriers Chinois entreprennent a vec le plus de succès. Ils exécutent des canards & des tortues qui flottent sur l'eau. Le P. d'Entrecolles parled'un chat de porcelaine, parfaitement imité : on plaçoit dans fa tête une lampe dont la flamme formoit ses deux yeux , & l'effet de cette figure étoit tel, que les rats pendant la nuit en paroissoient épouvantés.

Les Chinois partagent leur porcelaine en plusieurs classes, selon ses divers degrés de finesse & de beauté. Toute celle de la premiere est réservée pour l'Empereur. Si quelques-uns de ces ouvrages paísent dans le public, c'est qu'ils ont des taches & des imperfections qui les ont fait juger indignes d'être offerts au Souverain. Parmi les porcelaines destinées pour l'Empereur, il en est cependant d'une qualité inférieure; mais celles-ci ne font point pour son usage; on les réserve pour être distribuées en présens, que prescrit l'étiquette. On voit qu'il doit être

Ddddd

« PrécédentContinuer »