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peuple, il lui en fallut supporter les révoltes continuelles, où sa vie étoit en péril (1). Il apprit ce qu'il en coûte à sauver les enfans de Dieu, et fit voir de loin ce qu'une plus haute délivrance devoit un jour coûter au Sauveur du monde.

Ce grand homme n'eut pas même la consolation d'entrer dans la Terre-promise : il la vit seulement du haut d'une montagne, et n'eut point de honte d'écrire qu'il en étoit exclus par une incrédulité (2), qui, toute légère qu'elle paroissoit, mérita d'être châtiée si sévèrement dans un homme dont la grâce étoit si éminente. Moïse servit d'exemple à la sévère. jalousie de Dieu, et au jugement qu'il exerce avec une si terrible exactitude sur ceux que ses dons obligent à une fidélité plus parfaite.

Mais un plus haut mystère nous est montré dans l'exclusion de Moïse. Ce sage législateur, qui ne fait par tant de merveilles

que

de conduire les enfans de Dieu dans le voisinage de leur terre, nous sert luimême de preuve, que sa loi ne mène rien à la perfection (3); et que sans nous pouvoir donner l'accomplissement des promesses, elle nous les fait saluer de loin (4), ou nous conduit tout au plus comme à la porte de notre héritage. C'est un Josué, c'est un Jésus, car c'étoit le vrai nom de Josué, qui par ce nom et par son office représentoit le Sauveur du monde ; c'est cet homme si fort au-dessous de Moïse en toutes choses, et supérieur seulement par le nom qu'il porte; c'est lui, dis-je, qui doit introduire le peuple de Dieu dans la Terre-sainte.

(2) Num. XX. 12.

(3) Hebr. vii. 19.

(1) Num. XIV. 10. (4) Ibid. XI. 13.

Par

Par les victoires de ce grand homme, devant qui le Jourdain retourne en arrière, les murailles de Jéricho tombent d'elles-mêmes, et le soleil s'arrête au milieu du ciel; Dieu établit ses enfans dans la terre de Chanaan, dont il chasse par même moyen des peuples abominables. Par la haine qu'il donnoit pour eux à ses fidèles, il leur inspiroit un extrême éloignement de leur impiété; et le châtiment qu'il en fit par leur ministère, les remplit eux-mêmes de crainte pour la justice divine dont ils exécutoient les décrets. Une partie de ces peuples, que Josué chassa de leur terre, s'établirent en Afrique, où l'on trouva long-temps après, dans une inscription ancienne (1), le monument de leur fuite et des victoires de Josué. Après que ces victoires miraculeuses eurent mis les Israélites en possession de la plus grande partie de la terre promise à leurs pères, Josué, et Eléazar souverain pontife, avec les chefs des douze tribus, leur en firent le partage, selon la loi de Moïse (2), et assignèrent à la tribu de Juda le premier et le plus grand lot (3). Dès le temps de Moïse, elle s'étoit élevée au-dessus des autres en nombre, en courage, et en dignité (4). Josué mourut, et le peuple continua la conquête de la Terre - sainte. Dieu voulut que la tribu de Juda marchất à la tête, et déclara qu'il avoit livré le pays entre ses mains (5). En effet, elle défit les Chananéens, et prit Jérusalem (6), qui devoit être la cité sainte, et la capitale du peuple de Dieu. C'étoit l'ancienne Salem, où

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(1) Procop. de Bell. Vand. lib. II. (2) Jos. XIII, XIV et seq. Num. XXVI. 53. xxxiv. 17. — (3) Jos. xiv, xv. (4) Num. 11. 3, 9. VII. 12. X. 24. 1. Paral. v. 2. — - (5) Judic. I. 1, 2. — (6) Ibid. 4, 8. BOSSUET. XXXV.

