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Médecine,

771 DESCRIPTION GÉNÉRALEdépourvus de toute chair. Les Chinois assurent que si les coups qui ont été donnés étoient capables de causer la mort, cette épreuve en fait reparoître la marque sur les os, quand même il n'y auroit aucune rupture. Au surplus, le vin dont on parle ici, n'est autre chose qu'une biere fabriquée avec du riz ou du miel : remarque essentielle à faire, si l'on entreprenoit de faire en Europe quelque essai de cet expédient, si digne d'être vérifié.

CHAPITRE VII L
Afusique Chinoise.

.L est assez singulier que les Chinois modernes aient v Musique Chinoise. ^ jeur ancienne musique, les mêmes idées qu'on nous a transmises sur celle des Egyptiens & des Grecs, &c qu'ils. regrettent leur ancienne harmonie comme nous gémissons sur la perte de celle dont l'antiquité nous a tant vanté les prodiges. Si l'Egypte a eu son Hermès ou Mercure Trifmégiste , qui , par la douceur de son chantr acheva de civiliser les hommes ; si la Grece s'honore d'un Amphion qui bâtissoit des villes avec ses seuls accords,, d'un Orphée qui, par le son de sa lyre, fuspendoit le cours des fleuves & se faisoit fuivre des plus durs rochers; la Chine ne nous annonce pas moins de miracles, dus à l'harmonie de ses premiers Musiciens. Elle cite son Lyng-tun, son Kouei, son Pin mou-kiay qui, en touchant leur Kin & leur Ché, en tiroient des sons, capables d'adoucir les mœurs des hommes Sc d'apprivoiser les bêtes les plus féroces,

Plus de huit siecles avant l'existence du célebre fils d'Antiope & du fameux Chantre de la Thrace , l'inimi- Muf'iut Chinoise table Kouei disoit à l'Empereur Chun: Quand je fais sonner les pierres sonores qui composent mon King , les animaux viennent se ranger autour de moi, & tressaillent d'aise. L'ancienne musque, selon les Ecrivains Chinois de tous les âges , pouvoit faire descendre du ciel sur la terre les Esprits supérieurs; elle pouvoit évoquer les ombres des ancêtres; elle inspiroit aux hommes Vamour de la vertu, & les portoit à la pratique de leurs devoirs , &c. V'.ut-on favoir , disent encore ces mêmes Auteurs, si un royaume ejl bien gouverné, fi les mœurs de ceux qui l'habitent font bonnes ou mauvaises? qu'on examine la musique qui y a cours. Cette regle n'étoit pas négligée par Confucius, lorsqu'il parcouroit les diíférens petits royaumes qui partageoient la Chine de son temps. Les traces de l'aneienne musique n'avoient pas encore entiérement disparu,. & il avoit appris par fa propre expérience combien Tharmonie peut avoir d'influence sur Tame, sur ses mouvemens & ses passions. On raconte, en effet, qu'étant arrivé dans le royaume de Tfi, on lui sit entendre un morceau de la musique Chao, c'est-à-dire, de cette musique que Kouei avoit composée par ordre de Chun: Pendant plus de trois mois, disent les Historiens de fa vie, il ne lui fut pas possible de penser à autre chose; les mets les plus exquis & le plus délicatement apprêtés ne surent pas . capables de réveiller son goût, ni d'exciter son appétit, &c. Le P. Amioi s'étoit particuliérement appliqué à l'étude du systême musical des anciens Chinois. U traduisit d'abord quelques-uns des Auteurs qui en ont traité. Son travail

I

774 DESGRIPTION GÉNÉRALE& ses longues méditations ne lui avoient encore procuré 'que de foibles apperçus de cette theorie primitive, lorsqu'il reçut d'Europe le Memoire de M. l'Abbé RouJJìer fur la Musique des Anciens. Cet excellent Ouvrage sut pour lui un trait de lumiere, qui l'éclaira sur une foule d'objets qu'il n'avoit entrevus jusqu'alors qu'à travers des nuages. La théorie de M. l'Abbé Rouffier lui parut si vraie, si constante, qu'elle devenoit applicable à la musique même, qui étoit l'objet de ses recherches. Le Missionnaire regrette vivement que ce profond Harmoniste ne fe soit pas trouvé à portée de fouiller lui-même dans les Antiquités Chinoises; en indiquant les découvertes qu'il auroit faites, il donne une idée de cet ancien systême musical , & montre combien il est antérieur à celui de tous les autres peuples.

