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le peut; car quand il ne trouve point de raisons, il ne met point de paroles à la place. Je suis assurée que vous aimeriez la naïveté et la clarté de son esprit ; il est neveu de ce M. de la Lane qui avoit une si belle femme : le Cardinal de Retz vous a parlé vingt fois de sa divine beauté. Il est neveu de ce grand Abbé de la Lane, Janséniste : toute sa race a de l'esprit, et lui plus que tous ; enfin, il est cousin de ce petit la Lane qui danse. Voyez un peu où je me suis engagée, cela étoit bien nécessaire.

Le feuillet de politique à Corbinelli, est excellent; pour celui-là, il s'entend tout seul, je ne le consulterai à personne. Le Maréchal deSchomberg a donné sur l'arrière-garde des ennemis; il auroit tout défait, s'il les avoit suivis avec plus de troupes; quarante dragons y ont péri en héros; un d'Aigremont tué sur la place; le fils de Bussy qui vouloit aller par-delà Paradis, prisonnier; le Comte de Vaux toujours despremiers ; mais le reste de l'armée étoit dans l'inaction, et cinq cents chevaux firent tout ce vacarme. On dit que c'est dommage que le détachement n'ait pas été plus fort :je trouve à tout moment que le plus juste s'abuse. Le bien bon même a trouvé quelquefois de l'erreur dans son calcul : il vous embrasse de tout son cœur ; et moi, je pense mille fois le jour à la joie que j'aurai de vous avoir.

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LETTRE 457.

De Madame DE SÉriGNÊ au Comte Debussy.

, à Livry, ce 18 Septembre 1676.

Tout bon chien chasse de race, mon Cousin, vous voyez comme fait déjà notre petit Rabutin. Le voilà donc prisonnier. N'est-il point blessé ? Et comment le retirerez-vous? Les rançons de ces sortes de grands Officiers sont-elles réglées? De la manière qu'on m'a mandé qu'il s'étoit avancé , je crois qu'il vouloit prendre les ennemis. J'espère que vous me manderez de ses nouvelles et des vôtres, où je prends toujours bien plus de part que je ne vous dis. Qu'est devenu ce procès dont la narration ( contre l'ordinaire) faisoitun si agréable divertissement ? Comment se porte ma nièce de Coligny, et son petit garçon? C'est une contenance pour elle que d'avoir cet héritier dont la pensée me fait plaisir, parce qu'elle en sera encore plus heureuse. Madame de Bussy s'y porte-t-elle toujours bien? Voilà bien des questions. Si la fantaisie vous prenoit, pour suivre mou exemple, de m'en faire aussi, je m'en vais vous y répondre par avance. Je suis ici dans ce joli lieu que vous connoissez; et j'y suis bien mieux, ce me semble, et plus agréablement qu'à Paris, au moins pour quelque tems. J'y fais quelques remèdes pour rétablir cette belle santé, et je mets mes bras dansla vendange, espérant que mes mains qui ne se ferment point encore, reprendront par-là leursfonctionsordinaires. Vous devriez m'envoyer quelques morceaux de vos Mémoires. Je sais des gens qui en ont vu quelque chose, qui ne vous aiment pas tant que je fais, quoiqu'ils aient plus de mérite.

LETTRE 458."

Le Comte DE Bussy à Madame DE SÈriGNÉ.

à Paris, ce 18 Septembre 1676.

J'a I ouï dire que le petit Rabutin vouloit prendre le Prince d'Orange à la barbe; mais qu'il fut si étonné quand il vit qu'il n'en avoit point, qu'il se laissa tomber dans un fossé où il fut pris. Je vous envoie sa lettre, qui vous apprendra mieux comment la chose se passa. Il m'en coûtera cent pisloles pour son cheval, ou pour sa rançon. Mais cela lui a fait bien plus d'honneur que l'argent ne vaut. Il est bien heureux d'avoir été fait seul prisonnier, au moins de gens qui aient un nom. Il y a quinze jours que je me suis mis dans les remèdes, et cela m'a empêché d'aller vous voir. Cependant je n'en quitte pas encore le dessein : mais j'y veux aller coucher. Mandez-moi si l'Abbé m'y pourra donner un lit. Je vous porterai des Mémoires que je veux lire avec vous. J'aime les louanges à tous les endroits qui vous plairont ; et si vous les lisiez sans moi, vous ne m'en donneriez qu'en général pour tout l'ouvrage.

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Votre Nièce de Colignyet le posthume se portent à merveilles : elle a une bonne contenance avec lui, et sans lui elle ne seroit pas décontenancée.

LETTRE 459.

Madame de SÉriGNÉ à Madame DE GRIGNAN.

à Livry, lundi ai Septembre 1676.

No N, ma fille, ce n'est point pour vous épargner la fatigue d'un voyage au mois de Décembre que je vous prie de venir au mois d'Octobre, c'est pour vous voir deux mois plutôt. J'ai pris assez surmoi de n'avoir pas usé du droit que vous m'aviez donné de vous faire venir cet été : il faut me payer de cette complaisance; et sans pousser l'irrésolution par-delà toutes les bornes, vous partirez, comme nous en sommes demeurés d'accord, dans le tems que M. de Grignan ira à son assemblée : c'est de ce tems que je vous serai obligée, parce que je le compterai pour moi. Voilà ce que mon amitié espère de la vôtre : je n'en dirai pas davantage. Pour ma santé, n'en soyez point en peine; je mets les mains deux fois par jour dans le marc de la vendange, cela m'entête un peu ; mais je crois, sur la parole de tout le monde, que je m'en trouverai bien. Si je suis trompée, Vichi reviendra sur le tapis; en attendant, je fais tout ce qu'on veut, et me promène en long et en large, avec une obéissance merveilleuse. Je ne pousserai point ce séjourci plus loin que le beau tems; je ne tiens à rien, et je ne ferai point une gageure d'y essuyer les brouillards d'Octobre. Vous ai - je mandé que Segrais * est marié à une cousine très-riche? Elle n'a pas voulu des gens proportionnés à ses richesses, disant qu'ils la mépriseroient, et qu'elle aimoit mieux son cousin. '.

Vous ne voulez pas que je vous écrive de grandes lettres; pourquoi donc? C'est la chose du monde qui m'est la plus agréable quand je ne vous vois point. Vous me menacez de me les renvoyer sans les lire ; j'aurois grand regret d'en payer le port: elles sont pleines de tant de bagatelles, que j'aurois quelquefois regret que vous le payiez vous-même: mais pour m'ôter cette peine, venez , venez me voir, venez m'ôter la plume des mains, venez me gouverner , me reprocher tous mes morceaux; voilà le moyen d'empêcher tous mes volumes, et de me donner une parfaite santé.

Philisbourg est enfin pris ; j'en suis étonnée; je ne croyois pas que nos ennemis sussent prendre une ville : j'ai d'abord demandé qui avoitpris celleci , et si ce n'étoit pas nous; mais non , c'est eux.

* Jean Renauld de Segrais, de l'Acade'mieFrançoise. u Que Segrais dans l'Eglog'ue enchante les forêts 1.

Malgré ce vers de Boileau, il y a long-tems que ses Égloguee ■ontsans lecteurs, comme sa traductiou de Virgile.

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