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blée. Il faut avouer que jamais il ne s'est vu un tel ami : quand on lui recommande quelque affaire, rien n'empêche de croire que c'est la seule qu'il ait; tant il s'en acquitte ponctuellement.

LETTRE 465.
A la même.

Commencée à Livry, et finie à Paris,
mercredi 14 Octobre 1676.

Je Vous remercie de votre complaisance , et de l'amitié que vous me témoignez, puisque vous êtes résolue de partir avant M. de Grignan. Je l'embrasse , et je le remercie aussi du consentement qu'il y donne : je connois la pesanteur de votre absence , et je comprends ce qu'il souffrira; mais c'est pour si peu de tems , qu'il a raison de ne pas m'envier cette satisfaction : sa part est toujours bien grande, au prix de la mienne. Je vous conjure pré* «entement de prendre un bon conducteur pour votre voyage; j'ai de la peine à penser à l'ennui que irous aurez:je vous recommande àMontgobert; ayez des livres; et au nom de Dieu, défendez à vos muletiers de prendre le chemin le plus court, en allant de chez vous à Montélimart; qu'ils prennent le chemin du carrosse : ils menèrent Madame de Coulanges par celui que je vous dis; sans du But, qui descendit promptement, et soutint la litière, elle tomboit dans un précipice épouvantable; il m'a conté cela dix fois, et m'a fait transir. J'ai déjà été réveillée plus d'une fois la nuit, de la crainte qu'on ne vous mène par ce chemin. Je vous conjure, ma très-chère, de donner ce soin a quelqu'un qui ait plus d'attention à votre conservation que vous-même. J'écrirai à Moulins à un M. Châtelain, qui vous rendra mille petits services ; c'est un trèsbon et très-honnête homme, quia de l'esprit et de la piété. Vous y verrez aussi Madame de Gamache, qui est de la maison de Montmorin : elle est vive, elle est jolie femme : elle ne m'a pas quittée pendant quatre ou cinq jours, en deux fois que j'ai été à Moulins, ou chez Mesdames Fouquet : enfin, elle est ma première amie de Moulins.

M. de Seignelai est allé en poste à Marseille, pour une affaire de la marine; nous ne savons ce que c'est. Le Brisacier et sa mère sont toujours à la Bastille. La mère a obtenu une femme pour la servir ; mais M. le Duc se déchausse lui-même.

Votre médecin philosophe tire de trop loin pour tirer juste : il me croit malade, et je suis guérie; et je vous assure que les conseils qu'on m'a donnés ici, sont opposés aux siens. Je finirai ma lettre demain à Paris.

Jeudi i5.

Me voici donc à Paris. J'ai couché à Saint-Maur; j'y allai de Livry. J'y ai vu M. de la Rochefoucauld , et nous avons fort causé. Si Quanto avoit bridé sa coiffe à Pâques de l'année qu'elle revint à Paris, elle ne seroit pas dans l'agitation où elle est: il y avoitdubon esprit à prendre ce parti; mais la foiblesse humaine est grande ; on veut ménager des restes de beauté; cette économie ruine plutôt qu'elle n'enrichit. La bonne femme ( Madame de Soubise) est en Flandres : cela ferme la bouche. J'ai trouvé que mes rêves de Livry se rapportent fort aux raisonnemens d'ici. Je n'ai point encore vu Madame de Coulanges, je n'irai qu'après avoir fait ce paquet. On m'assure qu'elle est très-bien, et que les épigrammes recommencent à poindre. Je lui ferai vos amitiés, et donnerai votre lettre à son mari.

On dit que le crime de Brisacier, c'est d'avoir abusé de sa charge (1), en faisant écrire la Reine au Roi de Pologne, pour l'engager à prier le Roi d'accorder un brevet de Duc à Brisacier, son secrétaire. Il faut que le courrier de Pologne ait apporté cette nouvelle, puisqu'on a donné des Commissaires à Brisacier; et vous savez ce que c'est d'abuser du sceau et du seing d'une Beine de France. Je crains que M. le Duc de firisacierski ne soit pendu.

Je prévois que mon fils reviendra, au lieu d'aller sur la Meuse, où sa mauvaise destinée l'envoie; il a un rhumatisme à la cuisse, qui sera bon pour obtenir son congé. Si le beau tems continue, j'irai encore un moment à Livry : ma maison est toute prête et toute rangée, c'est le principal. Parlez-moi un peu de votre départ, et je vous parlerai vendredi de votre voiture de Briare ou d'Orléans. Au reste, (1) De Secrétaire des Comrnunden1ens de la Reine.

vous jugez bien qu'Amonio étant à Rome, il se moquera de Chelles, après y avoir mis la réforme; je vous ai dit que son oncle étoit Maître-de-chambre du nouveau Pape : tout ce que vous me mandez sur ce sujet, est l'étoffe de dix épigrammes. Vous êtes la plus plaisante créature du monde, avec toute votre sagesse et votre sérieux : si vous vouliez prendre soin de ma rate, je serois immortelle ; ils disent que c'est de là que sont venus tous mes maux. Songez, ma très-chère, à venir me voir ; je n'attendrai point de sang froid la joie que j'aurai de vous embrasser , et mes petits esprits se mettront bientôt en mouvementpourallerau-devant de vous. Adieu, ma très-chère enfant; je vous écrirai vendredi. Je n'ai encore vu personne : vous savez comme j'aime à ramasser des rogatons pour vous divertir. Ce que je ne puis vous mander, c'est, en vérité, l'excès de l'amitié que j'ai pour vous.

LETTRE 466.

-A la même. à Paris, vendredi 16 Octobre 1676.

En vérité, ma fille , je n'ai jamais vu de si sots enfans que les miens; ils sont cause que je ne puis retourner à Livry, comme j'en avois le dessein. Je vois bien que cela vous fait rire, et que vous n'avez pas grande envie de me plaindre d'être obligée de faire faux-bond à Livry le quinze d'Octobre. Tome IV. I

D'Hacquevîlle, Corbinelli, M. et Madame de Coulanges, vous aideront fort à approuver que je ne les quitte plus. Il est vrai cependant que sans vous et mon fils, j'aurois continué ma solitude avec plaisir: j'étois là plus à moi en un jour, que je n'y suis ici en quinze; je priois Dieu , je lisois beaucoup ; je parlois de l'autre vie, et des moyens d'y parvenir. Le Père Prieur a plus d'esprit que je ne pensois , quoique je le trouvasse un fort honnête homme. Enfin, me revoilà dans le tourbillon.

Il faut que j'aille voir M. Colbert pour votre pension ;d'Hacqueville m'y menera, quand ce Ministre viendra à Paris, afin d'éviter le voyage de Versailles : voilà pour Madame, voici pour Monsieur. Vous saurez que son malheur l'envoie sur la Meuse, et son bonheur fait qu'il a un rhumatisme sur une cuisse et sur une hanche, qui lui fait beaucoup de mal, et l'empêche de se soutenir. Il est à Charleville, et me prie de demander son congé : il faut donc voir M. de Louvois, c'est une affaire. N'ai-je pas raison, ma belle, de me plaindre de mes enfans, et de leur dire des injures?

M. de Coulanges vous avoit écrit une très-jolie lettre semée de vers par-ci par-là : il vous contoit tous les soins et toutes les inquiétudes qu'on a marqués à Madame de Coulanges dans sa maladie; et que la Marquise de la Trousse, qui en étoit demeurée en Berry, sur la nouvelle de son extrémité, étoit seule à mourir de peur, d'apprendre

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