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» tout autre peuple plus ancien que les Grecs & les Chi- 55 » nois «. M"ftue a'noifi

M. l'Abbé Rouflìer, dans une Note sur ce Texte, dit que , non seulement il pense avec le P. Amiot que les » vraies dimensions de chaque ton, leur generation reciproque, » en un mot, que les vraies proportions musicales, celles » qu'adoptoit Pythagore, font réellement dues aux an» ciens Chinois ; mais que les approximations, dont parle » ici le savant Missionnaire , ne sont que l'ouvrage des » Chinois modernes, c'est-à-dire, la suite des erreurs » dans lesquelles les Chinois paroissent être depuis deux » ou trois siecles avant l'Ere Chrétienne «.

II devra fans doute paroître bien extraordinaire que le fystême musical, attribué si long-temps aux Egyptiens & aux Grecs, se soit retrouvé à la Chine, & qu'il soit constaté qu'il y a pris naissance à des époques bien antérieures à celles où ont paru les Hermès, les Linus, & les Orphée. Nous n'entrerons point dans les détails immenses qu'exigeroit l'exposition de ce fystême; nous renvoyons nos Lecteurs au Mémoire du P. Amiot, publié par M. l'Abbé Rouffier , & que cet habile Théoricien a enrichi de ses observations. Cet Ouvrage forme le sixieme volume de la collection des Mémoires fur les Chinois.

Disons un mot des instrumens de musique. Les Chinois ont toujours distingué huit especes différentes de sons, & ils ont cru que la Nature avoit formé, pour les produire, huit sortes de corps sonores, fous lesquelles tous les autres peuvent fe classer. Voici Tordre selon lequel ils distribuent ces huit sortes de sons, & les noms des instrumens qu'ils ont construits pour les produire.

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778 DESCRIPTION GÉNÉRALE■" ■"■ ,■ —— i°. Le son de la peau , qui est rendu par les tambours; Musique Chinoise. zo. je çon je la pierre j rendu par les king; 30. celui

du métal, par les cloches; 4°. celui de la terre cuite y par les hiuen; 5°. celui de la foie, par le kin & le ché-9 6°. celui du bois, par le yu 8c le tchou; 70. celui du bambou, par le koan & differentes Mûtes; 8°. celui de la calebasse, par le cheng.

Les premiers tambours surent composés drune caifle en terre cuite, recouverte à ses deux extrémités de la peau tannée de quelque quadrupede; mais la pesanteur & la fragilité de cette caisse firent bientôt substituer le bois à la terre cuite. Les Chinois ont eu différentes especes de tambours : la plupart ont la forme de nos barils; quelques-uns font cylindriques.

La nation Chinoise est peut-être la seule qui ait íu tirer parti des pierres, pour en former des instrumens de musique. Nous avons déjà fait connoître les différentes especes de pierres sonores qui se trouvent dans cet Empire (Voyez page 300); l'instrument qu'on en a construit s'appelle king, qu'on distingue en tscking &c pienking. Le tsé-king consiste en une feule pierre sonore,, qui ne rend par conséquent qu'un seul ton. Le pien-king est un assortiment de seize pierres suspendues , formant íe systême de sons admis dans l'ancienne musique Chinoise. Ces pierres font taillées en équerre :pour en rendre le son plus grave , on en diminue l'épaisseur; on prend au contraire sur la longueur , quand on veut en rendre le son plus aigu.

Un mélange de cuivre & d'étain a toujours'été la matiere des cloches Chinoises. Leurs formes font très-variées; les anciennes n'étoient point rondes, mais ap

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platies , & terminées en croissant dans leur partie infé- Mu^M ctó"":/i'

rieure. Les Chinois ont formé un instrument de seize cloches assorties, pour correspondre à Tassortiment des king ou pierres sonores.

L'instrument hiuen est en terre cuite; fa haute antiquité le rend respectable aux yeux des Chinois. On distingue le grand & le petit hiuen. Le grand hiuen , dit le Dictionnaire Eulh-ya , ejl comme un œuf d'oie, & le petit hiuen comme un œuf de poule. II a Jîx trous pour les tons, & un septieme trou pour Vembouchure.