» En réunissant, dit le P. Amiot, les lambeaux épars » des plus anciennes archives qui existent aujourd'hui fur '» la terre, M. l'Abbé RouJJìer eût découvert qu'avant Py» thagore , qu'avant Mercure lui-même, on connoissoit » en Chine la division de l'octave en douze demi-tons, » qu'on appeloit les dou^e lu; que ces douze /«, distri» bués en deux classes, y étoient distingués en parfaits » & en imparfaits; qu'on y connoissoit la nécessité de » cette distinction ; Sc qu'enfin la formation de chacun » de ces douze lu , & de tous les intervalles musicaux » qui en dépendent, n'étoit, dans le systême qu'on y » avoit inventé, qu'un simple résultat de la progression » triple de douze termes, depuis l'unité jusqu'au nombre ,j 177147 inclusivement (*),

(*) Voyez le Mémoire sur la Musique des Anciens, art, j. p. J7.

*, Poussant ses découvertes plus loin, M. l'Abbé Rouf- —i » fier eût trouvé fans doute les véritables raisons qui ont **** Chiaoi/i' », engagé les Chinois de la plus haute antiquité à ne faire » mention , dans leur échelle musicale, que des cinq tons » koung, chang, kio, tché, yu , qui répondent à fa , » fol, la, ut, re, tandis qu'ils avoient dans ce qu'ils apM peloient le Pien-koung, répondant à notre mi » & le M pien-tché ou fi, de quoi compléter leur gamme, &C » remplir les prétendues lacunes qui paroijsent, au pre», mier coup-d'œil, attendre dans leur fyjì'eme toujours quel» ques nouveaux sons (*).

» II se seroit peut-être convaincu par lui-même, que *» les rapports que les Egyptiens ont assignés entre les » sons de la musique & les planetes , entre les mêmes » sons & les douze signes du zodiaque, les vingt-quatre a heures du jour, les sept jours de la semaine, & autres » objets , ne font qu'une copie informe de ce qui avoit » été fait par les Chinois , bien des siecles avant que » les Egyptiens eussent une division du zodiaque en douze M signes , avant qu'ils eussent les noms de Sabaoth, de » Saturne, & tous les autres noms qui pouvoient dési» gner les différens objets de ces rapports,

,j Frappé de l'attention scrupuleuse des premiers Chi» nois, dans leurs opérations sur les sons, & plus en» core de leur constance à ne vouloir opérer sur ces » mêmes sons qu'au moyen des instrumens à vent, M. » l'Abbé RouJJïer eût conclu fans doute qu'ils étoient les » inventeurs de leur méthode. Peut-être eût-il conclu

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776 DESCRIPTION GÉNÉRALE■■■' ■ —S » encore que l'heptacorde des Grecs anciens, que la lyre Musique Chinoise. „ Pythagore, que son inversion des tétracordes dia» toniques , & la formation de son grand systême , sont » autant de larcins faits au Chinois du premier âge, » auxquels on ne peut contester les deux anciens ins» trumens , le kin & le ché, qui réunissent eux seuls tous M les systêmes imaginables de muíique. II se seroit ap» perçu que les Egyptiens, les Grecs, & Pythagore lui» même, n'avoient fait qu'appliquer aux cordes ce que *s les Chinois disoient avant eux, en parlant des tuyaux.

» En examinant de près les différentes méthodes em » ployées par ces anciens Chinois, pour fixer le lu gé» nérateur , 8c le ton fondamental de ce lu, M. l'Abbé » RouJJier se fût convaincu encore, que pour avoir ce » point fixe, cette regle authentique & infaillible que » la Nature assigne elle-même , les Chinois n'avoient » pas craint de se livrer aux opérations les plus péni» bles de la Géométrie, aux calculs les plus longs & les » plus rebutans de la science des nombres , au moyen » desquels ils ont enfin obtenu, sinon les vraies dimen» fions de chaque ton, la vraie mesure des intervalles » qui les constituent, la légitimité de leur génération re, » ciproque, & les différens rapports qu'ils ont néceflai»j rement entre eux; du moins ces approximations satis- » faisantes qui se confondent, en quelque sorte, avec le » vrai. Alors, je n'en doute pas , M. l'Abbé Raujfier, »j plein d'estime pour les anciens Chinois, leur eût trans»s féré fans peine les éloges dont il gratifie les sages Egyp» tiens , & n'eût pas hésité à leur faire honneur du fys"

» » tême très-étendu qu'il attribue à ces derniers, ou à

» tout

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