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L'arche que l'homme de Dieu avoit construite fut posée dans le Saint des Saints, lieu inaccessible, symbole de l'impénétrable majesté de Dieu, et du ciel interdit aux hommes jusqu'à ce que Jésus-Christ leur en eût ouvert l'entrée par son sang. Au jour de la dédicace du temple, Dieu y parut dans sa majesté. Il choisit ce lieu

pour y

établir son nom et son culte. Il y eut défense de sacrifier ailleurs. L'unité de Dieu fut démontrée par l'unité de son temple. Jérusalem devint une cité sainte, image de l'Eglise, où Dieu devoit habiter comme dans son véritable temple, et du ciel, où il nous rendra éternellement heureux par la manifestation de sa gloire.

Après que Salomon eut bâti le temple , il bâtit encore le palais des rois (), dont l'architecture étoit digne d'un si grand prince. Sa maison de plaisance, qu'on appela le Bois du Liban, étoit également superbe et délicieuse. Le palais qu'il éleva pour

la Reine fut une nouvelle décoration à Jérusalem. Tout étoit grand dans ces édifices ; les salles, les vestibules, les galeries, les promenoirs, le trône du Roi, et le tribunal où il rendoit la justice : le cèdre fut le seul bois qu'il employa dans ces ouvrages. Tout y reluisoit d'or et de pierreries. Les citoyens et les étrangers admiroient la majesté des rois d'Israël. Le reste répondoit à cette magnificence, les villes, les arsenaux, les chevaux, les chariots, la garde du prince (3). Le commerce, la navigation, et le bon ordre, avec une paix profonde, avoient rendu Jérusalem la plus riche ville de l'Orient. Le royaume

(1) NI. Reg. VII, s. - (-) III. Reg. x, II. Par. VIII, IX.

étoit tranquille et abondant : tout y représentoit la gloire céleste. Dans les combats de David, on voyoit les travaux par lesquels il la falloit mériter; et on voyoit dans le règne de Salomon combien la jouissance en étoit paisible.

Au reste, l'élévation de ces deux grands rois, et de la famille royale, fut l'effet d'une élection particulière. David célebre lui-même la merveille de cette élection par ces paroles (1) : « Dieu a choisi » les princes dans la tribu de Juda. Dans la maison » de Juda, il a choisi la maison de mon père. Parmi » les enfans de mon père, 'il lui a plu de m'élire v roi sur tout son peuple d'Israël ; et parmi mes » enfans, (car le Seigneur m'en a donné plusieurs) » il a choisi Salomon, pour être assis sur le trône » du Seigneur et régner sur Israël ».

Cette élection divine avoit un objet plus haut que celui qui paroît d'abord. Ce Messie, tant de fois promis comme le fils d'Abraham, devoit aussi être le fils de David et de tous les rois de Juda. Ce fut en vue du Messie et de son régne éternel que Dieu promit à David que son trône subsisteroit éternellement. Sa

choisi pour lui succéder, étoit destiné àreprésenter la personne du Messie. C'est pourquoi Dieu dit de lui : « Je serai son père, et il sera mon » fils (2) »; chose qu'il n'a jamais dite avec cette force d'aucun roi ni d'aucun homme,

Aussi du temps de David, et sous les rois ses enfans, le mystère du Messie se déclare-t-il plus que jamais, par des prophéties magnifiques, et plus claires

que

le soleil, (1) 1 Par, xxvii. 4, 5. (2) II. Reg. VII. 14. I. Par. xxii, 10.

lomon,

David l'a vu de loin, et l'a chanté dans ses Psaumes y avec une magnificence que rien n'égalera jamais. Souvent il ne pensoit qu'à célébrer la gloire de Salomon son fils; et tout d'un coup ravi hors de luimême, et transporté bien loin au-delà, il a vu celui qui est plus que Salomon en gloire aussi bien qu'en sagesse (1). Le Messie lui a paru assis sur un trône plus durable que le soleil et que la lune. Il a vu à ses pieds toutes les nations vaincues, et ensemble bénites en lui (2), conformément à la promesse faite à Abraham. Il a élevé sa vue plus haut encore : il l'a vu dans les lumières des saints, et devant l'aurore, sortant éternellement du sein de son père, pontife éternel et sans successeur, ne succédant aussi à per

créé extraordinairement, non selon l'ordre d'Aaron, mais selon l'ordre de Melchisedech, ordre nouveau, que la loi ne connoissoit pas. Il l'a vu assis à la droite de Dieu , regardant du plus haut des cieux ses ennemis abattus. Il est étonné d'un si grand spectacle ; et ravi de la gloire de son fils, il l'appelle son Seigneur (3).