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Melchisédech avoit régné du

temps d'Abraham; Melchisédech, ce roi de justice, (car c'est ce que veut dire son nom) et en même temps roi de paix, puisque Salem veut dire paix (1); qu’Abraham avoit reconnu pour le plus grand pontife qui fût au monde : comme si Jérusalem eût été dès-lor's destinée à être une ville sainte, et le chef de la religion. Cette ville fut donnée d'abord aux enfans de Benjamin, qui, foibles et en petit nombre, ne purent chasser les Jébuséens anciens habitans du pays, et demeurèrent parmi eux (2). Sous les juges, le peuple de Dieu est diversement traité, selon qu'il fait bien ou mal. Après la mort des vieillards qui avoient vu les miracles de la main de Dieu, la mémoire de ces grands ouvrages s'affoiblit, et la pente universelle du genre humain entraîne le peuple à l'idolâtrie. Autant de fois qu'il y tombe, il est puni; autant de fois qu'il se repent, il est délivré. La foi de la Providence, et la vérité des promesses et des menaces de Moïse se confirme de plus en plus dans le cœur des vrais fidèles. Mais Dieu en préparoit encore de plus grands exemples. Le peuple demanda un roi, et Dieu lui donna Saül, bientôt réprouvé pour ses péchés : il résolut enfin d'établir une famille royale, d'où le Messie sortiroit, et il la choisit dans Juda. David, un jeune berger sorti de cette tribu, le dernier des enfans de Jessé, dont son père ni sa famille ne connoissoit

pas
le mérite,

mais
que

Dieu trouva selon son cœur, fut sacré par Samuel dans Bethléem sa

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patrie (3).

(1) Hebr. VII. 2.

(2) Jud. 1, 21. - (3) 1. Reg. xvi.

CHAPITRE IV.

David, Salomon, les rois, et les prophètes.

Ici le peuple de Dieu prend une forme plus auguste. La royauté est affermie dans la maison de David. Cette maison commence par deux rois de caractère différent, mais admirables tous deux. David, belliqueux et conquérant, subjugue les ennemis du peuple de Dieu, dont il fait craindre les armes par tout l'Orient; et Salomon, renommé par sa sagesse au dedans et au dehors, rend ce peuple heureux par une paix profonde. Mais la suite de la religion nous demande ici quelques remarques particulières sur la vie de ces deux grands rois.

David régna d'abord sur Juda, puissant et victorieux, et ensuite il fut reconnu par tout Israel. Il prit sur les Jébuséens la forteresse de Șion, qui étoit la citadelle de Jérusalem. Maître de cette ville, il y établit par ordre de Dieu le siége de la royauté et celui de la religion. Sion fut sa demeure : il bâtit autour, et la nomma la cité de David (1). Joab, fiis de sa sæur (2), bâtit le reste de la ville, et Jérusalem prit une nouvelle forme. Ceux de Juda occupèrent tout le pays; et Benjamin, petit en nombre, у demeurą mêlé avec eux.

L'arche d'alliance bâtie par Moïse, où Dieu reposoit sur les Chérubins, et où les deux tables du Décalogue étoient gardées, n'avoit point de place fixe. David la mena en triomphe dans Sion (3), qu'il

(1) II. Reg. v. 6, 7, 8, 9. I. Par. xi. 6, 7, 8.- () I. Par. II. 16. - (3) II. Reg. vi. 18.

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avoit conquise par le tout-puissant secours de Dieu, afin que Dieu régnât dans Sion, et qu'il y fût reconnu comme le protecteur de David, de Jérusalem et de tout le royaume. Mais le Tabernacle, où le peuple avoit servi Dieu dans le désert, étoit encore à Gabaon (1); et c'étoit là que s'offroient les sacrifices, sur l'autel que Moïse avoit élevé. Ce n'étoit qu'en attendant qu'il y eût un temple où l'autel fût réuni avec l'arche, et où se fît tout le service. Quand David eut défait tous ses ennemis, et qu'il eut poussé les conquêtes du peuple de Dieu jusqu'à l'Euphrate (); paisible et victorieux, il tourna toutes ses pensées à l'établissement du culte divin (3); et sur la même montagne où Abraham prêt à immoler son fils unique fut retenu par la main d'un ange (4), il désigna par ordre de Dieu le lieu du temple.

Il en fit tous les dessins; il en amassa les riches et précieux matériaux ; il y destina les dépouilles des peuples et des rois vaincus. Mais ce temple, qui devoit être disposé par le conquérant, devoit être construit par le pacifique. Salomon le bâtit sur le modèle du Tabernacle. L'autel des holocaustes, l'autel des parfums, le chandelier d'or, les tables des pains de proposition, tout le reste des meubles sacrés du temple, fut pris sur des pièces semblables que

Moïse avoit fait faire dans le désert (5). Salomon n'y ajouta que la magnificence et la grandeur.

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(1) I. Par. xvi. 39. XXI. 29. - (2) II. Reg. vi. 1. Par. xvms. (3) 11. Reg. xxiv. 25. I. Par. xxi, xxu et seq. (4) Joseph. Ant. lib. vu, c. 10, al. 13. 5) III. Reg. VI, VII, VII. II. Par. II, IV, V, VI, VII.

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