Le kin &c le che rendent le son de la soie. Ces deux instrumens font encore de la plus haute antiquité. Le kin a sept cordes, formées de fils de foie. On en distingue trois sortes, qui ne different que par leur grandeur; le grand kin, le kin moyen, & le petit kin. Le corps de cet instrument est fait de bois de Toung-mou, qu'on vernit en noir : fa longueur totale est de cinq pieds cinq pouces. Le che, dont on compte quatre sortes, est monté de vingt-cinq cordes, & fa longueur est ordinairement de neuf pieds. Le P. Amiot assure que nous n'avons en Europe aucun instrument qui mérite d'être préféré à celui-ci.

Les instrumens qui rendent le son du bois, font le tchou, le ou, & le tchoung-tou. Le premier a la forme d'un boisseau , qu'on frappe intérieurement avec un marteau; le second représente un tigre couché, dont on tire des sons, en lui raclant légérement le dos avec une baguette; le troisieme est un assemblage de douze planchettes , liées ensemble, dont on se sert pour battre la

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780 DESCRIPTION GÉNÉRALE1 mesure , en les tenant de la main droite, & en les

Musique Chinoise. keurtant doucement contre la paume de la main gauche.

Le bambou fournit une classe nombreuse d'instrumens, composés de tuyaux unis, séparés, percés de plus ou moins de trous. Le principal de tous ces instrumens à vent est le cheng, qui rend le son de la calebasse. On retranche ce qui forme le cou de celle-ci, & l'on ne réserve que sa partie inférieure, de maniere à pouvoir y adapter un couvercle de bois, qu'on perce d'autant de trous qu'on veut obtenir de sons différens. Dans chacun de ces trous on infere un tuyau de bambou, plus ou moins long selon le ton qu'il doit rendre. L'embouchure de cet instrument est formée par un autre tuyau qui a la figure du cou d'une oie; il tient latéralement au corps de la calebasse, & sert à distribuer l'air à tous les tuyaux qui y font insérés. Les anciens cheng différoient par le nombre des tuyaux qu'ils portoient; le cheng moderne n'en a que treize. Ce dernier instrument paroît avoir quelque rapport avec notre orgue.

Les Chinois ne connoissentpoint l'ufage de nos notes de musique; ils n'ont point ces signes variés qui marquent la différence des tons, les diverses élévations ou les abaissemens gradués de la voix; rien , en un mot, qui indique toutes ces modifications du son d'où résulte l'harmonie. Ils ont seulement quelques caracteres pour désigner les tons principaux : tous les airs qu'ils ont appris, ils les répetent par routine. Aussi l'Empereur Kang-hifatil singuliérement étonné de la facilité avec laquelle un Européen peut saisir & retenir un air, dès la premiere fois qu'il l'entend. En 1679, il fit appeler au palais les PP. Grimaldi & Perdra, pour toucher un orgue & un — clavecin qu'ils lui avoient autrefois présentés. II parut goûter Mus'i"* Chinoise. la musique d'Europe & l'entendre avec plaisir. II ordonna ensuite à ses Musiciens de jouer un air Chinois. Le P. Pereira prit ses tablettes , & y nota l'air tout entier, pendant que les Musiciens l'exécutoient. Lorsqu'ils eurent fini, le Missionnaire répéta l'air fans omettre un seul ton , & avec autant d'aisance que s'il eût passé beaucoup de temps à l'étudier. L'Empereur sut si frappé d'étonnement, qu'il avoit peine à croire ce dont il étoit témoin. II ne pouvoit comprendre comment un étranger avoit pu retenir si-tôt un morceau de musique qui avoit couté tant de travail & de temps à ses Musiciens, & que, par le secours de quelques caracteres, il se le fût tellement approprié qu'il ne pouvoit plus l'oublier. II combla d'éloges la musique Européenne, & admira les méthodes qu'elle fournit pour faciliter &c abréger le travail de la mémoire. Cependant un reste d'incrédulité lui fit désirer de multiplier les épreuves. II chanta lui-même plusieurs airs dissérens, que le Missionnaire notoit à mesure , & qu'il répéta aussi-tôt avec la derniere précision. // faut avouer, s'écria l'Empereur, que la musique d'Europe ejl incomparable , & que ce P ere (le P. Péreira) n'a pas son semblable dans tout /'Empire.

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