Il l'a vu Dieu , que Dieu avoit oint pour le faire régner sur toute la terre par sa douceur, par sa vérité, et par sa justice (4). Il a assisté en esprit au conseil de Dieu, et a ouï de la propre bouche du Père éternel cette parole qu'il adresse à son fils unique : Je t'ai engendré aujourd'hui ; à laquelle Dieu joint la promesse d'un empire perpétuel, « qui

s'étendra sur tous les Gentils, et n'aura point d'au» tres bornes que celles du monde (5). Les peuples (1) Masth: vi. 29. X11:42. — (2) Psal. lxxi. 5, 11, 17.

- (3) Ps. cis. - (1) Psal. xliv. 3, 4, 5, 6, 7,

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8.

(5) Psal. 11:72

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» frémissent en vain : les rois et les princes font » des complots inutiles. Le Seigneur se rit du haut » des cieux (1) » de leurs projets insensés, et établit malgré eux l'empire de son Christ. Il l'établit sur eux-mêmes, et il faut qu'ils soient les premiers sujets de ce Christ dont ils vouloient secouer le joug (2). Et encore que le règne de ce grand Messie soit souvent prédit dans les Ecritures sous des idées magnifiques, Dieu n'a point caché à David les ignominies de ce béni fruit de ses entrailles. Cette instruction étoit nécessaire au peuple de Dieu. Si ce peuple encore infirme avoit besoin d'être attiré par des promesses temporelles, il ne falloit pourtant pas lui laisser regarder les grandeurs humaines comme sa souveraine félicité, et comme son unique récompense : c'est pourquoi Dieu montre de loin ce Messie tant promis et tant désiré, le modèle de la perfection, et l'objet de ses complaisances, abîmé dans la douleur. La croix paroît à David comme le trône véritable de ce nouveau roi, Il voit ses mains et ses pieds percés, tous ses os marqués sur sa peau

(3) par tout le poids de son corps violemment suspendu, ses habits partagés, sa robe jetée au sort, sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, ses ennemis frémissant autour de lui , et s'assouvissant de son sang (4). Mais il voit en même temps les glorieuses suites de ses humiliations : tous les peuples de la terre se ressouvenir de leur Dieu oublié depuis tant de siècles; les

pauvres venir les premiers à la table du Messie, et ensuite les riches et les puissans;

(1) Psal. 11. 1,2,4, 9. - (2) Ibid. 10, etc. - (3) Ps. XXI, 17, 18, 19, - (4) Ps. LXVIII. 22. Ps. xxi. 8, 13, 14, 17, 21, 22.

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tous l'adorer et le bénir ; lui présidant dans la grande et nombreuse église, c'est-à-dire, dans l'assemblée des nations converties, et y annonçant à ses frères le nom de Dieu (1) et ses vérités éternelles. David, qui a vu ces choses, a reconnu, en les voyant, que le royaume de son fils n'étoit pas de ce monde. Il ne s'en étonne pas, car il sait que le monde passe ; et un prince toujours si humble sur le trône voyoit bien qu'un trône n'étoit pas un bien où se dussent terminer ses espérances.

Les autres prophètes n'ont pas moins vu le mystère du Messie. Il n'y a rien de grand ni de glorieux qu'ils n'aient dit de son règne. L'un voit Béthléem, la plus petite ville de Juda , illustrée par sa naissance; et en même temps élevé plus haut, il voit une autre naissance par laquelle il sort de toute éternité du sein de son Père (2): l'autre voit la virginité de sa mère; un Emmanuel, un Dieu avec nous (3) sortir de ce sein virginal, et un enfant admirable qu'il appelle Dieu (4). Celui-ci le voit entrer dans son temple (5): cet autre le voit glorieux dans son tombeau où la mort a été vaincue (6). En publiant ses magnificences, ils ne taisent pas ses opprobres. Ils l'ont vu vendu; ils ont su le nombre et l'emploi des trente pièces d'argent dont il a élé acheté (5). En même temps qu'ils l'ont vu grand et élevé (8), ils l'ont vu méprisé et méconnoissable au milieu des hommes; l'étonnement du monde, autant par sa bassesse que par sa grandeur; le dernier des

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(1) Ps. XX1. 26, 27, et seq.

(2) Mich. v. 2. — (3) Is. vii. 14. - (4) Id. ix. 6. - (5) Mal. u. 1. - (6) Is X1. 10. LIII. 9. - (7) Zach. X1. 12, 13. - (8) Is. LII. 13.

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